CHAPITRE IX
Légation de France. M. de Guines.
En 1 766 , M. de Guines vint en Prusse pour voir les manœuvres. Frédéric le distingua, et lui permit de l'accompagner à Magdebourg et en Poméranie. L'air, le ton et la conversation de M. de Guines plurent tellement à ce monarque, qu'au retour de ses courses militaires et lorsque celui-là quitta Berlin pour revenir en France , le roi avoua qu'il avait vu peu d'officiers français donner d'aussi belles espérances.
Cette circonstance contribua sans doute au choix que Louis X V fit de M. de Guines pour la place* de ministre plénipotentiaire auprès de ce redoutable souverain. Les papiers publics annoncèrent que M. le comte de Guines, d'une part , et M. le baron de Goltz, de l'autre, avaient été nommés par les deux cours, pour renouer entre elles l'ancienne amitié que la guerre de Sept ans avait paru éteindre. M. de Sozzi , instruit de cette nouvelle, alla voir M. de Guines pour lui parler de moi , et lui indiqua MM. de Sartine, d'Alembert et d'Olivet, pour avoir sur mon compte les renseignements qu'il pourrait désirer. Cette première entrevue fut suivie d'une seconde , dans laquelle le nouveau ministre ayant effectivement interrogé d'Alembert à mon sujet, reçut parfaitement bien M. de Sozzi , promit de m'obliger en tout ce qui dépendrait de lui , et offrit de placer parmi ses effets tout ce que Ton pourrait avoir à m'envoyer. Cette dernière offre fut faite d'une manière si obligeante et tant de fois réitérée , que M. de Sozzi en profita pour me faire parvenir quelques objets, que M. de Guines fit porter chez moi le lendemain de son arrivée à Berlin.
FRÉDÉRIC LE GRA^iD ET SA COlJK.
On conçoit que, dès ma première visite, je fus d'autant mieux accueilli de ce ministre , que déjà je l'étais également bien chez le prince Dolgorouki, ministre de Russie; chez M. le général de Nugent, ministre de Vienne ; chez M. le baron de Stuthereim , ministre de Saxe ; chez M. le chevalier Mitchel, ministre d'Angleterre , et principalement chez les princes Frédéric et Guillaume de Brunswick. Quoique je ne dusse attribuer les politesses que je recevais de toutes ces personnes , et de tant d'autres , qu'aux favorables dispositions de Frédéric à mon égard, il n'en est pas moins vrai qu elles devaient naturellement influer sur l'opinion que M. de Guines avait à se former de ma personne.
Deux jours après la première visite que je fis à M. de Guines y je me trouvai à dîner chez lui à un petit couvert, où il n'y avait que ce ministre , ses deux secrétaires, et un colonel de cavalerie venant de Strasbourg. Le premier secrétaire était M. Gaulard de Saudrai ; et le second, M. Tort de la Sonde, jeune homme d'une figure charmante , doux , honnête , gai , spirituel, et annonçant autant de franchise que de vivacité. Bientôt une sincère amitié de ma part , et une très- grande confiance de la sienne , nous lièrent ensemble ; et j'avoue que jamais alors je n'aurais imaginé que, dans la suite , il dût jouer le rôle qui Ta fait connaître de toute l'Europe (1).
Cependant, malgré ma prévention en sa faveur, je fus singulièrement frappé des aveux qu'il me fit plus d'un an après , la veille du départ de M. de Guines pour revenir en France, jour où j'allai leur dire adieu à tous les deux. « Nous quittez - « vous pour toujours? demandai-je à Tort de la Sonde; ou ne « devez-vous faire qu'une courte absence ? Rien n'est encore « décidé , me répondit-il ; cependant il est très-probable que
(i)Le plaisir de jouer sur les homonymes manqua rendre M. de la Haye de Launay prophète, lorsque, je ne sais plus à quelle occasions, il lui dit : M. Tort, vous avez tort; et parce que vous avez tort, vous aurez le cou tort. Bon Thiébault.
