‹ Souvenirs de voyage d'un soldat de Pie IX [microforme]Chapitre 38 sur 54 · P10 PP. IX · texte numérisé non relu

P10 PP. IX

C'est ainsi que parle le roi diffamé, et c'est ainsi que se termine le premier acte de la pièce. Passons maintenant au second, c'est-à-dire à Koccupation.

Le même jour que le comte Ponza di San- Martino quittait Rome, les troupes piémontaises franchissaient la frontière romaine et s'emparaient de Bagnorea et de Montefiascone que les zouaves avaient évacuées quelques instants auparavant. L’invasion était commencée, et cela sans raison aucune et sans déclaration de guerre. Ce n’est pas le mot 2wvasion qu'il faut employer, mais bien l'expression 70/ de territoire. Victor-Emmanuel représente ici le lion de la fable. “Je m'appelle lion, se dit-il, par conséquent je prends le royaume du Pape.” Et le nouveau Judas envoie le lieutenantgénéral Raffaele Cadorna exécuter ses ordres barbares.

Cadorna entre alors dans les Etats de l'Eglise

avec cinq divisions et une réserve, ‘formant trois

corps d'armée. Les forces piémontaises se repartissent comme suit : quatre-vingts bataillons d'infanterie, dix-sept bataillons de bersaglieri, cent quatorze pièces, vingt-sept escadrons, quatre compagnies degénie, cinq compagnies de train et une compagnie de pontonniers. L'effectif de l’armée d’invasion s'élevait à quatre-vingt-un mille quatre cent soixante-dix-huit hommes.

Cadorna, ayant trois divisions sous son commandement, s’avançait du côté des Legations et de la Sabine. Bixio, à sa droite avec la 2me division, menaçait les frontières du côté de la Toscane, et Angioletti, à la gauche, quittait le royaume de Naples avec le troisième corps d'armée. Avant même de prévenir le Pape, l’armée piémontaise avait pris ses positions sur la frontière, car, le sept septembre, Bixio avait son quartier-général à Orvieto; Cosenz, à Rietti; Mazé de la Roche, à Terni ; Ferrero, à Narni ; et Angioletti, à Cassino.

Pendant que ces différents corps d’armée s’avançaient sur Rome, une flotte de douze navires de guerre se dirigeait vers le port de Civita-Vecchia. Cette flotte, commandée par le contre-amiral Del Caretto se composait des vaisseaux suivants :

Roma, vaisseau de rer rang.

Re di Portogallo, s Messina, frégate de 2e rang,

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le sept néral à Roche, à Cassino.

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— 207 — Ancona, frégate de 2e rang.

Terribile, corvette, Castelfidardo, frégate de 2e rang.

Principe di Carignano, M San Martino, “ A ffondatoré, È

Deux frégates non cuirassées : Zfalia et Duca

di Genova, avec l'aviso Vedetta, croisaient près des côtes.

Telle était la position de l’armée piémontaise

au commencement de l'invasion. Rome était donc cernée de toutes parts.

Maintenant, quels moyens ou quelles ressources Pie IX, le roi exvahi, avait-il à sa disposition pour défendre son territoire de cinquante lieues de longueur sur quinze de largeur en moyenne, formant onze mille sept cent quatre-vingt-dix kilomètres carrés en superficie ? Treize mille six cent quatrevingt-quatre hommes de troupes, chiffre officiel, et encore disséminés dans les cinq provinces romaines, savoir :

‘Velletri, Frosinone, Viterbe, Civita-Vecchia et Comarca. Plusieurs bataillons se trouvaient à

Rome dans le moment pour protéger le Saint-Père. Défendre cinq provinces avec une poignée d'hommes contre trois corps d'armée, c’eut été une folie et un sacrifice inutile de vies. Aussi, le général

Kanzler, pro-ministre des armes, donna-t-il l’ordre d'abandonner les provinces à l'approche de l'ennemi et de converger vers Rome, tout en laissant aux commandants la latitude de faire une “ honorable résistance.” Ces ordres furent ponctuellement exécutés, comme nous le verrons dans le cours de ce récit.

