Aujourd'hui salle de réunion de MM. les abbés
15 septembre.
Une compagnie de canonniers mobiles de la Drôme vient occuper Saint-Stanislas.
16 septembre.
Deux corps d'armée allemands sont reconnus depuis hier : le premier tient de fortes positions vers Lagny ; l'autre, après s'être établi à Villeneuve- Saint-Georges, pousse à travers bois ses avantgardes sur Versailles.
17 septembre.
— Eh bien, capitaine, que pensez-vous du siège ; comment les Allemands vont-ils attaquer Paris?
— Les Allemands? leur tactique est très claire. M. de Bismarck l'a résumée en une phrase d'ailleurs assez pittoresque : « Laisser cuire les Parisiens dans leur jus. » Ils vont nous bloquer.
Ainsi, me répondait, ce matin, un lieutenant de vaisseau. L'instant d'après, j'aborde le colonel commandant le Génie du secteur :
— C'est donc un blocus, mon colonel?
— Un blocus? Je n'en crois rien , cela n'en finirait
pas. Les Prussiens éteindront un ou deux forts : Issy ou Vanves; puis, de là, ils nous mettront en poudre. Oui, c'est dommage, continuait-il, en regardant le bâtiment Joly, vous avez là une grande maison toute neuve. Que voulez-vous? il faut en faire votre deuil.
Qui a raison de la Marine ou du Génie? La suite le prouvera. Mais, assurément, l'opinion du Génie est aujourd'hui la plus répandue. Le sort de Strasbourg, présent à toutes les mémoires, hante les imaginations. Un bombardement paraît chose prochaine, inévitable.
Déjà depuis longtemps les journaux signalent les mesures à prendre contre les projectiles incendiaires, la municipalité les affiche dans les rues, le service des eaux établit partout des postes defontainiers ; on blinde l'Arc de Triomphe de l'Étoile; on blinde le Louvre et les bibliothèques publiques. Les hommes du métier nous conseillent de blinder le collège, ou, du moins, de nous y ménager un réduit.
A tout hasard, nous avons pris les précautions que dicte la prudence. Un épais talus, couvrant la
terrasse, met le sous-sol à l'abri des obus. Les caves déménagées ont reçu la bibliothèque ; elles recevront les habitants du collège, si c'est nécessaire. En outre, des amas de terre, des provisions d'eau vont être disposés à tous les étages, et, dans le bâtiment Joly, les charpentiers commencent à étayer fortement, en arrière des piliers de maçonnerie, les longues poutres de fer qui soutiennent les planchers1.
Voici du nouveau : par ordre de l'état-major, le bataillon de service aux remparts se concentre à Saint-Louis, cédant la maison Saint-Joseph à une batterie du 7e qui nous arrive. Avec les mobiles bretons logés dans les classes et dans les dortoirs, les canonniers de la Drôme à Saint-Stanislas, les conducteurs du Génie au demi-pensionnat, les blessés dans la grande salle transformée en ambu-
1. Cette dernière précaution, due à l'initiative du R. P. Recteur, sauva l'aile occidentale d'une destruction presque certaine. Pendant le second siège de Paris, des obus coupèrent, au troisième étage, deux piliers de soutènement. Sans les étais solides auparavant établis, les poutres auraient fatalement cédé, amenant l'effondrement du toit et de l'étage supérieur.
lance, cela fait plus de quinze cents hommes. Vaugirard paie sa dette à la patrie. Ce n'est plus un collège, c'est une caserne, c'est un camp1.
Aurons-nous à nous louer de cette population nouvelle? S'il faut l'avouer, j'en doute fort. Les révolutions ne sont pas faites pour affermir la discipline ni rehausser le moral dans une armée. Quatre jours à peine sont écoulés et nous avons été déjà victimes ou témoins d'actes trop nombreux de pillage, de révolte et de débauche. Mais tirons le rideau sur de si tristes scènes... Après tout, ces soldats rebelles et coupables aujourd'hui, demain peutêtre vont marcher à la bataille, marcher à la mort, et, aux yeux des hommes, comme devant Dieu, je l'espère, mourir pour son pays efface bien des fautes.
i . Il va sans dire que la Convention de Genève fut scrupuleusement observée. Au premier coup de canon, tout belligérant évacua les bâtiments couverts par le drapeau d ambulance.