LA REINE DU PEUPLE ROMAIN
Le peuple romain n’a pas seulement un Pontife-roi, il a aussi une reine ; maïs c'est une reine d'une beauté incomparable, une reine que vous voyez partout, une reine qui s'abaisse et s'élève, une reine qui prend tous les noms, une reine enfin qui possède des trésors infinis. Cette reine, c'est l'épouse du charpentier nommé Joseph ;
c'est cette femme qui écrasa la tête du serpent ;
c'est la Vierge-Immaculée de Nazareth ; c'est la mère de l’'Homme-Dieu. Jamais reine sur la terre ne fut plus aimée que celle de Rome. Jamais reine sur le globe terrestre ne porta de plus riches joyaux que ceile de la Ville sainte,
Vous ne sauriez trouver une nation qui témoigne une plus grande dévotion à la sainte Vierge que le peuple romain, Cette dévotion à Marie est si générale, que, bien souvent, elle semble éclipser
le culte dû au Créateur de l'univers. On invoque l’Immaculée-Conception à toutes les heures de la journée, et dans toutes les circonstances de la vie.
Le matin, le Romain se jette aux genoux de
Marie ; s’il entreprend un voyage, il court dans un sanctuaire dédié à Marie: s’il est malade, il élève les yeux vers Marie ; s'il est exposé à un danger, il conjure Marie de le couvrir de sa main protectrice ; le soir, il sort des oratoires et parcourt les rues de la ville, en récitant son chapelet et en chantant, devant les statues de sa reine, ce refrain populaire :
Eviva Maria !
Maria viva E chi la creo !
“ Vive Marie et celui qui la créa”! Dans toutes ses actions, le Romain s'écrie: “ Vive Marie et son divin fils”!
Une reine d'une beauté incomparable. Nigra sum, sed formosa. “ Je suis noire, mais je suis belle.” Oui, la reine du peuple romain est belle, et sa beauté ne se flétrit jamais comme celle des autres créatures. Née immaculée, elle a donné naïssance à la divine Beauté, qui lui communiqua tous ses charmes.
Une reine que vous voyez partout.—T1l est impossible de faire un pas dans Rome sans rencontrer
la reine du peuple romain, sans jeter la vue sur l’image de la Madôhe. Vous la voyez à chaque coin de rues, sur la façade des églises et sur tous les monuments. Vous la trouvez dans toutes les
chapelles, dans tous les magasins, dans tous Îles ateliers, dans tous les édifices publics et dans tous les hôtels. Partout la Madone parle et sourit aux pécheurs. Partout la Madone tend ses bras vers les affligés.
La Madone repose tantôt sur un modeste piédestal, que le pauvre ouvrier lui a construit dans son humble
Une reine qui s'abaisse et s'élève.
demeure. Tantôt, elle domine le chapiteau d’une colonne élevée.
Une reine qui prend tous les noms.—Si vous vous promenez dans Rome, vous remarquez la madone toutes des Miracles, la madone du Soleil, la madone de arie et la Consolation, la madone des Douleurs, la madone du bon Conseil, la madone des Grâces, la madone a SUM, del parto, la madone de la Fièvre, la madone de belle.” la Délivrance etc. La plupart de ces madones ont pour origine des faits prodigieux.
Une reine qui possède des trésors infinis.—La vie d'un homme ne suffirait pas pour décrire tous les
bienfaits obtenus, tous les miracles opérés et tous les malheurs évités par l’intercession de la reine du peuple romain. On compte plus de 1400 madones à l'extérieur des ffäisons et dans les rues ; et, à chacune de ces madones se rattachent des guérisons miraculeuses ou des conversions éclatantes. Ici, c'est un aveugle qui recouvre la vue;
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là, c'est un boiteux qui marche droit. Plus loin, Marie touche le cœur d’un brigand qui vient déposer son poignard au pied de la Madone. Plus loin encore, c'est un soldat qui évite miraculeusement une balle ennemie, ou bien un navire sauvé d’un naufrage inévitable au milieu d'une tempête. La protection de la sainte Vierge brille dans tout et partout,
Que de prodiges, que de miracles je pourrais citer pour démontrer que la Madone n'oublie pas le peuple romain quand il a recours à elle! Je me contenterai de raconter deux faits que les pères de famille se font un devoir d'apprendre à leurs enfants, réunis le soir autour du foyer. J'emprunte le premier d’un savant abbé français :
“ Lorsqu'on descend la rue de la Scrofa, vers la place du Peuple, et qu'après le couvent des Augustins, on tourne la tête à gauche, on aperçoit, sur le pinacle d’une tour, une statuette de l’Immaculée-Conception. La nuit, cette statuette est éclairée par une lampe ; on dirait un météore qui lui sert d’escabeau : Luna sub pedibus ejus.