Je me bornerai à relater ici la célèbre retraite de la province de Viterbe, dans laquelle les zouaves, commandés par le baron de Charette, ont joué un si grand rôle. Je puis garantir de l’exactitude des faits, car je les ai entendu raconter par plusieurs zouaves qui faisaient partie de cètte expédition ; et j'ai consulté aussi l’histoire de l’invasion des Etats de l'Eglise par le Comte de Beaufort, témoin oculaire du vol commis par Victor-Emmauuel.

Bixio, l'ancien lieutenant de Garibaldi, s'empare d'abord de Bagnorea, le 11 de septembre, comme nous l'avons dit précédemment. Cette ville n’était défendue que par vingt zouaves, commandés par

le lieutenant de Kervyn. Ce dernier, averti à trois.

heures, par un courrier de Capraccia, que l'ennemi s'avance, prend alorsleparti de se repliersur Montefiascone ; mais trompé par les faux rapports d’un officier de zouaves qui avait été lui-même mal renseigné, il retarde le départ, et, surpris parles Pié-

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montais, il est fait prisonnier avec son détachement. Les zouaves déposent leurs armes en pleurant et sont conduits prisonniers au camp de Bixio. On les promena ensuite à travers l'Italie, dit M. de Beaufort, en butte aux mauvais traitements de leurs vainqueurs et aux insultes d'une lâche populace.

Les Italiens marchenttout de suite sur Montefascone qu'ilscroientsurprendre ; mais le commandant de Saisy, avec ses deux compagnies de zouaves, ayant reçu la veille l’ordre de sereplier sur Viterbe au dernier moment et sans engager d'action, quitte cette ville à dix heures du soir au moment où l'armée piémotñitgise pénètre dans Montefiascone par une porte k et arrive à Viterbe la même nuit, sans avoir été inquiété dans sa retraite. Du reste, M. de Saisy avait pris ses mesures pour protéger sa petite colonne en la flanquant de tirailleurs. L'arrivée de ces deux compagnies de zouaves à Viterbe fut saluée par les cris de “Vive Pie IX !”

Bixio passe la nuit à Montefiascone. Une partie de son armée entre dans la ville, et l’autre partie campe dans la plaine.

Le lendemain, Bixio lève le camp; mais au lieu de marcher sur Viterbe, et pour couper la retraite à de Charette, il prend un ehemin à

droite, vers Marta, et se dirige vers Civita-Vecchia

es

suc

par la route de Toscanella et de Corneto, en laissant un bataillon derrière lui.

Le baron de Charette, qui avait été mis au fait de la démarche du comte de Ponza di San- Martino, avait averti tous les avant-postes de se tenir prêts à se replier en cas d'attaque ; et tous les détachements avaient obéi à ses ordres. Les

deux mille hommes, échelonnés dans la province:

de Viterbe, étaient donc alors réunis sous le commandement du brave lieutenant-colonel. Mais

quel parti-prendre dans cette situation périlleuse ?. 1 P Ï

Combattre ou retraiter, pas d'autre issue. De

Charette, après avoir mûrement réfléchi, se décide.

a la retraite tout en se se a faire une “honorable résistance ”, suivant “es instructions

émanées du ministère de la guerre. Pour exécuter

cette entreprise hardie, de Charette n'avait plus:

le choix des routes. Cadorna devait nécessairement bloquer la route la plus directe, celle de Ronciglione et de Monterosi. Il ne restait donc que celle de Civita-Vecchia par Vetralla ; c'était parcourir la base d’un triangle dont Rome occupait le sommet. Mais il fallait bien passer par là pour ne pas tomber entre les mains de l'ennemi et priver ainsi Rome de l'élite de ses troupes.

Ce parti pris, de Charette se prépare -à la.

