‹ Souvenirs de vingt ans de séjour à BerlinChapitre 55 sur 60 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

La Meltrie.

Je ne sais pas comment ce médecin était parvenu à être connu de Frédéric, à en être désiré, à en être bien reçu et constamment bien traité. 11 était mort longtemps avant mon arrivée ^ Berlin; aussi n'ai-je appris sur son compte que des choses assez i^agues, et à peine une ou deux anecdotes remarquables.

Comme Frédéric était' de son temps encore jeune et plus patient, ou moins roi dans sa société , et que La Mettrie était ou plus philosophe, ou plus libre et insouciant qu'on n'a coutume de rêtre, il s'était mis avec ce roi sur le pied de la plus grande familiarité. Ainsi il entrait chez lui comme chez un ami. Il se couchait sur les canapés. Quand il faisait chaud, il ôtait son col, déboutonnait sa veste , et jetait sa perruque sur le parquet. On conçoit bien qu'il usait d'autant de liberté dans ses idées , ses propos et son ton. En un mot, La Mettrie agissait en tout envers Frédéric comme envers un camarade. Frédéric, encore enthousiasmé de tout ce qui était philosophique, ne voyait aucun inconvénient dans cette sorte d'aisance, dont fl s'est guéri par la suite. Voltaire a été le dernier qui ait joui de cette aisance devant lui : mais Voltaire était beaucoup plus âgé , et Frédéric, en 1750, n'était encore qu'à l'époque qui sépare les deux âges; d'ailleurs Voltaire avait une prépondérance si marquée du côté de l'esprit et des talents, qu'on ne pouvait lui refuser ce qu'on avait accordé à d'autres : aussi a-t-il été le dernier qui parfois ait pu entièrement oublier le roi dans la ociété de ce monarque.

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