‹ Souvenirs de vingt ans de séjour à BerlinChapitre 44 sur 60 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Mauperluis.

Ce savant m'offre ici peu de chose à dire, après tout ce que j'en rapporte ailleurs , et surtout dans les articles de Voltaire et du marquis d'Argens. Le Docteur Akakia a noyé ce philosophe, qui n'a jamais pu reprendre son ancien crédit auprès de Frédéric et dans le public : aussi n'a-t-il fait que languir depuis ses trop célèbres querelles avec l'ancien ami de madame du Châtelet. Il semblait que le ridicule , en flétrissant son âme , eût en même temps détruit chez lui les sources de la vie. Il avait été trop jaloux de parvenir à une grande considération , et s'était trop accoutumé à celle dont il avait joui durant tant d'années, pour pouvoir supporter de s en voir déchu sans aucun espoir d y revenir jamais. On ne lui manquait pas d'égards , mais on ne le recherchait plus , on n'était pas malhonnête , mais on était froid. Je parle ici de la société ordinaire , car Frédéric le ménageait moins, et avait quelquefois de cruels souvenirs.

La triste déchéance dont nous venons de parler n'était adoucie que par la déférence et les compliments des académiciens; car la noblesse, la famille de madame de Maupertuis , et cette dame elle-même, étaient, par suite des reproches qu'elles avaient eu à lui faire , assez mal disposées eu sa faveur. La vanité l'avait engagé à rechercher une demoiselle de bonne maison et dame d'honneur ; celle qu'il avait épousée avait peu d'esprit sans doute , mais une grande douceur dans le caractère ; il fu^ tendrement aimé, et beaucoup plus qu'il n'aima lui-même. Ce premier tort fut, dès les premiers temps de son mariage, suivi

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