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l'ennemi et lui laisser le champ libre, il prend donc la résolution de se fortifier à Viterbe, et d'y attendre les Piémontais. Le 12, à sept heures du matin, les barricades et les autres travaux de fortification sont terminés. En un mot, la ville est mise en état de défense. De Charette, placé dans l'observatoire établi dans la tour de la caserne, examine les mouvements de l'ennemi qui était campé sur les hauteurs de Montefascone et à Bagnoli, à droite de Montefiascone ct à six milles environ de Viterbe. Vers dix heures et demie, le brave commandant des zouaves voit une colonne piémontaise lever le camp et se diriger vers Toscanella et Carcanello dans le but évident de couper la route de Corneto, et une autre colonne se porter sur Viterbe. En même temps des paysans arrivent à Viterbe et préviennent de Charette que deux colonnes du corps de Cadorna s’avancent du côté d'Orte et de Soriano. Quelques minutes s'étaient à peine écoulées, que les zouaves aperçoivent distinctement l'ennemi sur la route de Ronciglione.

Il n’y avait plus à retarder le départ, sans étre complètement investi. De Charette assemble alors un conseil de guerre, et il est résolu d’évacuer Viterbe. Des ordres sont alors donnés aux officiers,

- et les troupes pontificales abandonnent Viterbe et

se retirent à un mille et demi de cette ville, au

casino Polidori. Les habitants saluent leur départ par les cris de “ Coraggio, suavi ! Coragzto, figli ! Courage, zouaves ! courage, enfants!” Encore un démenti à la lettre de Victor-Emmanuel. Cette décision avait été prise pour donner le temps aux autres détachements de se réunir à la colonne principale. Toute la petite armée pontificale se trouvait au casino Polidori, à l'exception de quelques vedettes et de douze hommes de garde au poste de la Place, qui avaient été faits prisonniers, parce que l'ordre de la retraite avait été mal compris.

De Charette donne alors le commandement de marche en avant ; il était temps : l’une des colonnes ennemies était arrivée à la Mercia ; celle qui venait de Soriano n'était plus qu'à un mille de la porte Romaine et à quelques cents mètres de la porte Florentine. Les pontificaux prennent la route de Vetralla, où ils arrivent à six heures du soir. Deux heures avant d'atteindre Vetralla, des cavaliers piémontais ont rejoint la troupe pontificale ; mais ils sont oblici5 de rebrousser chemin en voyant l'attitude menaçante des zouaves. De Charette trouve en cette ville les gendarmes de Ronciglione, de Sutri, de Capranica-di-Sutri, de San- Giovanni-di-Bieda, etc. On passe lanuit à Vetralla,

sans être molesté par l'ennemi. Deux compagnies

départ Jiglil ore un Cette ps aux olonne cale se > quelrde au nniers, té mal

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de zouaves gardaient la route de Vit:rbe, et des piquets assez nombreux couvraient la route de Sutri.

Le 13, à 6 heures du matin, la petite troupe pontificale sort de Vetralla pour se diriger vers Monte-Romano. Il faisait une chaleur excessive, À six milles avant d'arriver à Monte-Romano, on rencontre un chemin à gauche près de Cinella, qui conduit à l’Allumiera, et, de là à Civita-Vecchia. Cette route parait la plus sûre ; mais de Charette préfère suivre la voie de Monte-Romano, comme étant la meilleure et la plus directe. A dix heures, l’armée fait son entrée à Monte- Romano au milieu des vivats de la population. On accorde quelques heures de repos aux soldats avant de commencer la célèbre retraite de Veterbe proprement dite, Les hommes tombent de fatigue ; une soif dévorante les brûle ; et pourtant ils sont encore pleins de courage. De temps à autre on les entend s'écrier : ‘“ Vive Pie IX!!” Après avoir repris un peu de force, il faut. se remettre en marche ; mais la route qui conduit de cette ville à Corneto est déjà occupée par les Piémontais.

“Essayer, dit M. de Beaufort, de forcer le passage eût été téméraire, vu l'infériorité numérique des troupes romaines et la forte position de Bixio

à Corneto. Si l’on était forcé de combattre pour

s'ouvrir la route, mieux valait le faire le plus près E possible de Civita-Vecchia, où l'on trouverait d des soutiens et un asile; il fallait donc gagner d Civita-Vecchia le plus tôt possible ; pour cela on A n'avait qu'une route longue, difficile, passant près p de l'ennemi à travers des montagnes escarpées, t inconnues, et c'était pendant la nuit qu'on devait Le la suivre.: Pour préparer les hommes à cette ta fatigue, où leur accorde quelques heures de repos. te Charette en profite pour compléter ses renseigne- Hé ments et en faire part aux officiers de son détache- da ment, dans un conseil de guerre, où il décide la dé

marche sur Civita-Vecchia. Il se procure aussi un guide, et accepte à ce titre un gwardiano qui s'offre et servit bien.

