CHAPITRE XI
Le général d'Anhalt.
Ce général qui, selon Mirabeau, est né d'une cuisinière et d'une foule de pères ; qui, selon le même, a été palefrenier, puis a vendu du café en contrebande, et a été surtout espion, est parvenu pour un temps à une sorte de toute-puissance, en sa qualité d'adjudant général de Frédéric le Grand. Je ne sais d'où lui est venu le nom qu'il a porté. J'ignore aussi en quel temps et comment il est entré dans l'armée, mais il est bien démontré que nul homme ne possédait à un plus haut degré que lui le génie de la guerre, sous le double rapport des conceptions et de l'exécution. De son temps, toutes les affaires militaires marchaient avec ordre, sans embarras et sans retard. J'ai vu toute l'armée prendre à son nom l'air de la déférence et du respect. J'ai vu le temps où les militaires n'osaient chercher à faire leur cour au roi, et moins encore au prince de Prusse , de peur de lui déplaire. Une chute de cheval où il fut si grièvement blessé à la tête, qu'il fallut le trépaner, lui laissa par moment, ou au moins pour un temps, une sorte d'aliénation d'esprit qui arrêta sa fortune militaire. On dit qu'après le décès de Frédéric, il découpa la tête de ce grand homme sur le portrait qu'il en avait et la remplaça par la tête de l'héritier, de ce même neveu dont il avait paru être Tennemi jusque-là, et qui lui douna le cordon de TAigle-Noir, mais le laissa végéter dans sa retraite, où il est mort