M. DE PIRCH
« à moi ; et je vous assure que je le mérite par les vœux que j'ai toujours formés et que je formerai toujours pour vous. » Ce jeune homme se retira sans avoir voulu s'arrêter plus longtemps ; et ce fut après son départ que madame du Troussel me dit que c'était M. de Pirch, sur le compte duquel elle me raconta ensuite tout ce que j'en ai dit ci-dessus, sauf l'article des pigeons, que nous n'avons su que depuis. M. de Pirch partit en effet le lendemain : il se rendit à Hesse-Darmstadt , oii il était fortement recommandé par le prince royal de Prusse ; recommandation à la suite de laquelle il fut placé comme capitaine , et quelque temps comme major dans le régiment de ce landgrave au service de France , et en garnison à Strasbourg. Frédéric n'apprit point toutes ces nouvelles sans un véritable dépit : aussi quand il vint, au printemps suivant, faire ses revues à Magdebourg, il dit au général deSaldern, en l'abordant : « Mon cher général, ce jeune Pirch nous a joués vous et moi, « malgré notre expérience et nos cheveux gris! Cela vous ap- « prendra, j'espère, combien il faut se défier de tous ces étour- « dis. » Ce roi employa cette tournure amicale, parce que M. de Saldern, l'un des plus vieux généraux de l'armée, était extrêmement respecté en Prusse^ à raison de ses services et de son mérite personnel.
M. de Pirch se fit bientôt remarquer en France par deux qualités qui paraissent contradictoires, et qui néanmoins se réunissent souvent chez le même homme : une grande aménité dans la société, et une sévérité extrême dans le service militaire. 11 introduisit dans le régiment de Hesse-Darmstadt une discipline vraiment prussienne ; ce qui fît une très-grande sensation dans le temps, et fut cause que la cour de Versailles fixa particulièvement son attention sur lui. Il fit en conséquence plusieurs voyages à Paris, et même y résida quelquefois assez longtemps. Ce fut dans un de ces séjours qu'il composa ses Essais de tac- Uque^ conjointement avec un officier de la maison du roi, devenu l'un de ses amis ; ouvrage pour lequel ils reçurent plusieurs
gratifications qui se fondirent promptement dans leurs mains.
Lorsqu'il fut question d'aller faire le siège de Gibraltar, M. de Pirch obtint d'être employé à cette expédition. Il mourut en 1785 ou Î786, et assez jeune encore, d'un polype au cœur.
11 s'était marié à Strasbourg, et y avait épousé une demoiselle appartenant à une famille de Lorraine : il a eu de ce mariage un ûls , qui , resté en France avec sa mère, a fait ses premières études à Metz. Lorsque Guillaume II, devenu roi de Prusse, a fait sa campagne en France en 1792, il a voulu avoir ce jeune baron de Pirch, fils de son ancien ami; et l'ayant obtenu de la mère, il lui a fait continuer le cours de son éducation dans ses États, et Ta placé ensuite dans le régiment de ses gardes, à Potsdam, où ce jeune homme est aujourd'hui lieutenant. Je l'ai vu à Paris, en 1802, à la suite d'un congé qu'il avait obtenu pour venir voir madame sa mère, et pour régler quelques affaires de famille. C'est un très-beau cavalier, qui retrace parfaitement feu son père, par l'cxlérieur de sa personne, et surtout par son amabilité, son honnêteté, et toutes les qualités qui tiennent au caractère et garantissent un vrai mérite.