“Le temps presse cependant. La troupe s'étant un peu reposée, M. de Charette adresse quelques mots à ses soldats, et, sans même avoir le temps d'achever le repas commencé, par une accablante chaleur, et aux cris de “Vive Pie IX!” on commence, vers trois heures et demie, cette retraite de douze heures, qui ne devait finir qu'à Civita- Vecchia, et qui serait admirée comme elle le mérite si, exécutée en un autre temps, elle eût

trouvé un historien digne d'elle.

“ À quelque distance de Monte-Romano, ii fal-

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lait quitter la grande route pour se jeter à gauche dans la traverse. Le chemin que l’on prit, mauvais dès l’abord, était cependant praticable. Au bout de quelques milles, il cesse complètement ; c'est à gué, et de l’eau jusqu’au dessus du genou, qu’on passe le petit fleuve du Mignone ; puis, on se trouve en pleine montagne, dans des sentiers bons seulement pour des bêtes de somme. C'est pourtant le seul chemin possible pour la colonne ; il faut y faire passer l'artillerie ; et avec le jour qui baisse augmentent les difficultés. Tantôt descendant au fond des ravins escarpés, tantôt gravissant des pentes abruptes, tantôt par de brusques détours contournant des saillies de rochers, gênés par l'inégalité même d'un sol raboteux, hécissé de pierres aux arêtes vives, on triomphe de tous les obstacles. On avance, là même où la marche semble impossible ; quand.les deux canons et la mitrailleuse ne peuvent passer, on leur attache des cordes et on les hissc à ‘orce de bras. Deux fois ainsi, l’on doit monter séparément les caissons et les pièces ; ailleurs ‘1 faut aux six chevaux d'attelage joindre une vingtaine de soldats. Pour les bagages, il en est de même, et parfois on doit les transporter et enlever en quelque sorte les chariots. Un ou deux se brisent, qu'on abandonne ; les

autres passent, ainsi que iès canons, ZrÂce aux

efforts soutenus de la troupe. Les hommes tom-

bent de fatigue, mais aucun ne se plaint ; et le : courage leur donne une force nouvelle, maintenu ] per le bon esprit de tous, et l'énergie que savent l

inspirer le lieutenant-colonel de Charette et le Ô lieutenant d'artillerie Maldura. \ “ On avait encore à courir un autre risque : une n Û fois, dans la nuit, on aperçut du sommet d’une C

hauteur les feux de nombreux bivouacs ennemis F entre Corneto et Civita-Vecchia. Ils étaient encore r

éloignés ; mais la route s'en approchait, À fic 4 4

d'efforts, an avait, en continuant cette marche n

nocturne, gagné Allumiera et rejoint la route allant a!

de Bracciano à Civita-Vecchia ; mais bientôt on er

vit qu'en la suivant on tomberait au milieu des ni

Italiens ; on était même si près d'eux qu'il n’était ne

| pas certain qu'on pût éviter leur rencontre. On d fait une halte un instant ; Charette donne à voix basse ses instructions aux officiers pour le cas

, d'une attaque, et échange avec eux une poignée de main d'adieu; puis, quittant de nouveau la

route frayée que suivent seuls les bagages et leur Vi gatde, on se jette à travers les champs, traînant El encore les canons sur un sol parsemé de rochers de

jetés en désordre, et marchant ainsi en ligne droite da

et le plus vite possible dans la direction de Civita- À jus

Vecchia. Hé

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traînant rochers 1e droite Civita-

“Tant d'efforts furent récompensés, et l'ennemi ne s'aperçut pas de la proximité des pontificaux. Bixio se promettait bien cependant de leur couper le passage. Il avait occupé par ses troupes la route de Corneto à Monte-Romano et le pont du Mignone, où il les attendait au passage. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est que des chemins impraticables les déroberaient à son atteinte.

