CHAPITRE X
Le Catt.
J'ai eu si souvent occasion de parler de M. Le Catt , qu'il me reste peu de chose à en dire. Son caractère froid et réservé a sans doute contribué à le maintenir en place , si ce n'est en faveur, depuis le milieu de la guerre de Sept ans jusqu'à la fin du règne de Frédéric. Dans les dernières années cependant il avait sensiblement déchu. L'avait-il mérité? je l'ignore Ce que je sais , c'est qu'il n'était aimé ni de la famille royale ni du public. Le premier de ces deux malheurs provenait, selon toutes les apparences , de ce qu'il se renfermait très- strictement dans 1 • cercle de ses devoirs , et que , par conséquent , les parents du monarque n'avaient aucun service à en attendre. J'attribuerais encore le second à la même cause, si , en même temps , on ne l'avait accusé de promettre beaucoup plus qu'il ne tenait. J'ai vu des particuliers , et même de ses compatriotes , se plaindre d'en avoir été joués. Mais comment vivre sur le théâtre où il était, et ne pas déplaire ? Vous ne voulez pas dire que vous avez aussi peu de crédit que de puissance *. dès lors on vous en suppose , et l'on exige de vous ce que vous êtes hors d'état d'accorder ou de faire faire. On voit que je ne veux l'accuser ni le disculper. Nous avons vécu sur le ton de la bienveillance etde l'honnêteté ; et je n'ai pas été à même de vérifier suffisamment ce qui a concerné les autres.
Lorsque le roi eut son docteur de Sorbonne, M. Le Catt fut regardé comme un homme disgracié. Était-ce conjecture
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delà part du public ? ou cette rumeur teuait-elle à des faits particuliers? je n'en ai rien su. Ce qu'il y a de vrai, néanmoins, c'est que, depuis ce temps-là, il n'a plus paru recevoir le même accueil, alors même que son prétendu compétiteur se fut retiré. Au surplus , sa vue s' étant très-affaiblie , il est de la justice d'observer que sa prétendue disgrâce put être une suite de cette infirmité, qui , le rendant moins utile, a pu fort bien le rendre moins agréable.
J'ai su que, depuis la mort du roi, il n'a plus été question de lui : il est resté dans ce pays comme académicien pensionnaire et rentier. H m'a écrit deux fois , dans les premiers temps de notre révolution , pour m'engager à chercher quelqu'un qui voulût faire l'acquisition des manuscrits de Frédéric : il en avait une collection beaucoup plus considérable que celle qui avait paru chez Treultel : il m'en envoya la liste , dans laquelle on trouve des articles très-curieux et entièrement inconnus au public (1). Mais il y mettait un trop haut prix; d'où il résulta
(I) Il n'existe pas une seule édition des OEavres de Frédéric qui soit complète ; pas une qui ne soit fautive ;,ipas une qui, faite dans un ordre convenable, soit accompagnée des notes, portraits, fac-similé et commentaires <Iont on enrichit aujourd'hui les œuvres des auteurs même du second or- ■dre, et qui n'ont et ne peuvent avoir pour eux que le mérite de leurs ouvrages 1 Il paraît de plus, d'après les lettres de M. Le Call, que plusieurs des manuscrits de ce roi étaient de fait devenus sa propriété. Et qui sait combien d'autres se sont permis à sa mort deS soustractions semblables?... On peut donc, pour la conservation et la publication de manuscrits si précieux, regretter que Frédéric n'ait pas accompli le projet d'attacher mon père à sa personne, et de le charger exclusivement de revoir tous ses ouvrages et de les mettre en ordre. L'insouciance qui a fait abandonner à des libraires de Berlin, d'Amsterdam et de Strasbourg, c'est-à-dire à qui l'a voulu, l'impression des œuvres de ce souverain, est d'autant, plus extraordinaire, qu'il n'est ni famille ni gouvernement, ni peuple qui ne se montre glorieux et lier des grands hommes qui lui appartiennent! Comment donc l'Académie de Berlin, cette Académie qui a dù une si belle époque à Frédéric II, n'a-t-elle pas été chargée ou ne s'est-elle pas empressée de lui rendre ce dernier hommage (*). Bon Thiebault.
Le gouvernement prussien a réalisé ce vœu par la grande édition des OZuvres de ièréûéric qu'il publie en ce moment. Noêe du nouv. édiU
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que je ne pus l'obliger ainsi que je l'aurais désiré. M. Le Catt est mort aveugle, il y a déjà plusieurs années. Que sera devenue l'ample collection qu'il avait formée avec tant de soin et durant plus de trente ans?