‹ Souvenirs de vingt ans de séjour à BerlinChapitre 2 sur 60 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Ministres étrangers.

Je ne parlerai pas de tous les ministres étrangers qui ont été à Berlin de mon temps, parce qu il y en a plusieurs sur lesquels je n'ai point d'anecdotes particulières , ou sur lesquels je n'en ai que de peu importantes (i).

(I) Il vint de mon temps à Berlin quelques voyageurs intéressants, dont je pourrais faire mention dans cet arUcle vu qu'ils peuvent trèsnaturellement être classés parmi les agents diplomatiques. J'ai vu par exemple, un des quatre amiraux de Venise, qui resta quelque temps avec nous, et qui s'occupa bien essentiellement de l'examen des établissements que Berlin pouvait offrir à la curiosité des étrangers attachés à la politique. « Monsieur l'armral, » lui dit un soir le comte de Nesselrode a souper chez le prince Brunswick, « comment, vous qui êtes si sage, ne « protitez- vous pas des circonstances actuelles pour reprendre aux Turcs tf les immenses possessions qu'ils vous ont autrefois enlevées? » (Cet entretien se passait dans le temps des brillantes campagnes de Romanzow contre les Turcs. ) « Monsieur, répondit l'amiral vénitien, ce qu'il y a de n plus inuUle et même de plus dangereux pour l'homme faible entouré « d'hommes forts, c'est de se souvenir que lui-même a été fort autrefois. « La sagesse dont vous parlez, monsieur, nous commande impérieusement d'oublier le passé, et de nous conduire de manière que personne, « s'il est possible, ne se souvienne que nous avons existé. Ce que nous de- « mandons à l'Europe entière, c'est de vouloir bien nous oublier. » Cette réponse me frappa singulièrement, et me lit bien sentir quel était le véritable esprit du gouvernement de cette fameuse république, qu'on n'a pourtant pas oubliée. J'accompagnai cet amiral lorsqu'il alla visiter l'arsenal de Berlin : je vis dans ses regards et j'admirai comment en marchant assez vite il comptait en lui-même combien il y avait de piles d'armes , et combien chaque pile contenait de lignes en hauteur, et de fusils en chaque ligne, de manière à pouvoir dire, en sortant, et sans avoir paru sensiblement s'en occuper : « Il y a ici cent cinquante mille fusils, et « le reste en proportion. »

Je n'ai donc à parler ici que des ministres de France , d'Autriche , d'Angleterre , de Saxe et de Russie. En les rangeant dans l'ordre où je viens de les nommer, il est bien évident que je n'ai eu aucun égard à l'ordre des préséances : je place les ministres de France les premiers, parce qu'ils m'ont plus spécialement intéressé que les autres ; et je place l'article de Russie le dernier, parce qu'il est le plus riche en détails, et le plus volumineux. Si je l'avais placé avant ceux d'Angleterre et de Saxe, il les aurait trop éloignés, et les aurait fait perdre de vue.

Les ministres étrangers envoyés en Prusse n'ont de résidence que dans la ville de Berlin : s'ils en peuvent sortir, ce n'est que pour quelques parties de plaisir. 11 est au moins vrai que jamais ils ne peuvent se présenter à Potsdam , ni même à Charlottenbourg , lorsque le roi y est , qu'ils n'en aient auparavant sollicité et obtenu la permission. Ce n'est donc que pendant le carnaval , ou lorsque Sa Majesté vient dans la capitale , qu'ils voient le roi.

Dans ces deux cas , il y a tous les dimanches , vers les dix heures du matin, audience chez le monarque. Là se trouvent la noblesse, un grand nombre de militaires, et le corps diplomatique. Au reste , le roi n'y paraît pas toujours. On l'attend jusqu'à midi, heure de son dîner, après quoi on se retire. Quand il se montre à ces audiences, ce n'est guère que pour un bon quart d'heure , qu'il passe à dire successivement quelques mots aux uns et aux autres.

Cette division est une de celles oi^i Frédéric figurera le moins : on ne le retrouvera guère que dans les faits. Au reste, je ne me suis pas borné à rappeler ce qui concerne personnellement les ministres étrangers ; et usant de la latitude que je me suis réservée dans ma préface, j'ai étendu Mes Souvenirs jusque sur leurs alentours , ou leurs compatriotes, principalement en parlant des Français et des Russes.

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