“ Vers deux heures du matin, la petite troupe romaine entendit un bruit lointain : c'était celui e la mer, on approchait de Civita-Vecchia. Tout n'était pas sauvé encore, et des fusées que l'on vit as'ors s'élever au-dessus de la ville, dans le ciel encore sombre, et dont le sens était connue, donnèrent bien quelques inquiétudes ; mais celles-ci ne furent pas confirmées. La marche se poursuivit heureusement ; à trois heures, l'avant - garde atteignit les portes de la ville, et le reste de la cu ne arriva à trois heures et demie dans Civita.

Fechia ; elle était en sûretée....

Pendant que les troupes de la province de Viterbe effectuaient avec tant de bonheur une retraite si périlleuse, le général Bixio, que nous avons laissé à Corneto avec sa division, y attendait toujours la colonne pontificale. Il y demeura jusqu’au soir du 14. Ce jour-là cependant, il avait pous:

sa cavalerie et les bersaglieri jusqu'en vue

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de Civita-Vecchia, et ayant enfin appris que ceux qu'il attendait lui avaient échappé, il ne songea plus qu'à s'emparer de Civita-Vecchia. La flotte italienne étant venue dans la journée sous Corneto, au Porto-Clementino, Bixio alla, vers deux heures et demie, à bord du vaisseau-amiral Loma, se concerter avec l'amiral del Carretto pour le siége de la place, et se portant enfin lui-même en avant, le 15, il tablissait son quartier-général à Torre- Orlande . ant Civita-Vecchia. . . .

“ Vers ie même temps, (au moment où Bixio eut un entretien avec le contre-amiral del Carretto) le lieutenant-colonel de Charette partait avec ses troupes. Les zouaves de la garnison de Civita- Vecchia avaient un moment espéré voir leurs camarades demeurer avec eux: mais, comme il s'y attendait, et en réponse à un télégramme envoyé par lui, le commandant des troupes de Viterbe avait reçu à huit heures et demie une dépêche qui le rappelait à Rome avec son détachement., Il laissa seulement à Civita-Vecchia la compagnie venue de Valentano (2e du IV) et, à sa place, emmena avec lui la première compagnie de dépôt de zouaves. Le train qu'il prit était le train ordinaire de Civita-Vecchia à Rome. Entre la première de ces deux villes et une station voisine, il y eut un instant de sérieuse crainte. Le

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chemin de fer côtoyait de très près le rivage, et l'on vit à une faible portée de terre une frégate ennemie embossée, et qui semblait prête à prendre en écharpe le train à son passage. Le danger était réel et grand ; mais on n’en eut que la crainte ; la présence de voyageurs civils dans le convoi et la certitude de tirer sur eux en même temps que sur les troupes, arrêtèrent-elles la frégate italienne ? Celle-ci ignora-t-elle que nos soldats étaient dans le train, crut-elle qu'ils allaient suivre dans un train spécial, ou bien n'eut-elle pas d'ordres ? Quoiqu'il en soit, le convoi poursuivit sa marche, et fut bientôt hors de portée ; on arriva ainsi jusqu'aux environs de Rome. Au pont du Tibre, le train s'arrêta ; le triste souvenir de la caserne Serristori et de tentatives analogues faisait craindre que des mains coupables n’eussent essayé de miner le pont pour le faire sauter au moment du passage des troupes. Celles-ci descendirent du train qui poursuivit sans elles, et, suivant la rive droite, elles entrèrent dans Rome par la porte Portèse, L'anxiété sur leur sort n'avait pas été moindre à Rome qu'à Civita-Vecchia ; la joie de les revoir y fut égale. Le pro-ministre des armes les attendait lui-même à la porte, avec sa famille ; et ce fut au milieu des vivats et d'acclamations poussés par les troupes rangées près des murailles, et

par le peuple répandu dans les rues, que nos soldats de Viterbe firent leur entrée dans la capitale, où bientôt ils durent se rendre aux postes de combat qu’on leur avait assignés,

Les jours suivants furent consacrés aux préparatifs de défense et d'attaque. Presque toute l'armée pontificale avait pu retraiter sur Rome ; quelques détachements isolés, mais peu nombreux, avaient été faits prisonniers.

