‹ Souvenirs de vingt ans de séjour à BerlinChapitre 12 sur 60 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Du grand directoire.

Le mimstre des affaires étrangères , le chancelier et les ministres de la justice, ne relèvent que de l'autorité du roi. Il n'en est pas de même des autres ministres , c'est-à-dire de ceux qui sont chargés de ce qu'on no aime proprement r administration intérieure ou \q gouvernement du pays. Ces derniers ministres forment entre eux un corps ^ que dans le pays on appelle un collège; et c'est ce collège qu'on nomme le grand directoire. Chaque ministre y est exclusivement chargé des affaires de son département ; affaires dont il est le rapporteur, en tout ce qui tient à des mesures nouvelles , sur lesquelles il concourt à prononcer comme membre du directoire , et dont il devient l'exécuteur, en tout ce qui a été arrêté par la majorité. La Prusse est , je crois , le pays où il v a ie plus de ministres. Chaque province a le sien , et Ton a en outre dans le directoire le ministre de la guerre , celui des cultes , celui des postes et celui des finances. C'est par la direction que s'établit l'unité et la concordance des mesures que l'on peut avoir à prendre , et que chaque ministre sait ce qui a été prescrit dans les occasions semblables à celle dont il a à parler. On sent les avantages infinis de cette manière de gouverner.

Les décisions du directoire sont toujours rédigées au nom du roi ; il n'y a que lui qui y parle , comme s'il était présent ; c'est une véritable souveraineté. Les affaires y sont examinées et préparées en différents bureaux qui ont le nom de chambres; ainsi, il y a la chambre des bâtiments royaux, soit à construire,

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soit à entretenir au compte du roi ; la chambre des domaines , pour tout ce qui concerne les bailliages , les canaux , etc. ; la chambre des finances, celle des colonies , celle du commerce, celle des fabriques, etc. Toutes ces chambres ont, outre les ministres , des conseillers privés , et autres de différents grades, sous je ne sais combien de titres, et pour diverses fonctions, toutes très-multipliées , et cependant très-distinctes. Les chambres des finances qui existent dans les provinces relèvent encore de ce grand directoire. Elles sont chargées de ce qui tient aux impositions , à la culture , aux forêts , aux postes , aux colonies et aux bailliages royaux , lesquels embrassent près du tiers des États prussiens, et font par leurs produits la majeure partie des revenus de l'État.

Tous les ans , des conseillers parcourent les villages de leur arrondissement, et examinent si chaque habitant cultive la portion du terrain qu'il est tenu de cultiver. Chaque habitant, en effet, est obligé de mettre annuellement en culture telle quantité d'arpents sur le nombre total qu'il en a. Ainsi tout est vu, surveillé , protégé et maintenu ; et tout ce qui intéresse l'administration proprement dite vient se concentrer au grand directoire .

La poste aux chevaux n'est pas montée en Prusse comme en France. Là, elle est toute au compte du roi. Si on en excepte les villes un peu considérables, le maître de poste n'a pas un cheval : il a seulement l'état des chevaux qui existent chez les habitants de la commune, et il commande ceux qui sont de tour lorsqu'il y arrive quelque voyageur. Le prix des chevaux se paye d'avance au maître de poste, qui en est comptable; les habitants propriétaires de chevaux n'ont pour eux que les pourboires^ et ce que la chambre des finances ou domaines leur bonifie à la fin de l'année, selon le nombre des chevaux qu'ils ont fournis et les courses qu'ils ont faites. D'ailleurs, et quant à la gêne ou aux pertes qu'ils éprouvent, ce service est de leur part une redevance, un impôt ou plutôt une corvée. Les maîtres de poste sont presque toujours d'anciens officiers, à qui l'on donne, à titre de récompense , ces

places assez lucratives et honorables dans le pays. Les personnes qui ont des voyages à faire pour le service de l'Etat obtiennent du grand directoire un ordre pour avoir gratis les chevaux qui leur sont nécessaires pour toute leur route , ordre que les maîtres de poste sont tenus de faire courir dès la veille du jour oii l'homme public doit arriver; de sorte que celui-ci n'a que les pourboires à payer, trouve ses chevaux prêts partout, et va beaucoup plus vite que les autres voyageurs. Cette disposition est d'une grande économie pour le gouvernement. 11 y en a une autre qui est encore plus essentielle, c'est que les livres et les comestibles sont reçus à très-bas prix sur les chariots de poste ; ordre de choses d'oii il résulte que les propriétaires jouissent à peu de frais de toutes les productions de leurs terres , et que le commerce de la librairie est aussi favorisé qu'il peut l'être.

