‹ Souvenirs de voyage d'un soldat de Pie IX [microforme]Chapitre 33 sur 54 · SÉRIE ARENA RE · texte numérisé non relu

SÉRIE ARENA RE

1 Romain joue. Il joue pour mieux travailler ; il ui | joue pour mieux prier. la

1h Les principaux jeux ou divertissements des de

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Romains sont la sxorra, la chatte aveugle et le

carnatval.

La morra est un jeu très en vogue dans les je Etats romains. Tout le monde se livre à ce jeu Fa innocent ; on joue à la morra dans la prairie, on do joue sur la place publique, on joue au café, on joue a au bouchon, on joue partout, excepté dans le Jai temple du Très-Haut. se La morra se joue à deux ; mais on peut se M 1 remplacer comme à la poule, Les deux joueurs se éd placent en face l'un de l’autre ; la main gauche M #1 levie et la main droite fermée en avant ; les joueurs #1 prennent #resque la même position qu'à l'escrime. Mir Au signal convenu, les mains droites des joueurs pe s'élèvent et puis s’abaissent simultanément ; cha- pu cun étend un, deux, trois ou quatre doigts à volonté thé et prononce un nombre. Si le nombre donné par be: un des joueurs répond au nombre des doigts éten- ne 16 dus, ce joueur est déclaré vainqueur. Mais si les e deux joueurs devinent en même temps, ou si ni bios l'un ni l’autre ne devinent, on recommence. Pour ens gagner la partie, il faut deviner cinq fois. La main Re gauche sert à compter le nombre de fois qu’un ur vra

joueur a gagné, Comme on le voit, ce jeu suppose

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un grand fonds de sincérité et de bonne foi dans la parole donnée, car il est facile d'étendre un ou deux doigts de plus, une fois que la main est abaissée, et de tromper ainsi son adversaire. Mais le joueur à la morra ne trompe jamais. Certains auteurs prétendent que les joueurs à la morra posent à terre, avant de commencer, un poignard dont ils se servent lorsqu'on manque aux règles du jeu. J'ai vu jouer à la morra presque tous les jours, et jamais mes yeux n'ont rencontré le poignard en question. Je puis affirmer qu'on ne recourt pas aujourd'hui à ces mesures de rigueur pour empêcher la supercherie. La bonne foi est la seule arme employée dans ces circonstances.

La chatte aveugle est un jeu destiné spéciale ment à l'enfance ; elle se joue au clair de la lune, pendant ia belle saisan de l'été. La place du Peuple, située à l'extrémité nord du Corso, est le théâtre où les acteurs se réunissent. Le lieu du rendez-vous est fixé au pied de lobélisque qui s'élève au centre de cette place.

Après avoir bandé les yeux à un jeune homme, on le fait tourner cinq ou six fois sur lui-même et ensuite on lui dit de se diriger droit dans le Corso. Remarquez que trois grandes rues viennent aboutir à la place du Peuple, et que le joueur ne recevra le prix de la course que s’il entre directement

dans le Corso. La chatte aveugle—c'est ainsi qu'on nomme le lutteur—part ; mais au lieu de prendre la direction voulus, elle se cogne contre un mur, contre l’obélisque lui-même, contre la fontaine de Neptune, contre celle de Rome ou contre un groupe de femmes qui l’accablent d’épigrammes. Vingt, trente autres lutteurs se présentent ; et ils subissent le même sort. Il est rare que la chatte aveugle enfile le Corso du premier coup. Toutefois si le joueur réussit à prendre la vraie direction, on l’applaudit, on le porte en triomphe et on lui décerne le prix dû au vainqueur, c’est-à-dire une bonne salade au chou-fleur et une pinte de vin de première qualité, C'est ainsi que se joue la chatte aveugle ; on rit, on badire, on s'amuse et on retourne joyeux et content au foyer paternel.

Le divertissement dans lequel la gaieté du peuple romain éclate avec plus d'intensité est sans contredit le carnaval, Un étranger, qui n’aurait jamais vu ce spectacle, ou qui n'en aurait jamais entendu parler, prendrait les Romains pour des fous ou au moins pour un peuple de grands enfants. Les fêtes du carnaval durent huit jours, et pendant tout ce temps, les magasins, les boutiques et les ateliers sont fermés l'après-midi ; les affaires sont en général suspendues. Les Romains encombrent le Corse ; les autres rues sont désertes.

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Grands et petits, riches et pauvres accourent prendre part aux réjouissances publiques et se livrent à toute la joie dont leur cœur est capable, avant d'entrer dans la rigoureuse période de la pénitence, le carême. Quelques-uns ont prétendu que le carnaval était une imitation des fêtes célebrées en l'honneur de Janus, du temps des païens. Il peut y avoir du vrai dans cette opinion. Mais l'étymologie du mot carnaval, carni vale, me porte à croire que les Romains veulent tout simplement se réjouir, se recréer avant de jeûner. N'est-ce pas ce qui arrive au Canada, le lundi et le mardi gras ? N’entendons-nous pas dire alors : “ Amusons-nous, proftons du temps. Demain ou aprèsdemain, danses, banquets, promenades, tout ser. fini ; nous serons dans le carême.” Les Romains ne peuvent-ils pas faire comme nous? Ils le peuvent, mais ils ne le font pas: ils jouent, ils rient, mais leurs plaisirs ne sont pas coupables.

L'ouverture du carnaval est annoncée par la cloche du Capitole, qui ne sonne que dans cette circonstance, et à la mort du Pape. Il est alors midi. Le Sénateur romain, (maire) monté dans un riche carosse et entouré de laquais en grande livrée, descend la roche tarpéienne, parcourt le Corse depuis la place de Venise jusqu’à celle du Peuple, et retourne, par la même voie, à son

Rens

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