« nous ne reviendrons pas , et que nous irons ou à Naples ou à « Londres. Si nous revenons, je vous préviens que ce sera moi « qui ferai la contrebande, et que je ne la ferai pas pour peu. <^ Si au contraire nous allons à Londres , ce ne sera pas à ces bagatelles que je m'amuserai : je jouerai le grand jeu , et je « le jouerai comme il faut. Quand de pauvres diables comme « moi se trouvent auprès des grands , il faut qu'ils sachent « en profiter pour faire fortune , au lieu de se livrer , comme « des imbéciles , à de beaux sentiments dont les grands ne « sont jamais dignes ! Essentiellement ingrats , la première « chose est de ne pas être leur dupe. » Je lui témoignai la persuasion oii j'étais qu'il ne ferait cependant jamais rien qui pût compromettre M. de Guines ; d'autant plus que ce dernier méritait exception et avait une véritable amitié pour lui. c( Bon , « me répliqua- t-il, il serait ingrat comme les autres ! mais vous « me connaissez, et vous savez bien que je ne lui manquerai « jamais en rien. »
Cette conversation m'est souvent revenue à l'esprit , lorsque FEurope a retenti , deux ans après , du procès que l'ambassadeur et le secrétaire ont eu l'un contre l'autre au parlement de Paris , pour cause de l'agiotage que le dernier avait fait , et qu'il soutenait n'avoir eu lieu que par ordre et pour le compte de son chef. M. de Guines, en arrivant à Berlin , avait environ trente ans , était bel homme , et frappait tout le monde par ses grâces naturelles et engageantes , par un air de noblesse €t de dignité, ppr l'art des prévenances , et surtout par une physionomie franche , ouverte et toujours sereine. Je n'ai vu personne avoir plus que lui cette politesse qui , d'une part , ne vous laisse rien à désirer, et de l'autre , ne vous permet point de voir celui qui la montre ailleurs qu'à sa place. Il avait servi dès sa première jeunesse dans la maison du roi, et avait fait la guerre de Sept ans, sous le nom de comte de Souastre, comme l'un des colonels des grenadiers de France. M. le duc de Choiseul voulant, après cette guerre, rétablir la discipline
BFRLIN. — T. II. 3
dans les nrmées, résolut de mettre, surtout à la tête des anciens régiments , des hommes, d'un caractère ferme , et propres d'ailleurs à en imposer. Ce fut dans ces vues qu'il lit donner, en 1763, à M. de Souastre le régiment de Navarre, qui alors était en garnison à Arras (1). Quelques officiers de ce régiment furent prévenus , par les amis qu'ils avaient à la cour, qu'il allait leur arriver un jeune colonel qui les mettrait tous à la raison. Les lettres furent communiquées , et l'on se décida à embarrasser le zèle de M. de Souastre.
Mais , dès son arrivée , sa fermeté , sa prudence , une détermination bien caractérisée, commencèrent à en imposer. Ce premier effet produit ^ il fit mander tous les officiers chez lui pour le lendemain à midi. Lorsqu'ils furent rassemblés dans son salon , il sortit de son cabinet , accompagné d'un secrétaire , auquel il ordonna de lire les ordres écrits qu'il avait reçus du roi. Jamais colonel n'avait été investi d'un aussi grand pouvoir : le roi l'autorisait à renvoyer du corps jusqu'à douze officiers , et plus s'il le fallait , sans avoir besoin d'attendre aucune sorte d'approbation. Cette lecture terminée, M. de Souastre commenta , avec les grâces et la dignité qui le distinguaient , ces ordres si étendus et cependant si précis : il déclara que personne n'avait un plus grand respect que lui pour le régiment de Navarre ; qu'il n'avait accepté l'honneur de le commander que pour se dévouer à en maintenir la gloire dans tout son lustre; qu'il était bien assuré que tous ceux qui l'entendaient étaient pénétrés des mêmes sentiments et du même zèle ; que sans doute s'il se trouvait quelqu'un qui s'en écartât , il remplirait à son égard l'intention du roi dans sa plus inflexible sévérité ; mais qu'il était persuadé qu'il n'avait point ce malheur à craindre ; que , dans cette confiance , il leur demandait leur
(I) Ce fait et ceux qui suivent m'ont été ainsi racontés, non par lui, mais chez lui; je ne puis donc offrir ici d'autre garantie que le témoignage des deux secrétaires et de l'aumônier, brave homme, qui paraissait lui être fort attaché, et depuis longtemps.
MINISTRES ÉTRAINGEHS A BERLIN. 3<>
amitié ; qu'il ferait pour l'obtenir tout ce qui dépendrait do lui ; et que surtout chacun d'eux le verrait toujours également empressé à appuyer leurs titres , et a leur procurer toute la justice et les faveurs auxquelles ils pourraient avoir ou des droits ou des titres. Il finit par faire servir un splendide dîner, oii l'on fut d'une gaieté aisée et polie qui enchanta tout le monde.
