DE LA MUSIQUE
Ello jouo un rAlo important dans la pantomimo , san^ qu'olUî la maîtrise; connini' dans l'éfolc olassiiiuc. Ainsi , jadis, les acteurs jouaiont la pantomime à la noie.
C.o g*enre de spectacle n'était autre (iu(^ la danse vue sérieusement el didactiquemenl. ('liaiiue scèin» linissait invariablement par une mélodie dans le i;oùl de la marche dca Tari arcs.
L'acteur n'avait plus d'inspiration, son pas élait compte el réglé comme un menuet.
(t) Célibataire, CQL'Uim habKare, disent K-s étymologislos.
Mais aussi quelles pantomimes étaient ce là! Toujours des empereurs, des victimes dans des tours, des tyrans farouches, enfin ce qu'on a appelé , avec plus de raison , mi~ modrame.
Debureau père donna à cette pantomime le même coup de pied que Frederick au mélodrame, quand celui-ci créa le Robert-Macaire de V Auberges des Adrets , mélodrame sanglant qui se transforma en plaisanterie énorme.
Après avoir obéi quelque temps à l'assujettissement de la pantomime à la note, Debureau père la tua avec une joie sans exemple. Il donna un coup de pied au cul de la prin • cesse pour l'envoyer plus vite à son donjon, et distribuer des montagnes de soufflets au tyran farouche.
C'est dans une pantomime sérieuse que Debureau père , poursuivi par un ours ( rôle sérieux), s'avisa de retourner brusquement la tête de l'ours. Le malheureux figurant , privé de la vue, se traîna sur la scène et vint tomber sur la rampe. Ses pattes imploraient grâce et cherchaient vainement un point d'appui.
Du jour de ce lazzi , la pantomime-Ponsard fut balayée. Le public avait ri de l'ours. Debureau père, encouragé dans celte veine, joua les tours les plus féroces aux satellites soldés par un empereur cruel.
De temps en temps, l'ancienne école dresse la tête, et sert un plat de mimodrame, où les brigands , les torrents , la dame à l'hache, le vieil ermite de la chapelle , se livrent à de coupables forfaits ou à des vertus méritoires. Mais la chose est morte, bien morte ! Et il faut que Pierrot se montre dans un rùle muet pour que la représentation puisse aboutir.
J'ai déjà donné mon sentiment sur la musique des Funambules, je ne saurais trop écrire sur ce sujet important. L'orchestre, tout mal composé qu'il soit, m'a jeté souvent dans des extases que ne me donnerait pas l'orchestre du Conservaloire,
DES FUiNAMBULES. 217
Trois violons, un alto, une clarinette, un cor et une contrebasse, se mettent , sans le savoir , à jouer du Mozart , du Glïick, petits morceaux qu'on coupe dans de vieux cahiers. C'est le cornet à piston qu'il faudrait supprimer et remplacer par un hautbois , une flûte et un violoncelle. Pas d'instruments en cuivre ! cela est bon pour accompagner des chanteurs ; mais aux mimes, il faut une musique douce, tantôt vive et tantôt mélancolique, qui ne trOuble pas ce monde si plein de calme.
Il est important qu'on n'aille pas chercher d'autres compositeurs que ceux du dix-huitième siècle et qu'on s'arrête à Grétry. L'instrumentation de ce compositeur est simple et naïve.
Mais le chef d'orchestre , s'il a l'amour du furetage , a toute une mine dans la musique allemande , italienne des siècles passes.
Un jour, j'ai vu un assez mauvais ballet avec de la mauvaise musique. Seulement, mademoiselle Auriol dansait, et il y eut une phrase de musique.
La situation était des plus banales. Un paysan déclarait son amour à mademoiselle Auriol ; elle l'écoutait , elle lui donnait son bouquet; ils frémissaient tous deux d'amour ; la femme se tordait, ses yeux lançaient des flammes.
— PAN ! fit la grosse caisse solo.
Los deux cœurs étaient fondus en un , les doux corps s'étaient fondus ensemble , les doux bouches s'étaient jointes avec rage. Une explosion avait troublé ces deux beaux corps, riches d'amour et de jeunesse.
Cette simple note de grosse caisse est un trait de génio. Il est de M. Pilati, médiocre musicien; mais je gage qu'il a été une fois amoureux.
La note de grosse caisse le prouve.
C'est une femme comme la dcnioisollc Auriol qu'il fau-
cirait [iûur jouer les Colombinc. Comme je m'cnlltousiasmais fort pour elle devant un maître de ballet :
« Elle n'est que salUmbanque, me dit-il. »
Oui, saltimbanque , je le veux bien, mais saltimbanque comme Diderot. C'est-ù-dire que, toutes les fois qu'un grand artiste , poëte , peintre , comédien , musicien ou danseuse , veut bien se livrer au public, montrer son feu , jeter son âme en dehors, il est'^altimbanque.
Ce maître de ballet était né maître d'écriture.
Et voilà pourquoi je l'ai aimée, ma Colombine! et voilà
pourquoi je l'aime encore et je l'aimerai toujours ! Pauvre
fille! — Elle s'appelait... Je l'ai vue, la première fois, avec
des bas couleur feu, un peu déteints ; son corsage de velours
Q noir de coton blêmissait; mais sa jupe était blanche comme
y ^ès dents. Elle dansait avec une joie d'enfant, et elle était
' d'une hardiesse , d'un sans gêne pour envoyer un coup de
pied dans la mâchoire de Polichinelle ! Après les danseuses
espagnoles, je n'en ai pas connu qui cherchât autant à plaire
au public. Jamais d'ennui, toujours aimable.
Elle arrêtait ses grands yeux noirs noyés de bonheur sur le parterre; et, une chose extraordinaire, faisait croire qu'elle louchait. Mais que de beauté dans cette loucheiie qui n'existait pas ! C'est un bonheur que d'écrire pour de pareilles filles. On peut essayer tout avec elles; elles ont l'intelligence vive comme les jambes et fine comme un cheveu.
Pensez que j*ai écrit cinq pantomimes pour des femmes maigres qu'on disait jolies ; je m'en soucie bien de ces beautés niaises ! Elles ne veulent pas travailler. Elles ne savent rien faire; elles dansent comme si le plancher du théâtre était rembouré d'aiguilles. Pour celles-là, la direction a dépensé les yeux de la tète, en costumes : rien n'est trop beau, rien n'est tiop riche.
Mademoiselle Béalrix, la précédente Colombine, ne décla-
ra-l-elle pas qu'elle ne jouerait pas parce que le Pierrot se trouvait changé en croque-mort? Elle fondait en larmes à la répétition; elle ne voulait pas qu'Arlequin la serrât dans ses bras, et que Pierrot l'cmbrasscât sur la joue !
Vraiment elle serait sortie du couvent des Oiseaux qu'elle n'eût pas été plus pudique.
Quant à mon amie, je lui aurais dit qu'un saut de carpe était nécessaire : elle se serait brisé les reins chez elle, et l'aurait fait.
— C'est écrit ! Il le faut ! aurait-elle dit.
Grande confiance de sa part dans l'auteur, quel qu'il soit. « C'est Vauleurî » Et elle ne peut guère se vanter de mon amabilité, de mes compliments, de gracieusetés et de bou- (luets. Je l'ai fait répéter huit jours sans luydirc un mot, sans presque la saluer. /