Les chambres des finances afferment les bailliages pour un nombre fixe d'années. Le bailli a le droit de chasse et de pêche sur tout le terrain qui lui est affermé : les gardes forêts ont les mêmes droits dans les portions de forêts soumises à leur surveillance ; mais les uns et les autres sont tenus d'envoyer aux cuisines du roi, ou de tel prince, ou de telle princesse qui leur est désignée, telles pièces de gibier pour tels jours ; de sorte que les chefs de ces cuisines savent positivement et d'avance ce que selon la saison , ils ont à recevoir chaque semaine ; qu'il y a une très-grande économie dans cette partie de la dépense du roi et des princes , et que les redevables , sachant ce qu'ils auront constamment à fournir, n'ont garde de ruiner les chasses. Ainsi que je l'ai dit, les cuisines des membres de la famille royale reçoivent également pour rien , non-seulement le gibier, mais encore le bois et le beurre.

Tout est économie ou économique dans ce pays : les détails en seraient infinis. Quant à la chasse, Frédéric en détestait la passion. Un gentilhomme connu pour s'y livrer aurait été perdu dans son esprit. Son neveu , pour en avoir le plaisir une ou deux fois l'an , prenait toutes les précautions imaginables , afin

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qu'on rignorât. « Le boucher, disait souvent ce roi , ne tue pas « les animaux par plaisir : il ne le fait que pour le besoin de « la société ; mais ce n'est que par plaisir que le chasseur tue , « et cela est odieux. Il faut donc, dans l'ordre social, mettre « le chasseur au-dessous du boucher. »

On voit par tout ce qui précède , que la police générale entre naturellement dans les attributions du grand directoire : ce qui n'a pas empêché Frédéric d'avoir, au moins à Berlin , un lieutenant de police particulier, qui ne recevait guère les ordres que de lui ; outre qu'il y a aussi plusieurs articles qui sont spécialement attribués à un autre officier public, qu'on nomme le fiscal général. Je ne m'arrêterai pas à marquer en quoi leurs fonctions se rapprochent ou diffèrent, et jusqu'où elles s'étendent;, je dirai seulement que le dernier tient de plus près à la justice^ et le premier à l'ordre et à la tranquillité ou sûreté des citoyens ; c'est-à-dire que l'un remplace plus ou moins nos anciens procureurs du roi, et l'autre nos Sartine. J'ai vu M. d'Anières, fiscal général, s'enfuir subitement, sous prétexte d'une affaire importante , de chez un ami où il devait souper, et cela parce qu'il vit préparer pour le jeu des cartes qui étaient de contrebande. D'autre part, j'ai vu M. Philippy, lieutenant de police, ne pas savoir punir des jardiniers qui , par négligence , vendaient de la ciguë pour du cerfeuil (1).

J'ai, au surplus , à citer ici deux anecdotes assez curieuses^ qui prouve l'une que l'attention de Frédéric s'étendait à tout, et l'autre que rien ne pouvait le distraire de la sorte de protection qu'il accordait à tout ce qui tient à l'ordre public.

Dans les premiers temps de son règne , ce roi se persuada qu'il était de sa prudence de savoir ce que c'était que la franc-maçonnerie, et ce secret fameux que personne, disent les francs-maçons, ne révéla jamais. Pour remplir ses vues, il s'adressa à

(0 En 1783, toute ma famille, mon père seul excepté, fut empoisonnée à Berlin, par une méprise de cette espèce. Cet empoisonnement fut le premier des sept îiuxquels j'ai été prédesUné. Bon Thiébâult.

