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DES ACCESSOIRES

On va voir un de mes grands bonluMirs dans les Trois Filles de Cassandve. Mes in(iuiéliides :iu sujet du cerf se tournèrent en une immense joie. Au dernier tableau, Pierrot s'en va en voyage; il monle sur sou âne.

L'àne entre en scène. Surprise de la salle. Le ln'l âne ! Jamais on n'a vu d'âne pareil; demandez à Callot ou à

Goya de vous dessiner une pareille chose, ils n'arriveront jamais à ce vieux âne.

Une peaut?cf/e, pelée par endroits, recouvre un figurant à longues jambes. Il serait trop fatigué de rester toute une scène, les mains à terre, il a des petites bûches au bout de ses mains. On devine vaguement cette rallonge. Le dos est maigre; les pattes sont beaucoup trop hautes.

La France, qui a cru au cheval violet de Delacroix, et qui s'en est fâchée sérieusement, devait frémir devant mon âne vert.

C'était comme un lézard très-haut, avec une tète inconnue, même à Geolîroy-Saint-IIilaire.

Le lendemain, à la répétition , il fallait faire des coupures ; tout le monde proposait de supprimer l'âne vert, qui avait intéressé les esprits les plus chagrins.

Je tenais beaucoup à cet âne, et je n'étais pas compris : c'est là justement un de ces types d'accessoires rêvés si longtemps et qu'aucun dessinateur n'aurait trouvé en lui.

11 n'avait pas été bâti par la tradition, cet âne mystique, lézard de l'apocalypse. Non, la vieillesse, la poussière, lui avaient donné une forme et un ton particuliers auxquels l'art n'atteindra jamais.

Mon ami Schann', qui fera un jour des joujoux sculptés, et qui apportera dans cet art important une rêverie et un génie dévergondés, Schann' dit le mot vrai : « Tu ne mets pas assez d'animaux pareils dans tes pièces. »

On essaya jadis aux Funambules des animaux véritables : un chat était attaché â la troupe; il avait un joli logement dans la loge de la portière. Son emploi consistait à entrer comme entremets dans les dîners goulus de Pierrot. Plus d'une fois le chat joua admirablement la scène du pâté ; le couvercle levé, le chat passait sa tête, et de ses deux grands yeux verts, pleins d'un charme cruel, il magnétisaitPierrot. Mais le chat devint vieux et atrabilaire ; il n'avait plus,

dans ses rapports avec les comédiens, cctlc douceur de manières, cette politesse exquise qu'on dit avoir existé au foyer du Théâtre-Français. Il ne se tint plus avec son calme si précieux dans le pâté , et ce bout de rôle, qu'il avait rendu important à force de sérieux, il le convertit en scène d'épilepsie. Il sauta de son pâté aux jambes de M. Laplace, le roi des Cassandre, grimpa au manteau d'Arlequin, et s'élança dans le paradis, où les voyous le reçurent avec des huées et des cris tels, qu'ils furent entendus au Châteaud'Eau.

L'administration se mit à la poursuite du chat. Mais lui, (lui jadis arrivait le premier à la répétition, désormais se sauva aussitôt que le son de la cloche lui apprit qu'on n'attendait plus que lui.

^lon chat, dans sa courte existence, eut autant de finesse sans que son génie le conduisît à des actes aussi répréhensibles.

roniUAIT DE SCHANN .

L'occasion est trop belle pour que j(^ ne donne pas ici le portrait d'un ami qui ne m'a guère quitté d(^puis dix ans, et qui s'est jeté avec mui corps et âme dans la musique, dans la faïence, dans les chansons populaires, dans la peiulure naïve. Joignez à cela un vif sentiment de la l^lléraluic, uii(» ardente curiosité pt>ur la médecine, une sensibiliic |oul(^

allcmaiulo qui ferait croire qu'il a un harmonica dans le cœur, une vivo supériorité sur les femmes, des mélodies franches et mélancoliques à la fois, une grande gaieté de caractère, un certain laisser-aller dans la toilette, un nez remarquable, et vous aurez mon ami Schann' tout entier, qui ttantile chevalet pour le piano, et se demandant|à toute heure du jour : « Suis-je peintre ou musicien? » De l'art il n'a pris que le dessus du panier, et il a laissé les inquiétudes, les soucis, les tristesses, les amertumes, qui sont au fond. Tel est mon brave ami Schann', qui doit certainement une partie de sa gaieté à l'influence permanente des polichinelles suspendus au plafond de son père, fabricant«de joujoux, rue aux Ours.

j'aime la colombine et je dis tout.

Le 30 mars, toutes mes souffrances de théâtre étaient épongées, j'étais léger, tout jeune, je ne me sentais pas marcher, et j'étais libre comme un ballon dans l'air.

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