On rendit compte au nouveau colonel que deux capitaines , qui manquaient à cette réunion, s'étaient déjà battus et blessés plusieurs fois pour un soufflet que l'un avait donné à l'autre. M, de Souastre pensa que l'opinion sur les injures de cette nature exigeant , pour réparation, la mort de l'un des deux champions , et principalement entre militaires, la réputation du corps pourrait être blessée par ces duels tant de fois répétés , et ces blessures toujours insignifiantes ; et qu'il convenait à leur délicatesse sur un semblable article de faire terminer cette affaire d'une manière aussi éclatante que décisive. Eu conséquence, dès que les deux capitaines furent en état de sortir, le colonel leur assigna un rendez-vous auquel il se trouva avec tous les officiers du régiment ; et ayant fait entrer les deux champions au milieu du cercle qu'il fit former, il déclara qu aucun des deux n'en sortirait que l'autre ne fût mort. Tous deux , dans ce combat à outrance , furent grièvement blessés , et cependant ils continuèrent jusqu'à ce qu'en effet l'un eût vu expirer l'autre. Durant cette scène vraiment tragique , les spectateurs , immobiles à leur place , avaient gardé le plus profond silence , leur chef le rompit après le dénoûment , et leur dit : « Messieurs , « nous devons être tous amis ; mais si le malheur veut que dans « le régiment il s'élève des querelles , je déclare que je ne « connais que cette manière de les vider qui convienne à l'hon- « neur du corps et au nôtre. » Le résultat de cette terrible aventure fut que de longtemps il n'y eut aucun duel parmi les officiers de Navarre , et que jamais il n'en fut question tant qu'ils eurent le même chef. Un autre résultat de la conduite
de ce dernier, et de sa fidélité à toutes ses promesses , c'est que ce corps lui a toujours été particulièrement attaché , et qu'assez longtemps après , et lorsqu'il revint de Berlin à Paris, les officiers de ce régiment, alors en garnison à Metz, vinrent tous au-devant de lui à plusieurs lieues, et le revirent comme on revoit un père ou un ami.
Son séjour à Berlin fut remarquable par plusieurs traits qui méritent d'être recueillis. Le premier est l'air de grandeur qu'il donna à sa légation : équipages brillants , hôtel superbe , meublé avec élégance ; chapelle bien décorée ; livrée nombreuse (1), toute formée d'hommes choisis ; et un maître qui savait répandre l'aménité la plus obligeante et la plus naturelle sur un fond de dignité qu'il semblait toujours avoir en réserve : tel fut le tableau qui frappa d'abord tous les esprits , et éveilla contre lui , surtout parmi les autres ministres étrangers , une jalousie qu'ils ne pouvaient dissimuler. J'ai été chez lui , moi trentième à table , et j'y ai vu chaque convive servi par un homme à la Hvrée de M. de Guines, tandis qu'il avait deux hussards derrière lui pour son service personnel , et que six hommes d'offices , €n habits galonnés et élégants, servaient et desservaient la table. €et ordre était tout neuf à Berlin, et très-mortifiant pour les hommes du même rang qui ne pouvaient l'imiter.
Le corps diplomatique surtout était secrètement humilié de cette pénible impuissance ; et l'on ne songeait qu'aux moyens de s'en dédommager par quelque aventure fâcheuse pour M. de Guines , ou du moins de nature à faire rire à ses dépens , lorsqu'on vit arriver à Berlin un ambassadeur de Russie dans une des cours occidentales de l'Europe, et qui, après un an de mariage , conduisait sa femme à Pétersbourg. Comme ces nouveaux mariés devaient s'arrêter quelque temps à Berlin , le prince Dolgorouki les présenta à la cour, et les produisit dans ses sociétés particulières et diplomatiques. Ainsi il donna pour
(I) M. de Guines est le premier qui à Berlin ait eu deux antichambres, une pour la livrée et l'autre pour les valets de chambre. Ro" Thiébault,
eux , à toutes les ambassades, un grand dîner où M. de Guinés fut placé à côté de madame l'ambassadrice. Celle-ci , instruite des dispositions secrètes des esprits , avait mis à son doigt une bague fort jolie, qui renfermait une petite seringue, et au milieu du dîner elle invita son voisin à en admirer le travail , et à en deviner le secret; puis , au moment où il se baissait pour la considérer, elle pressa un point de l'anneau placé dans l'intérieur de la main , et lit jaillir dans les yeux du curieux complaisant le peu d'eau que la bague contenait. M. de Guines rit de l'aventure , en plaisanta avec honnêteté , s'essuya le visage , et n'y pensa plus : mais la dame rechargea la bague sans qu'il s'en aperçût , et, quelque temps après, feignit de vouloir parler à ce voisin , qu'il s'agissait d'embarrasser, et lui arrosa le visage une seconde fois. M. de Guines n'eut point l'air en colère, et moins encore décontenancé ; mais prenant le ton grave d'un homme qui donne amicalement un avis utile , il lui dit : « Ma- « dame , ces sortes de jeux sont , pour la première fois , une « espièglerie dont on rit ; et pour la seconde , une étourderie <c qu'on pardonne, surtout lorsque c'est une jeune dame qui « se la permet ; mais à la troisième fois ce serait une offense « que vengerait ce gobelet d'eau : j'ai l'honneur de vous en « prévenir. » Madame ne crut pas que l'on osât effectuer une semblable menace : ainsi elle remplit et vida sa bague une troisième fois aux dépens de M. de Guines , qui à l'instant même prit son gobelet et le lui servit comme il Tavait annoncé^ en ajoutant avec calme : « Je vous en avais avertie , ma- « dame. » Le mari prit son parti sur-le-champ, et déclara que c'était très-bien fait, et qu'il en remerciait monsieur l'envoyé de France. Madame quitta la table , et l'on parla d'autres choses : seulement les amis de l'ambassadrice parurent désirer qu'il ne fût pas question au dehors de ce petit incident , suï lequel tout le monde promit de se taire, et qui, en effet, fui alors connu de très-peu de personnes (1*).