Tun des hommes en qui il avait alors le plus de confiauce, j M. Knobelsdorf f, ou de Rayserling, si ma mémoire ne me trompe pas. 11 fut arrêté entre eux que le serviteur se ferait recevoir franc-maçon et lui rendrait un compte fidèle de tout ce qui se serait fait et dit en loge. La réception de cet ami du roi étant faite , le monarque, qui l'avait attendu avec impatience , lui dit aussitôt qu'il fut seul avec lui : « Eh bien, que fait-on en loge, « qu'y dit-on, et quel est ce secret? — Sire , répondit le cour- « tisan, je prie Votre Majesté de ne point m'interroger là-dessus , « Je sais bien les conventions que nous avions faites; mais j'ai « fait serment de me taire. Puis-je violer ce serment sans me <c rendre coupable et vil , même à vos yeux ? Peut-être encore « pourriez-vous croire que je ne vous dis pas tout. Il y a un « moyen bien plus convenable de satisfaire votre curiosité : « c'est que Votre Majesté se fasse recevoir elle-même. Nous « tiendrons loge au château, telles et telles personnes et moi. <c Cette cérémonie se ferait aussi secrètement que vous le désif< reriez, et sans blesser en rien le respect dû au trône. Ensuite, « VotreMajesté aurait pour elle, et chez elle, une loge particulière « qu'elle convoquerait quand elle voudrait, puisqu'elle en serait « établie le maître ou vénérable. » 11 fallut que Frédéric prît ce parti, son ami s'obstinant à se taire. Il fut donc reçu francmaçon sous la cheminée (1), et nommé maître de la loge royale, qui, au reste, fut abandonnée pour toujours (2), dès qu'il crut savoir ce que c'était que la franc -maçonnerie.

(1) Quelques historiens assurent qu'il s'est fait recevoir franc-maçon beaucoup plus jeune, et dans un voyage fait avec son père. Je ne sais sur quelle autorité ils se fondent; pour moi, je ne parle ici que d'après les personnes qui n'ont jamais quitté la cour, et qui m'ont bien positivement assuré ce que je rapporte.

(2) Il faut bien que Frédéric s'en soit occupé plus sérieusement et plus longtemps qu'on ne l'a dit à mon père, puisqu'il a créé le 33« et der* nier degré de l'échelle maçonnique, selon le rite écossais. Cette création prouve en effet qu'il a successivement reçu et connu tous les autres grades existants avant lui, et qu'il a voulu les subordonner tous au grade

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On imagine bien néanmoins que les francs-maçons n'ont jamais oublié qu'ils avaient en lui un frère. Pendant la guerre de la succession de la Bavière, l'orateur de la loge française à Berlin , loge dite de VJmitié, fit pour le jour de la Saint- Jean un discours qui parut si beau à tous les frères qu'on en vota l'impression et l'envoi au roi. La lettre d'envoi fut faite dans toutes les formes maçonniques, et les signatures du vénérable et des deux surveillants ne portèrent, avec les noms propres des personnes, que les titres qu'ils avaient en loge. Le roi ne vit dans tout cela que des inconvenances peu respectueuses. Il renvoya le paquet àM. Philippy, lieutenant de police à Berlin, avec ordre de faire appeler les signataires , de leur laver la tête , de leur faire bien comprendre quelechefd'unÉtatne reconnaît d'autres titres que ceux qui naissent de l'ordre public et du gouvernement, et de leur intimer de ne jamais employer , hors de leur loge , les titres qu ils ne tenaient que d'elle. Ce qu'il y eut de plus mortifiant dans cette réprimande, c'est que M. Philippy s'adressa il M. de Launaypour faire appeler chez lui ces messieurs, qui tous appartenaient à la régie des accises , et que M. de Launay, ne parlant de la maçonnerie que pour en rire, eut bientôt initié tous ses alentours dans ce secret important.

