MAUPERTUIS
nait s'accoler à lui : ils auraient été heureux , s'ils avaient su être amis ; mais Tun était trop despote , et l'autre trop peu endurant. Maupertuis voulut dominer : Voltaire l'écrasa.
On conçoit d'ailleurs qu'avec un orgueil tel que le sien, Maupertuis devait avoir, selon les circonstances , des idées gigantesques qui prêtèrent au ridicule, des prétentions exagérées qui lui suscitèrent des querelles graves , et des vices qui le rendirent odieux. Celui qui se croit supérieur aux autres manque trop souvent de prudence : celui qui veut que tout plie devant lui s'expose à être brisé lui-même. D'ailleurs , ces défauts dominants nous jettent dans des intrigues qui emportent notre temps et nous détournent de nos études : ainsi, le savant Maupertuis, devenu courtisan, ne fut plus occupé que de jactances et de petites cabales. De là le sort qui lui est réservé chez la postérité : on ne le citera guère que pour sa mission en Laponie, et pour les turlupinades du Docteur Akakia.
J'ai connu madame sa veuve , grande gouvernante delà princesse Amélie : on voyait qu'elle avait été fort belle ; du reste , c'était une bonne femme , tranquille , bien régulière et parfaitement nulle.
Je n'ajouterai que deux mots. M. de Maupertuis a laissé au cabinet de l'Académie le quart de cercle dont il s'était servi dans les mesures prises au nord de notre globe : on y lit une inscription dont il est l'auteur, et qui est d'une simplicité trèsconvenable , quoiqu'elle ne vaille pas celle des Invalides , qui est aussi de lui {Lxso, secl invtcto militi).
Un copiste, d'origine française et nommé Bigot, auquel ce président donnait ses mémoires académiques à copier, arrive un jour chez lui , et lui dit qu'il ne rapporte point le dernier cahier, parce qu'il y a un passage oii il lui a paru que M. le président s était trompé. « Et sur quoi, M. Bigot, présumez - « vous que je me suis trompé? — C'est que j'ai eu beau « le lire , je n'ai pu parvenir à l'entendre. — Ah ! si ce n'est « que cela, mon cher, il ne faut pas vous en mettre en peine.
374 AMIS DE FBÉDÉRIC.
« Quand j'écris des choses semblables, mon intention est bien « de vous les faire copier, mais non de vous les faire corn- <c prendre. »
Je ne parlerai pas de ses ouvrages , que depuis longtemps le public a jugés , et dans lesquels Voltaire n'a trouvé que trop de moyens de le ridiculiser.