(I) Ce fut M. Dinot de Jopécourt, l'un des convives, qui vint me conter.
42 FflÉDÉfllC LE GRAND ET SA COUR.
Quelque temps avant cette petite scène, une autre plus importante avait eu lieu à l'occasion du premier mariage du prince royal, à Charlottenbourg. Chaque cour a pour c^s sortes de fêtes ses formalités et son étiquette particulière ; et comme les marquis de Brandebourg sont premiers chambellans de l'Empire , ils ont institué pour cérémonie la plus auguste , dans les fêtes de leurs mariages , une pratique qui en elle-même est insignifiante et ridicule , mais qui devient très-respectable à leurs 3 eux , en ce qu'elle retrace en partie les fonctions caractéristiques de leur dignité dans le corps impérial : c'est ce qu'ils appellent, assez mal à propos, la danse des flambeaux. Dans cette prétendue danse , où tout se borne à marcher fort gravement, les ministres d'Etat, armés chacun d'un flambeau allumé , font le tour de la salle à pas lents , et selon le rang de leurs charges : la princesse nouvelle mariée les suit du même pas , donnant la main au roi d'abord , et en suite à celui qui est <)ppelé pour jouir de cet honneur ; c'est son premier chambellan qui va dire aux assistants , dans l'ordre de la liste qui lui a été remise pour cet objet : « Son Altesse royale vous <c invite à lui donner la main. »> A Tinstant, l'homme invité se rend auprès de la princesse , lui fait une profonde révérence , €t , tandis que celui qui l'a précédé fait une autre révérence et se retire^ il lui offre la main, et marche ainsi avec elle jusqu'à ce qu'il soit remplacé à son tour. Les révérences que rend et reçoit la princesse , le nombre des pas qu'elle fait avec tous ceux qui sont appelés , l'ordre de la liste , tout est ici de l'étiquette la plus rigoureuse. Ainsi qu'on le conçoit , les princes suivent le roi , chacun selon son rang ; viennent ensuite ceux qui ont les grandes charges de la cour, et après eux les maréchaux, et enfin les ministres étrangers. Lorsqu'on en fut à ceuxci, le chambellan invita d'abord le général de Nugent , ministre de Vienne ; en second lieu , le prince Dolgorouki , ministre
en très-grand secret, et le même jour, celte aventure, qui depuis m'a été conlirmée par d'autres témoins.
MIINTSTRE:» ÉTRAJISGERS A BERLIN. 43
de Russie; et en troisième lieu, M. de Guines, ministre de France , qui , ne voulant point confirmer par son acceptation le passe-droit qu'on lui avait fait en appelant le prince Dolgorouki avant lui, répondit au chambellan « qu'il était infiniment « sensible à l'bonneur que Son Altesse royale lui faisait ; mais <c que , ne pouvant plus danser à cause d'une blessure qu'il avait « reçue à la guerre de Sept ans , il la priait de vouloir bien « agréer ses excuses et ses regrets. « La fête du lendemain fut donnée par le prince Henri, frère du roi. M. de Guines eut soin de ne s'y présenter qu'après qu'on eut fini les danses de cérémonie. Mais il donna lui-même le surlendemain une fête superbe. Tous les cavaliers , ainsi que toutes les dames d'honneur des différentes cours de Berlin y furent invités ; et il fut toute la nuit le danseur le plus infatigable delà fête, et celui qui dansait avec le plus de noblesse, de facilité et de grâce.
M. de Choiseul avait pensé que le meilleur moyen d'empêcher les soldats français de se laisser séduire par les embaucheurs prussiens serait de faire rentrer dans nos régiments quelques-uns de ces malheureux qui auraient éprouvé toute la sévérité de la discipline établie ou maintenue par Frédéric : eu effet , qu'un officier français dise à celui qui est disposé à déserter : « Tu tomberas , aux frontières , dans les mains des « enrôleurs du roi de Prusse ; ils t'engageront par force ou par « adresse ; tu seras mal habillé , mal nourri , presque toujours <t sous les armes, et\ pour la plus légère faute , tu seras roué « de coups de canne , ou tu passeras par les verges; et tu seras « loin de ton pays , soldat pour toute la vie , et gardé de ma-
« nière à ne pouvoir échapper sans une espèce de miracle »
Ce soldat , même en faisant semblant d'être convaincu , lui répondra intérieurement et dans le secret de sa pensée : « Tu es « payé pour me parler ainsi que tu le fais , et je ne crois pas un « mot de tout ce que tu me dis ; aussi tu as beau faire , je n'en « déserterai pas moins. « Mais si ce sont des soldats revenus de Prusse qui racontent à leurs camarades ce qui leur est
arrivé et ce qu'ils ont vu , il n'y a pas de doute que ces seconds orateurs ne soient bien plus persuasifs que les premiers. On ne se méfiera pas d'eux, et tout ce qu'ils diront se gravera profondément dans les esprits.
