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CHAPITRE II

14 septembre.

Où se trouve aujourd'hui l'armée allemande? A Chantilly, à Mantes, à Rambouillet? Peut-être là, peut-être plus près. On l'ignore ; tant cette armée dérobe habilement sa marche et ses mouvements derrière un rideau flottant de cavalerie. — Hulans devant nous ! hussards devant nous ! tels sont les rapports invariables des reconnaissances. C'est toujours avec delà cavalerie qu'elles ont échangé des coups de sabre ou des balles.

Malheureusement, si l'on ne connaît pas exactement la position de l'ennemi, on sait qu'il avance ; on sait que, chaque jour, se rapprochent les anneaux de la chaîne qui se tend autour de Paris.

Chaque jour aussi, par les derniers trains des dernières lignes ouvertes, arrivent en masse les mobiles de province désignés pour défendre la capitale.

Ces mobiles, il faut les habiller, il faut les armer, il faut les loger surtout.

Vaugirard en logera. Le commandant d'étatmajor du secteur sort d'ici. Il venait avertir qu'un bataillon de gardes mobiles camperait, ce soir, au collège. Une heure après, nous entendions les clairons. C'étaient les Bretons de Saint-Nazaire sous les ordres du baron de Lareinty. Braves gens, ces mobiles de Bretagne, venus avec leur aumônier et leurs messieurs garder Paris, dont ils n'ont cure, parce que « Paris, c'est la France tout de même ». Braves gens; mais qu'en faire? D'après Tordre ils devaient passer la nuit dans les jardins et dans les cours, auprès des faisceaux. L'air était bien froid, leurs vêtements bien minces! Délibération prise, on les mena dans les dortoirs.

Installer six cents Bretons dans sept dortoirs, comprenez-vous l'entreprise? Ce fut d'abord un désordre, un tapage à exaspérer le surveillant le

plus impassible. Le Père Hériveau lui-même, malgré sa voix de préfet, y perdait son latin. A la fin, cependant, grâce à l'aide d'un ancien de Vaugirard, M. Lazerme, sous-lieutenant au bataillon, nous arrivons à caser notre monde. Détail édifiant, avant de se rouler, pour dormir, dans leur toile de campement, presque tous les hommes ont fait le signe de la croix et se sont agenouillés. Ils ne s'en battront pas plus mal pour cela, j'en réponds ! !

La besogne terminée, je cours après l'ami Lazerme. Je voudrais lui offrir une chambre d'officier. Impossible de le rencontrer. Qu'est-il devenu?...

En traversant le dortoir de premiè re division pour regagner ma cellule,, je retrouve enfin mon lieutenant. Il a découvert son ancienne alcôve 2 et s'est pelotonné sur le lit en jurant qu'il y dormirait encore une fois. Que les plus beaux jours de sa vie d'écolier lui reviennent en rêve!

1. Ce bataillon, oublié, sans ordre, dans le château Pozzo di Borgo, le soir de la bataille de Buzenval, y tint tête, vingt-quatre heures, à une brigade prussienne. Il fallut amener du canon pour le réduire.

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