Quelles que fussent les circonstances particulières où Frédéric se trouvait, il ne s'écartait pas des principes qu'il avait adoptés. 11 en profitait, au contraire, autant qu'il le pouvait, pour manifester plus solennellement combien il était incapable de s'en départir. Ceci doit surtout s'appliquer aux soins qu'il avait de faire respecter les lois , non- seulement celles qui concernent les propriétés, mais encore celles qui ont pour objet la police.

Après la première campagne pour la succession de la Bavière, la France et la Russie se décidèrent enfin à faire marcher cha-

dans lequel il a circonscrit l'autorité supérieure, et qui, donné par lui, ae le fut primitivement qu'à des personnes de son choix.

Bon Thiébault.

124 GOUTEBNEMENT CIVIL DE FjRÉOÉBTC.

cune cinquante mille hommes contre Joseph II, si celui-ci n'accédait pas aux propositions qu'on lui faisait. Les cinquante mille Russes se trouvaient déjà en Pologne , de manière que l'on pouvait les mettre en action sous peu de temps , s'il en était besoin. Cette armée devait être sous les ordres du prince Repnin , qui se trouvait auprès du roi de Prusse comme négociateur. Cependant, ce prince Repnin ne devait pas être chargé du détail des opérations militaires : on avait résolu de commettre, pour ces détails, et sous ses ordres, le fameux Schuwaroff , que je vis peu de temps après, et plusieqrs fois , à Berlin , et de la bouche de qui j'ai entendu un jour , chez le prince Dolgorouki, l'anecdote qui suit : « Quel singulier homme, « nous dit-il , que votre roi ! Rien ne le distrait et ne le fléchit : « j'ai eu avec lui une aventure remarquable, dans laquelle il m'a « presque interdit. A mon départ de Pétersbourg, Timpéra- « trice m'avait remis pour lui des dépêches que je savais être aussi " pressées qu'importantes. On m'avait recommandé de mettre « autant de diligence que je le pourrais à faire ma route ; et l'ob- " jet de ma mission suffisait pour m'engager à ne pas perdre un « instant. 11 est aisé de concevoir ce quej'ai eu à souffrir de la « lenteur des postillons dans les États prussiens. Je les payais « chèrement et ne cessais de leur dire combien j'étais pressé. Eh bien ! je n'obtenais rien ; il semblait que je parlasseà des auto- « mates. I.e mal s'est porté au comble quandj'ai été en Poméra- « nie, etjustement lorsque toute ma patience était épuisée. Telle a était ma position, lorsque j'ai eu un postillon encore plus lent u que tous les autres : c'est en vain que je Tai prié, que je lui ai « parlé raison, que je lui ai promis une bonne récompense, que «i je me suis fâché, et en suis venu aux menaces , il n'en a que « mieux perdu son temps à allumer sa pipe et à faire reposer « ses chevaux à tout moment ; il a même été insolent dans ses « répliques. Alors, ne me possédcant plus de colère, je lui ai « appliqué une demi-douzaine de bons coups de canne , avec « promesse d'y revenir s'il ne faisait pas plus de dilig'ence. Ce

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moyen m'a réussi , et mon homme a enfin marché ; mais arrivé au relais suivant, il est allé faire sa plainte aux magistrats, qui sont venus me signifier que , suivant les lois , ils étaient obligés de m'arrêter jusqu'à la conclusion du procès qui devait résulter de la déposition de cet homme; les lois du pays défendant absolument , et sous de grièves peines , de frapper les postiHons, contre lesquels les voyageurs n'ont droit à aucun recours que par-devant les magistrats. Je leur ai observé que s'ils m'arrêtaient, ils seraient responsables des effets de mon retard. Je leur ai montré mes dépêches aux armes impériales et à l'adresse de leur souverain; ils ont vu l'ordre dont j'étais décoré : toutcela les a intimidés , et ils m'ont laissé partir.