Or, au siècle dernjeg, les propriétaires de ce reste de tour féodale possédaient, pour leur divertissement, un gros singe. Selon l'instinct naturel à son espèce, l'animal imitateur contrefaisait les faits et gestes de la maison, en y ajoutant un air gro-
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ésaue qui entretenait la gaieté. Un jour, à force canal bercer et dorloter un enfant qui venait de tait il lui prit fantaisie d’en faire autant. Il saisit le moment où l'enfant, dormant dans son berceau, avait été laissé seul. Il s'approche doucement, le fait sauter entre ses bras velus, l’embrasse, le presse contre sa poitrine, simule a un mot tous les mouvements d’une nourrice qui veut calmer son nourrison. Non content de son exploit et fouours chargé de son précieux fardeau il gran tous les étages jusqu’au sommet de la hs d’un bond, il est sur le parapet, et se promène org en large, dans la même attitude et avec les mêmes gestes qu'il recommence cent fois.
| La pauvre mère, accourant au berceau, trouve l'enfant disparu. Des cris du dehors l’avertissent s l'horrible malheur qui la menace. Le singe grimaçant sur son tétreau, à cent pieds de de la rue, risquait à chaque seconde de laisser tomber le maillot, ou même de le jeter capricieusement comme un jouet. “ Sainte Vierge, s’écria la mère désespérée, rendez-moi mon enfant.” Tremblante et suffoquée, elle vole sur la tour. En 1e. voyant, le singe saute à ses pieds et y dépose le petit trésor. Ce jour-là même fut érigée, sur la rampe aérienne, la statue qu'on y voit AS et la postérité fidèle continue à payer à la Madone protectrice la dette des aïeux.”
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Je traduis la seconde légende du P. Carocci, jésuite, qui la racontait, il y a un siècle et demi, à une caravane de pèlerins.
“ C'était au mois de janvier 1546, sous le pontificat de Paul III, d’heureuse et chère mémoire pour notre ordre. .”
Deux jeunes gens s'étaient proposé de jouer devant la Madone qui ornaït une muraille du quartier de la Regola, et, certes, à un jeu qui n'était guère propre à la divertir. Car, je vous assure, qu’il n’y a pas grande joie à voir jouer à certains jeux, dont celui-ci était un, et dans lesquels celui qui gagne a coutume de perdre, sinon la fortune, au moins la réputation, le temps, l’âme, Dieu, les hommes et queiquefois sa propre vie. (C’aura été, selon moi, quelqu'un de ces jeux de cartes, qui provoquent tant d’iscartades, où bien d’osselets d'étres morts, qui font tant gémir les vivants.
L’ardeur des combattants était grande, surtout celle du perdant, qui avait la rage de se relever ; mais quoiqu'il fût dans le quartier de la Règle (Resola), il ne voulait pas observer la règle du jeu. Il arriva donc entre eux un conflit, soit pour une renonce, soit pour une carte usurpée ou regardée furtivement, ou cachée ou changée. Bref, le sang réchauffé par la perte ou par l'application de
l'esprit, fit qu'on en vînt promptement aux paroles
rocci, emi, à
: pon-
moire
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surtout elever ;
Règle du jeu.
our une egardée le sang tion de : paroles
amères, aux injures, et comme la fureur fournit des armes, Jwror arma ministrat, on finit par les coups.
Le vainqueur se contenait plus que so adversaire, Probablement aussi, doué d'une nature plus pacifique, afin de prévenir toute extrémité, il demanda le premier pardon et céda à son rival. Mais celui-ci, au lieu de se calmer, ne vit là qu’une raillerie, et s'emportant de ce qu’on ne lui avait pas donné raison plus vite, il s'écria : “ Pourquoi donc me le nier jusqu’à présent, Ô infâme menteur ! tu me prenais sans doute pour un imbécile ? Sache que je ne le suis pas; je te le prouverai, tricheur indigne !” Et en disant ces mots, il s'élance comme un tigre sur son adversaire. À ce mouvement, celui-ci se redresse avec violence ; il recule d’un pas, et, portant la main sur un poignard, il lui imprime une secousse si vigoureuse qu'il le renverse.—"* Ah! tu ne veux pas de paix, lui dit-il, eh bien! tu auras la guerre, Tu prétends jouer ta vie, je te la gagnerai aussi bien ; perds-la, torcéné meurs ; car tu ne mérites pas de voir la lumière.” Et il était sur le point de fendre en deux cette, tète moins d’un homme que d’un ours en furie. “Ah! s'écria l'arrogant, devenu timide, et jetant
les yeux vers la Madone sous laquelle ils se trou:
vaient, “ah ! pour l'amour de cette mère, la vie! la vie!”