En conséquence de ces réflexions, M. de Guines eut l'ordn* secret de sauver, autant qu'il le pourrait sans se compromettre, les soldats français qui seraient dans les régiments prussiens , et de les adresser aux ministres de France résidant sur les rives du Rhin , pour en recevoir leur pardon , sous la seule clause de servir deux ans dans le régiment qu'on leur assignerait. Afin de remplir cet objet , l'aaibassadeur employait quelques domestiques dont il était bien sûr; et ceux-ci, en faisant amitié aux soldats, en compatissant à leurs peines, gagnaient leur confiance, les instruisaient de ce qu'il serait possible que l'on fît pour eux , les habillaient un matin de la livrée de leur maître , les faisaient sortir de la ville sur les chevaux de l'envoyé qu'on menait promener, prenaient avec eux le galop quand ils. n'étaient plus sous les yeux des sentinelles , les conduisaient ainsi au delà de la portée de ce canon d'alarme qui annonce les déserteurs et fait prendre les armes à tous les villages des environs , leur donnaient ensuite l'argent qui pouvait leur être nécessaire pour la route , ainsi que les instructions dont ils pouvaient avoir besoin , et enfin ramenaient leurs chevaux au petit pas , rapportaient la livrée sur la petite veste avec laquelle ils étaient euxmêmes sortis, et rentraient à Berlin par une autre porte. C'est principalement de cette manière qu'en moins de dix mois M. de Guines enleva au roi de Prusse , et rendit à la France , selon ce que Tort me dit dans le temps , un très- grand nombre de déserteurs , sans qu'il fût deviné par personne.
Cependant le roi de Prusse , qui l'avait si bien accueilli comme voyageur, n'avait plus , en public surtout , les mêmes égards pour lui. Dans les audiences , ce roi , après avoir dit quelques paroles obligeantes aux ministres de Vienne et de Russie , tournait, comme par distraction , le dos au ministre de France, et
MINISTRES ÉTKANOiaiS A BERLIN.
ne paraissait sortir de sa rêverie que lorsqu'il se trouvait en face de l'envoyé d'Angleterre ou de Hollande. On attribuait cet air de disgrâce h plusieurs causes, et surtout à un propos que l'on accusait M. de Guines d'avoir tenu à Paris avant de partir pour Berlin : on racontait qu'interrogé sur ce qu'il ferait au fond de l'Allemagne, et comment il s'y prendrait pour gagner les bonnes grâces de Frédéric , il avait répondu : « Nous ferons de la mu- <« sique et jouerons de la flûte ensemble (I). « C'était peu connaître le tact de l'un de ces deux hommes , que de lui attribuer une pareille phrase, comme c'était peu connaître le génie politique de l'autre, que de lui faire régler sa conduite d'après une aussi minutieuse circonstance. Celui-ci était bien éloigné d'attacher la moindre importance à un mot aussi susceptible de diverses interprétations ; et celui-là a toujours été moins capable que personne de se laisser aller à un défaut de convenance aussi opposé à toutes ses qualités personnelles , et dontje n'aurais pas même fait mention , si on ne l'avait répété avec affectation. La véritable cause qui inspira ainsi tout à coup à Frédéric un éloignement si marqué pour M. de Guines, c'est qu'il apprit qu'il était ami du duc de Choiseul : ces dispositions fâcheuses firent que de part et d'autre on se ménagea peu.
M. de Guines s'étant assuré que l'on ouvrait et que l'on copiait ses lettres et ses dépêches à la poste de Berlin, se détermina , un jour de courrier pour la France, à envoyer dès le matin, au directeur de la poste , une de ses dépêches chiffrées , et à y joindre un billet contenant ce qui suit : « J'envoie la dépêche ci-jointe « à la poste, à sept heures du matin, au lieu d'attendre l'heure « ordinaire de sept heures du soir, afin que M. le directeur « de la poste de Berlin ait le temps de la faire copier, et qu'on « puisse encore l'expédier aujourd'hui. Cequi me porte à prendre « cette précaution , c'est que la dépêche est importante et fort « pressée, et que je serais par conséquent très-affligé qu'elle fût
(I) L'éfliteur de la troisième édition attribue ce propos à M. le duc de Choiseul. Bon Thiéb\ult.
FnÉDÉnTG LE GRAND ET SA COUR.
