MIRABEAU
Je place à la suite de cette partie consacrée au gouvernement civil et militaire de Frédéric, des notes faites sur Touvrage de Mirabeau intitulé : De la Monarchie prussienne, notes que je viens de trouver dans les manuscrits de mon père. J'ignore à quel usage il les avait destinées; mais on voit qu'il les écrivit après la publication de ses Souvenirs. Quoiqu'elles portent le caractère d'un travail ébauché ou commencé plutôt qu'achevé , elles ajoutent quelques faits à ceux que contient ce dernier ouvrage ; elles en précisent et en rectifient d'autres, et achèvent d'attester combien il était loin d'avoir épuisé tout ce que sa mémoire pouvait lui fournir sur Frédéric, la Prusse, etc.
B^^^ Thiébault.
Frédéric mourut le 17 août 1786, à deux heures vingt minutes du matin, de la même maladie que le grand électeur, avec la même égalité d'âme, et ne cessant de gouverner qu'en cessant de vivre.
Le seul Môllendorff pleurait. >:( On assure que le général Prittwitz pleura également.) Au serment des troupes de la garnison de Berlin , reçu par Môllendorff, le regard profondé-
MIBABEAU.
ment triste de ce brave général et gouverneur, ses larmes involontaires, son parler mâle et attendri , sa contenance d'un héros blessé brisaient Tâme de tout observateur sensible.
Mirabeau fait ce portrait du Roi défunt : Également remarquable par l'audace de sa pensée, la sa- « gacité de son esprit, l'énergie de sa prudence et la fermeté '< de son caractère, on ne sait qu'admirer le plus de ses talents « variés, de son profondjugementoudesagrandeâme ; brillant « de toutes les qualités physiques et morales , fort comme sa « volonté, beau comme le génie, actif jusqu'au prodige, il per- « fectionna, il compléta tous ses avantages, et ne fut pas moins « éaiinemment son propre ouvrage que celui de la nature. JNé « facile, il se rendit sévère; absolu jusqu'à la plus redoutable « impatience, il fut tolérant jusqu'à la longanimité; vif, ardent, « impétueux, il se fit modéré, calme, réfléchi... Jamais mortel « ne fut constitué pour le commandement comme lui : il le sa- « vait, et travailla infatigablement pour le bonheur des autres « hommes , qu'il estimait peu. Il ne connut qu'une passion , « la gloire; et fut ennemi de la louange; il n'eut qu'un goût,
et pour soi-même, et ne vécut que pour les autres ; il n'eut « qu'une occupation, son noble métier de roi, etc. » Rien que de vrai dans ce passage ; et pourquoi l'affaiblir par tant d'autres, qui sont souverainement injustes?