il Le jeune homme, outragé, regarda aussi la Madone ; et, en la voyant en quelque sorte demander la paix par un sourire, sa fureur se | calma ; le fer lui tomba des mains.—“ Oui, je te | la donne, la vie, au nom de cette arche de paix que tu invoques ; c'est cette clémente Mère qui À t’accorde la vie que je t'ai offerte déjà.” Et, l’emï ! brassant avec tendresse, il le relève du sol où il était prêt à l’immoler. ; Quelle devait être, mes frères, la reconnaissance , de ce malheureux, non-seulement envers son rival, À
qui lui permettait de vivre, mais encore envers la | Madone qui avait intercédé pour lui! Vous pensez , qu'il s’agenouillera pour rendre des actions de ë grâce et pour émettre le vœu de ne jamais plus ;
jouer. L
Hélas ! vous le savez déjà, et le souvenir en glace gl d'horreur éncore. Pendant qu'il était généreuse- ” ment relevé par ce jeune et doux chrétien, par ce p nouveau Gualbert, voici que, pour ne lui être point A débiteur d'un si grand bienfait, il tire inopinément un stylet de sa poche, se précipite sur son bien-
faiteur désarmé et tranquille, lui traverse le cœur À k d’un seul coup et l’étend à ses pieds.
O Mère sainte! quelle ingratitude! quelle :
cruauté ! quelle barbarie! Vous frissonnez, mes À .: frères ! Quoique dépeinte seulement sur la muraille, &
si la sorte ur se , je te paix e qui l'em- | où il
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la Madone ne put se contenir à ce spectable épouvantable, et elle pleura amèrement : les larmés coultrent de ses yeux le long du mur comme un ruisseau.
Un prêtre espagnol, attiré sans doute par a sainte Vierge, après avoir absous le moribond, comme il faut le croire, lui dit, pendant qu'il rendait le dernier soupir: “ Enfant, invoquez cette tendre mère que vous regardez avec tant l'amour.” Comme il parlait encore, la Vierge pleura derechef à sa vue, et le moribond pleura comme elle. Le prêtre ne pouvait plus maîtriser son émotion. Il s'approcha de l'image miraculeuse, et avec son mouchoir il recuillit les larmes de la Mère des Douleurs. La populace du quartier accourut, et en voyant ce tableau d’un jeune homme baigné de son sang et de Marie baignée de ses larmes, elle s’écriait en sanglotant: Miracle ! miracle !—-Le pourra-t-on croire ? On était près du Ghetto ; tous les juifs s’attendrirent, mais aucun ne se convertit.
L'événement fut bientôt divulgué, soit par quelques commères prudemment restées chez elles, mais que la curiosité avait attirées aux fenêtres au premier bruit de l’altercation, soit par le meurtrier
lui-même, dont on n'a plus parlé et dont on ne sait rien. Mon opinion est qu’il a dû mal finir, car les menaces de Dieu sont trop formelles :
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“Celui qui frappe de l'épée, par l'épée doit périr.” Qui gladio ferit, gladio perit. (S. Matth.)
L'image de la Madone fut artistement taillée et enlevée de la muraille, On ne tarda pas à la transporter dans l'église voisine, qui changea son nom de Saint-Sauveur en celui della Madona del Pianto, afin de transmettre de siècle en siècle le souvenir de cette noire atrocité.”
En disant adieu à la reine du peuple romain, répétons, avec le pécheur répentant, cette belle
prière :
Amabile madre e amante Vogli piestosa il ciglio A chi non è tuo figlio Ma figlio tuo sarà.
“Aimable et aimante mère ! daigne tourner tes regards vers celui qui n'est pas encore ton fils,
mais qui veut le devenir ! ”
périr.”
taillée as à la zea son fona del iècle le
romain, te belle
irnet tes ton fils,