H gardée jusqu'au courrier suivant, comme on l'a fait pour d'au- « très. )> Cette sorte de brusquerie diplomatique frappa tous les esprits d'étonnemeut : les uns baissaient les yeux, et les autres souriaient malignement : Frédéric en fut le plus mortifié, parce que c'était publier le scandale , comme chose voulue , établie et avérée chez lui : c'est pourquoi il prit des mesures pour que l'ouverture des lettres ne se fît plus à l'avenir que dans des endroits ignorés, et placés aux frontières de ses États. Il choisit les maîtres de poste les plus dignes de sa confiance, leur donna les instructions convenables, leur recommanda surtout, outre le secret le plus inviolable, l'exactitude à lui adresser à lui seul les copies qu'ils devaient prendre, et défendit d'ouvrir aucune lettre ou dépêche à Berlin. Ce nouvel ordre de choses produisit, quelques années ensuite, un quiproquo qui devint un nouveau sujet de scandale. M. le marquis de Pons, successeur de M. de Guines , avait écrit à sa femme, dame d'honneur de Madame à Versailles, dans le temps et le même jour que sa femme lui écrivait de son côté ; ils s'étaient servis de papier semblable : chacun d'eux ferma sa lettre, la cacheta de son cachet particulier, et en écrivit l'adresse de sa main; et à six ou sept jours de date, chacun reçut la, lettre qu'il avait écrite , mais à sa propre adresse écrite de la main de l'autre. Ce ne fut qu'après avoir pris les renseignements convenables et bien calculé la marche des courriers, que l'on parla publiquement de cette affaire, et que l'on put dire, avec la certitude ne de point se tromper : « C'est à telle poste, non loin du Rhin, « que le roi fait ouvrir les lettres qui sont destinées pour la
France et celles qui viennent de ce pays ; la lettre du marquis « de Pons y est arrivée tel jour, en même temps que celle de « la marquise : on les a ouvertes et lues dans la même séance; « et en voulant les refermer, on s'est trompé et on a mis l'une « sous l'enveloppe de l'autre. »
M. de Guines s'était particulièrement proposé de profiter de son séjour à Berlin pour étudier tout ce qui concerne l'armée prussienne. Il avouait assez franchement que c'était là le prin-
cipal motif qui lui avait fait désirer cette missiou et Tavautage le plus essentiel qu'il comptait en retirer. Aussi ne négligeait-il rien de ce qui pouvait y avoir rapport. On le voyait presque à toutes les parades; il manquait encore moins à se rendre aux endroits où l'on exerçait les régiments; il y était toujours à temps pour les voir arriver ; il en suivait tous les nouvements et toutes les évolutions de l'œil le plus attentif^ et lorsque l'exercice était fini, il rentrait à la suite des corps, et les voyait marcher devant lui. Son assiduité donna de Thumeur aux généraux prussiens. Ce témoin continuel et assidu les embarrassa ; et soit qu'ils eussent reçu des ordres secrets du roi, soit qu'ils ne fussent mus que par la colère, ils prirent toutes les mesures qu'il leur tut possible d'imaginer, pour échapper à cet argus ; ils faisaient annoncer qu'ils sortiraient par une porte , et ils sortaient par îa porte opposée; ou bien qu'ils ne sortiraient qu'à neuf heures, ^t ils sortaient à quatre heures du matin. Vaines précautions ; le premier homme qu'ils apercevaient en arrivant au rendez-vous, c'était M. renvoyé de France , à cheval , suivi d'un écuyer et les voyant venir. Désespérés de ne pouvoir lui échapper, ils en portèrent des plaintes amères aux dames de la cour avec qui cet envoyé paraissait le plus lié; et ces dames, bonnes patriotes ^t bien recordées , se mirent à lui représenter, comme de concert, que sans doute le principal objet de sa mission était de maintenir et resserrer la bonne amitié entre les deux couronnes ; que dès lors son premier soin devait être d'éviter tout ce qui pourrait déplaire au roi ; que son assiduité à tous les exercices de la garnison pouvait être mal interprétée; que d'ailleurs les généraux observaient qu'elle causait des distractions aux officiers et même aux soldats ; que l'on en manœuvrait moins bien ; que, de plus, le roi pouvait donner des ordres particuliers, ou faire faire des essais, pour lesquels il ne fallait pas de témoins, et surtout de témoins diplomates et militaires; qu'en général, le roi était très-délicat sur l'article de son armée ; que c'était là son secret, et qu'il y avait tout lieu déparier que si les généraux lui fai-
saient un rapporta cet égard, il en résulterait pour lui, ministre de France, quelque mortification qui leur ferait à elles une peine infinie.
