‹ Souvenirs de vingt ans de séjour à BerlinChapitre 57 sur 60 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Le Chevalier Masson.

Peu de temps après que Voltaire eut quitté la Prusse, M. de Gotter, ministre de la poste , revint des eaux de Spa. C'était un homme assez aimé , mais placé à la tête des gourmands les plus renommés de ce pays. Ce ministre parla au roi avec un enthousiasme extraordinaire d'un Français qu'il avait vu à Spa , et qu'il assurait être encore plus étonnant comme homme d'esprit et bien né , que comme homme savant , quoique d'ailleurs il sût tout ce qu'on pouvait savoir. Ce Français était un Franc- Comtois, nommé M. Masson, capitaine dans le régiment de Champagne , et chevalier de Saint-Louis. Frédéric se laissa persuader que M. le chevalier Masson était en effet une merveille ; et , par une sorte d'espièglerie , il n'était pas fâché de pouvoir faire mettre dans les gazettes qu'immédiatement après que Voltaire l'avait abandonné , d'autres hommes d'un grand mérite s'étaient empressés de s'attacher à son service. Il chargea M. le ministre d'écrire à cet homme rare que s'il voulait venir se fixer et philosopher à Potsdam , il lui offrait la clef de chambellan en échange de la croix de Saint-Louis , et une pension de quatre mille francs , pour le dédommager du produit de sa compagnie. M. Masson répondit qu'étant engagé au service de son souverain, il ne pouvait pas quitter sans un congé, que l'honneur ne lui permettait pas de demauder.lui-même. Le chevalier de la Touche, lieutenant général, que quelques personnes ont

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