‹ Souvenirs de vingt ans de séjour à BerlinChapitre 17 sur 60 · LE GÉNÉRAL ZIETHEN · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL ZIETHEN

« têtede votre corps? — Sire, c'est mon devoir — Votre devoir ! c( vous l'avez amplement rempli au champ d'honneur, une «» manœuvre n'est pas un devoir pour '^^ï^n^o at^ss^cher « à l'État. Parvenu à votre âge, il ne^vous reste ')Tu^ qi^'à vous «c conserver pour l'exemple ev, ks^r^^s^yects de l'arî^iée. Lais- *t sons faire ces jeunes gens. » Peûaar't cette cc/aversali c'a; Frédéric eut l'adresse de dépasser avec M de Ziethen |e front de bandièrede son régiment, et la charge so^fit tâ^aijj qfe'le roilui pariait encore.

Ce qu'il y eut de plus touchant en cette rencontre , ce fut de voir ce roi à cheveux blancs joindre à tant d'attentions envers son vieux général celle de ne l'avoir abordé , en présence de l'armée et d'un peuple nombreux, que le chapeau à la main. Ce tableau fit la plus vive impression sur tout le monde , et me fut retracé avec une sorte d'enthousiasme par mon fils, qui, étant allé à cette petite revue avec les élèves de l'école militaire, ainsi que je le lui permettais souvent, s'était trouvé assez près de ces deux héros pour tout voir et pour tout entendre. Au reste, ceci n'est pas un effort de bienveillance royale : Frédéric n'a été en ce moment que ce qu'il était habituellement avec cet homme si respectable, et que ce que tout le monde était partout où ce digne général paraissait. A la cour , et même chez la reine , les mêmes sentiments se manifestaient à l'aspect de M. de Ziethen , que Ton regrettait d'y voir trop rarement.

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, , I % ' 0 Le 'ie^-d -maréchal de Mœllendorff.

Ce général , aujourd'hui très-âgé, a débuté par être page de Frédéric, avec lequel il a fait toutes les guerres que ce monarque a eu à soutenir. La nature l'avait doué de qualités très-précieuses, tant intellectuelles que morales ; et la fortune ne lui a pas moins été favorable, en lui fournissant les moyens et les occasions de les faire valoir. Son patrimoine l'a mis en état de se montrer avec noblesse en toutes les époques de sa vie : il a su s'instruire dans sa jeunesse ; et dans tous les temps ou l'a vj aimable et régulier dans la société, brave et exact dans l'armée , adroit et actif dans le commandement, sage et modéré dans l'administration. 11 a développé de grands talents à Tarmée du prince Henri, durant la guerre de la succession de Bavière, après laquelle, revenu à Berlin comme gouverneur, il a été généralement chéri et respecté. Personne n'a su faire mieux, et avec plus de dignité et de loyauté que lui , les honneurs de sa place.

C'est à lui que Frédéric dit un jour : « Au nom de Dieu , « mon cher Mœllendorff, débarrassez-moi de tous ces princes, « qui gâtent mon armée ! »

Quand Frédéric mourut, et qu'il eut fait fermer les portes de la ville, et assembler la garnison, pour faire prêter le serment de fidélité au nouveau monarque, combien ne fut-on pas touché de voir cet ancien compagnon d'armes du grand homme qui venait de s'éteindre , s'approcher des troupes avec tous les signes de la plus profonde douleur, et ne pouvoir ensuite s'exprimer que par ses sanglots et ses larmes! Ju&te tribut que

LE FELD-MARÉCflAL DE MŒLLENDORFF. IM {)

Frédéric méritait plus que mille autres rois , et qui ne pouvait lui être plus dignement payé que par M. de Mœlleudorlf ! Ce général refusa le titre de comte, en disant, Qu'ai-jcfain Frédéric-Guillaume le promut au grade de feld-maréchal.

Ce général, que tous les militaires placent avec tant de raison à la tête de ceux qui nous restent de ce règne admirable , essuya une demi-disgrâce en 1791 : on le chargea d'un commandement inutile en Pologne, parce qu'il avait déclaré ne pas approuver le projet de campagne que l'on voulait faire contre les Français. Il revint cependant à Berlin, et ce fut lui que Guillaume II, abusé par quelques calomnies, chargea de faire partir dans les vingt-quatre heures mon collègue Borrelly, qui était accusé d'avoir tenu quelques propos favorables à la cause de la France. M. de Mœllendorff envoya un de nos anciens élèves, M. de Meyring, alors son aide de camp, pour annoncer cette affreuse nouvelle à M. Borre ly, lui témoigner combien M. le gouverneur en était affligé > et offrir de sa part au proscrit les secours qu'il serait en son pouvoir de lui accorder, et un délai de deux jours pour faire les préparatifs d'un semblable voyage en une saison si cruelle (on était au cœur de l'hiver). Ainsi M. de Mœllendorff, à demi disgrâcié lui-même ne balance pas à s'exposer à de plus graves reproches , pour adoucir le sort d'un père de famille, qu'au reste il regarde comme innocent et indignement traité. Ce courage vaut peut-être bien celui que l'on déploie dans les combats. Borrelly, en chargeant M. de Meyring de bien assurer son excellence de sa vive gratitude, répondit qu'il partirait dans les vingt-quatre heures, ne voulant rien faire perdre aux ordres du roi de ce qu'ils avaient, d'injuste et d'odieux : il partit effectivement le lendemain matin sur les chariots de poste, avec son fils, et se rendit en France, où son épouse et ses deux filles vinrent le rejoindre au prin temps.

Guillaume, forcé par sa course en Champagne, de convenir que M. de Mœllendorff avait mieux jugé que lui du projet de

faire la guerre aux Français , se rapprocha peu à peu de ce célèbre général, et lui confia le commandement de son armée dans les électorals ecclésiastiques; commandement que le compagnon de Frédéric n'accepta que parce qu'il s'agissait de faire la paix. Cependant il nous livra et gagna sur nous une bataille dans le Palatinat ; mais son succès ne lui fit point changer de principes. Ce fut ainsi que le Nestor des soldats de Frédéric, toujours sage, noble, ami de l'humanité, et dévoué aux vrais intérêts de sa patrie , est parvenu à se concilier l'affection des Français, comme il s'était de tout temps concilié celle des Prussiens ; et qu'il a couronné par ces honorables sentiments , plus encore que par sa victoire, l'estime et le respect que lui porte l'Europe entière.

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