Il leur repondit que tout aimables et spirituelles qu'elles étaient^ que tout respectables que pussent être leurs généraux, ils avaient le malheur de connaître le roi moins bien que lui ; que ce grand homme était fort loin des petites idées sur lesquelles toutes ces craintes étaient fondées ; que l'armée prussienne pouvait attirer et soutenir les regards de toute l'Europe, et qu'on l'admirerait longtemps avant de pouvoir l'égaler ; que c'était donc faire sa cour au roi de la manière la plus flatteuse, que de donner à son militaire l'attention suivie que lui-même y donnait; qu'en cela il se croyait meilleur courtisan que tous ses collègues ; que ses idées à cet égard lui paraissaient si justes et si évidentes, qu'il faudrait que le roi lui-même lui défendît d'assister aux exercices des régiments, pour qu'il s'en abstînt; que, sur ce sujet, il n'en croirait aucune autre personne ; mais qu'il était absurde de penser que le roi voulût Caire interdire d'assister à ce qui se fait et s'est toujours fait publiquement ; que si ce monarque y voulait mettre du secret , il saurait bien le faire sans prendre des voies détournées; qu'il savait bien lui-même combien il était le maître chez lui ; que les manœuvres de Potsdam, d'où l'on écartait les curieux, prouvaient assez qu'il n'avait pas besoin de recourir à d'aussi petits moyens pour faire respecter ses volontés; qu'il les remerciait infiniment de l'mtérêt qu'elles lui témoignaient, mais qu'il les assurait qu'il continuerait de faire sa cour au roi en assistant aux exercices de l'armée autant qu'il le pourrait, et selon l'opinion oii il était que rien au monde ne méritait une étude plus suivie et plus approfondie. Il continua^ en effet, jusqu'à son départ, et personne n'osa plus lui en parler.
Avant de faire quitter Berlin à M. de Guines , j'ai encore à recueillir une anecdote qui le concerne : il s'agit d'un Français qui, craignant d'être arrêté, emprisonné et poursuivi en justice^
vint demander protection contre ce qu'il appelait ses ennemis. L'envoyé, après Favoir bien écouté, fit appeler le secrétaire Tort, par lequel il se fit remettre une lettre en huit pages, qui était dans celui de ses cartons qu'il désigna. Lorsque la lettre lui eut été apportée, il dit au réclamant : « Voilà, monsieur, « une lettre qui m'a été adressée tout ouverte , il y a quelques « semaines, avec prière d'en prendre connaissance, et de vous « la remettre en main propre lorsque je le jugerais convenable : « je ne vous l'ai pas remise plus tôt, parce que je ne vous ai pas « vu et que rien ne pressait ; mais aujourd'hui que vous me « demandez d'étendre sur vous la protection que je dois exercer ft en faveur des Français qui en sont dignes, il faut que vous « lisiez cette lettre avant que je puisse vous rien promettre ou « vous répondre. » Le Français prit et lut la lettre en homme déconcerté : elle était d'une jeune Française, dont il était accusé d'avoir causé la perte.
Quand il eut achevé cette pénible lecture , M, de Guines lui dit : « Monsieur, gardez cette lettre, et dites-moi ce que vous « pensez que je doive faire pour vous. » Il fut impossible à cet homme de proférer un mot : des larmes de confusion lui couvrirent les joues, et il se retira.
M. de Guines m'avait promis d'être le parrain de mon fils , qui venait de naître quand il nous quitta (1) ; mais comme dans ce pays les personnes aisées ne font la cérémonie du baptême que lorsque la mère peut recevoir du monde, il me dit, la veille de son départ : Donnez mon nom à votre fils, chargez
(I) Lorsque M. de Guines quitta la Prusse, vers la lin de décembre 1769, Frédéric était à Berlin ; et le dimanche qui précéda son départ, M. de Guines se rendit au château pour prendre congé; mais, soil qu'il y fut excité par M. de Choiseul, soit qu'il ne consulta que le dépit que lui causaient les désobligeances que le roi affichait à son égard, il s'y rendit à cheval, en frac et en bottes. J'ai entendu cent fois rappeler ce fait par mon père lui-même, j'ignore comment il l'a omis. Au reste, cette dernière audience ne donna lieu qu'à ces mots : Vous parlez ? — Oui, sire. — Bon voyage. Bon Thiébault.
« quelqu'un de me représenter à la cérémonie, et croyez que « ce sera, par rapport à moi, comme si j'y avais assisté en « personne. » Lorsqu'arrivé à Paris, en 1777, j'allai lui faire ma visite, ses premières questions eurent pour objet ma femme et mon fils. « Je n'ai point oublié, me dit-il, les droits que vous « m'avez donnés sur lui. Je veux avoir le plaisir de faire sa « connaissance, de même que je désirerais avoir l'honneur de « dîner avec sa mère. Pouvez-vous venir tel jour? Je ferai « avertir Desaudrai, et j'enverrai chercher ma fille aîuée, pour « qu'elle fasse compagnie à madame Thiébault. » J'acceptai et fus singulièrement frappé du caractère naturellement calme et réfléchi, doux, honnête et modéré de mademoiselle de Guines, dont les nouvellistes avaient publié la querelle avec mademoiselle d'Aiguillon, pendant que l'une et l'autre étaient encore 5 l'abbaye de Panthemont (1).