« Il ne m'a pas été diffîcilede prévoir qu'ils rendraient compte au roi de toute cette affaire ; et commej'avais l'avance sur leur courrier, j'ai résolu de profiter de mes avantages, en me hâtant de raconter moi-même cette aventure à Frédéric, dans la première audience qu'il m'accorderait. A peine arrivé à Breslaw, j'ai été appelé et parfaitement bien accueilli. La plus charmante physionomie du monde , les plus grandes honnêtetés, les marques d'un véritable intérêt, joie sincère de me voir, tout cela m'a été d'abord prodigué et m'a enhardi. A cette question, Avez-vous^ (Tailleur s, fait un bon voyage? }e lui ai raconté sommairement comment les postillons, en Poméranie surtout, avaient épuisé toute ma patience, et comment l'insolence de l'un d'eux m'avait mis dans la nécessité de le frapper, en lui faisant toutefois plus de peur que de mal ; comment les magistrats du relais suivant, voyant combien j'étais pressé de venir recevoir et suivre les ordres de Sa Majesté, s'étaient décidés à me laisser continuer ma route.... Dès les premiers mots de ce récit, je n'ai plus eu en face qu'un tout autre homme ; le coup de sifflet à l'opéra ne fait pas un plus grand et plus prompt changement de décoration. Frédéric n'a plus été que sérieux , attentif, froid et sévère : il est resté immobile à

« m'écouter jusqu'au bout ; et lorsque j'ai eu terminé mon ex- « posé, c'est d'un ton et d'un air glaçant qu'il m'a répondu : Monc( sieur le général^ vous avez été fort heureux. Et il s'est hâté H de me parler d'autre chose, et par conséquent de reprendre peu « à peu l'aménité qu'il avait eue auparavant. Je vous déclare, « messieurs, que je n'ai jamais si bien compris ce qu'est, et ce « que doit être un souverain digne de gouverner les peuples , « toujours pénétré de ses obligations, et prompt à protéger l'or- « dre public et les lois. Ses postes sont organisées de manière « à désespérer les voyageurs ; mais en attendant que Ton change <t un ordre de choses si déplaisant, il doit protéger les postil- « Ions, qui ne sont point la cause du mal que l'on souffre. Ré- « formez vos lois s'il le faut, et si vous le pouvez ; mais jusque- « là, sachez les faire respecter Je ne sais au reste ce qu'il « aura répondu à ses magistrats, car je n'ai plus ouï parler de « cette affaire. »

Ce M. de Schuwaroff avait alors, il y a maintenant vingtcinq ans (c'était vers 1779), Quarante et quelques années : petit homme, assez ramassé, sec et non maigre, toujours en action, et dans un mouvement perpétuel. Je n'ai rien vu déplus prompt que lui dans ses regards , dans son langage , dans ses reparties et dans toutes ses actions. Il semblait avoir besoin de faire mille choses à la fois , et passait souvent comme l'éclair d'une idée ou d'une chose à une autre. J'étais tenté de le regarder comme une espèce de fou; et les Russes eux-mêmes convenaient avec moi qu'il était au moins très-singulier, quoique d'ailleurs ils persistassent fortement à me le représenter comme l'un des plus braves et des plus habiles généraux qu'il y eût au monde. Je n'ai été étonné dans la suite , ni des douze mille Polonais qu'il a fait pendre pour s'être courageusement défendus contre les co -partageants, ni du rôle original et très-brave qu'il a joué en Italie et en Suisse, en combattant les Français, pour les Autrichiens, contre lesquels il avait été si disposé à se battre, de concert avec les Français , vingt ans auparavant.

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Parmi les ministres attachés au grand directoire, ceux que je me rappelle, indépendamment des ministres des finances dont je parlerai bientôt, ont été M. de Massa w, brave et digne homme, qui a laissé deux fils ; MM. de Hœrn et de Derschow, dont il €st fait mention ailleurs : le premier, beaucoup trop bon homme; etle second, fort estimé des Allemands, en partie peut-être parce qu'il était ennemi déclaré des Français; M. d'Alvenselleben, auquel Frédéric témoignait beaucoup de confiance; M. de Schlusembourg, réputé homme d'esprit et de mérite ; et le comte de Horst, grand partisan de plusieurs projets nouveaux, pour le sticoès desquels il a fait tout ce qu'il a pu.

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