Les soldats pontificaux étaient échelonnés autour «. Rome, en dedans des murs.

Le 20 septembre, l’armée piémontaise enveloppait la Ville éternelle dans un cercle de feu. Le général Cadorna avait placé les X[I° et XIIe divisions et la réserve au nord-est de la ville, en face des portes Pia et Salara ; Ferrero se trouvait à l’est, près de la porte Majeure ; Angioletti devait attaquer le sud vers la porte Latine, et Rixio Bixio était chargé de la partie qui fait face au

Transtévère.

À cinq heures et dix minutes, le premier coup de canon est tiré par l'ennemi, et un boulet vient frapper le mur à droite de la porte Pia. C'est le signal du combat. Bientôt, la fusillade devient générale. Les Italiens sont moissonnés par la mort, tandis que les Pontificaux n'éprouvent que des pertes insignifiantes. Malgré le courage des assié-

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gés, l’armée ennemie pratique une brèche dans le mur qui avoisine la porte Pia. Le général Kanzler envoie un rapport au Saint-Père. Ce dernier, pour cviter une plus grande effusion de sang, arbore le drapeau blanc à dix heures et dix minutes.

L'armée pontificale obéit au successeur de Pierre ; elle cesse le combat et se dirige vers la cité Léonine. Rome capitule et tombe au pouvoir du Piémont.

Je ne vous parlerai pas des scènes dégoûtantes, et indignes d’un peuple civilisé, qui ont eu lieu après la capitulation. Je me contenterai de dire que les Italiens ont manqué à toutes les lois de l'honneur et qu'ils se sont conduits comme les barbares du temps d’Attila.

Nos pertes, dans cette journée tout à fait glorieuse pour les soldats du Pape, s'éleverent à seize tués et cinquante-huit blessés ; celles de l'ennemi dépassèrent mille, tués ou blessés. Un écrivain allemand a dit: “La perte de l'ennemi devant Rome, le 20, monte environ à deux mille hommes tués ou blessés. Je sais ce que je dis et pourquoi je le dis; je sais aussi combien le Piémont a donné dans ses journaux des pertes mensongérement petites ; mon calcul s'appuie sur le dire des soldats ennemis.” Je crois néanmoins que ce calcul est un peu exagéré.

Jetons un regard en arrière, et voyons ce que

fait le Pape pendant que les Italiens bombardent Rome.

A sept heures et demie, Notre Saint-Père célèbre le sacrifice divin suivant sa coutume ; il entend ensuite une seconde messe et reste en prières jusque vers neuf heures. L’illustre Pontife passe alors dans sa bibliothèque particulière, où étaient réunis les membres du corps diplomatique, au nombre de dix-sept. Pie IX dit quelques mots aux ambassadeurs, mais sa voix est entre-coupée par des sanglots. Nous nous faisons un devoir de citer quelques-unes de ses admirables paroles :

“ Le corps diplomatique s'est, une autre fois, “ réuni autour de moi dans une circonstance “ pareille ; c'était au Quirinal. ...

“ J'ai écrit au roi; je ne sais s'il a reçu ma “lettre ; je l'avais envoyée cependant sous l'adresse “ de son ministre des affaires étrangères. Je pense “ qu'elle lui sera parvenue, mais je n’en sais rien.

“ Bixio, le fameux Bixio, est là avec l’armée ‘italienne. Aujourd'hui il est général. Bixio, du “temps où il était républicain, avait formé le ‘ projet de jeter dans le Tibre, quand il entrerait “ dans Rome, le Pape et les cardinaux.... Ilest ‘“ Jà, à la porte San-Pancrazio ; ce côté-là est le “ plus exposé. Il y a des maisons qui souffriront, “ entre autres celle de Torlonia. Les souvenirs du

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