Cette petite querelle des deux jeunes pensionnaires ne parut pas avoir inspiré aux deux pères des dispositions bien favorables l'un pour l'autre, du moins si l'on en juge par la conduite que tint M. d'Aiguillon lorsqu'il fut ministre des affaires étraugères. M. de Guines, ambassadeur à Londres, eut son procès avec Tort, peu après la disgrâce de M. le duc de Choiseul. Ce procès lui fit désirer de faire un voyage en France, et il en obtint la permission. Lorsqu'il eut terminé ses affaires, il dit à M. d'Aiguillon qu'il était prêt à retourner à son poste, et qu'il le priait de rendre compte à Sa Majesté qu'il n'attendait plus à cet égard que ses ordres. M. d'Aiguillon répondit, selon l'usage, qu'il en ferait son rapport et qu'il lui transmettrait ensuite la réponse, si le roi en faisait une ; et puis, selon l'usage encore de ceux qui veulent desservir, ce dernier ne donna avis de rien.
(l) Ces deux demoiselles eurent, dans ce couvent, une querelle sur l'illustration de leur maison : dans leur exaltation , elles résolurent de se battre en duel : faute d'autres armes elles prirent des couteaux, et exécutèrent leur projet. Mademoiselle de Guines fut blessée au bras, et mademoiselle d'Aiguillon au cou. J'ai vu la cicatrice de la première.
Bon Thiébault.
Cependant le temps s'écoulait, et le silence devenait d'autant plus inquiétant que des bruits fâcheux se répandaient sourdement dans le monde. On disait en effet que M. de Guines ne retournerait pas à Londres ; que cette ambassade pourrait bien être donnée à tel autre seigneur, etc. M. de Guines, aussitôt qu'il fut instruit de ces propos, alla trouver M. d'Aiguillon, et le prenant à part, il lui dit, du moins selon ce que m'a assuré dans le temps une personne qui devait être bien instruite : « Monsieur, je vous ai informé tel jour de mon désir de re- « tourner à Londres ; vous m'avez promis de prendre à ce sujet « et de me faire passer les ordres du roi, et cependant ces or- « dres ne me viennent point. J'ai trois déclarations à vous faire : « l'une que je tiens mon honneur intéressé à mon prochain « retour à mon ambassade ; la seconde que si je n'y retourne pas, « c'est à vous que je le devrai ; et la dernière , que sur ces « deux articles, comme sur tout ce qui tient à l'honneur, je « ne prends et ne reçois jamais conseil que de moi-même. Je « vous prie donc, monsieur, de vouloir bien vous occuper de « cette affaire, sur laquelle j'attends de vos nouvelles sous huit
jours. » Au bout de la semaine il reçut ordre du roi de retourner à son poste.
Il est vrai que l'on ne tarda pas à le rappeler ; mais ce ne fut -qu'en lui donnant le cordon bleu et le brevet de duc. Lieutenant général, il rentra dans l'armée comme inspecteur général, €t bientôt fut nommé gouverneur de l'Artois (1).
(I) En 1800, sortant de table, chez madame de Montesson, j'entendis annoncer: M. de Guines/ Ce nom me frappa; mais comment reconnaître un des plus brillants colonels de France dans un petit vieillard aussi humble que mal mis? Je lis part de mon doute au comte de Valence, avec lequel je causais : il se leva aussitôt, et ayant appris que M. de Guines -était mon parrain, il me prit par la main, et se tournant vers le duc, qui venait de se rapprocher de nous, il lui dit: Permettez-moi de vous présenter quelqu'un de qui vous répondez devant Dieu.
Ce pauvre duc, rentrant à peine de l'émigration, mais revenant ruiné, vieux et malade, ne sachant comment concilier celle apostrophe avec mon habit d'oflicier général , répéta d'une voix émue : Comment donc .'. . .
FliÉDF.RïC LE GRAND ET SA COUll.
Comment donc ! — M. le duc, lui dis-je alors, suis le fils de M. Thiéhault deVacadémie de Berlin, et celui qu'il ij a trente-un ans vous avez bien voulu faire tenir pour vous sur les fonts de baptême. Sa contrainte se dissipa; et je retrouvai quelques vestiges des qualités, de l'esprit et des grâces qui en avaient fait un des tioraraes les plus distingués de la cour et de l'armée. Ce fut même avec une bonté parfaite qu'il s'informa de ma position , et avec un intérêt tout particulier qu'il me parla de mon père, me demanda de ses nouvelles et me pria de lui faire ses compliments.
Il était tombé dans une haute dévotion. Il n'avait plus qu'une servante, qui le conduisait chaque matin à la messe, et ensuite chez le très-petit nombre de personnes qu'il voyait encore.
Je partais le lendemain pour aller prendre le commandement de l'avantgarde de l'armée du général Leclerc, destinée à agir contre le Portugal, comme aile droite de l'armée d'Espagne, subordonnément au prince de la Paix : quand je revins à Paris le duc de Guines n'existait plus.
Bon TlIlÉBÂUI.T.