V. 0B GHATEAUBMAm» A M. DE IIAR€EIXirS
Paris, 16janTi6rl823.
J'ai reçu votre lettre du 12 et votre dépêche n** ^5. — Je ne vois pas plus que vous d'inconvénient au passe-port donné à M. Bruce : cela ne peut
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inquiéter, tout au plus, que la susceptibilité jalouse de lady Parker.
II y a bien peu de femmes à Paris qui eussent imité miss Wbite dans ses bontés pour moi. Je souhaite que ma plume ne lui porte pas, avec elle, tous les soucis qu'elle m'a valus. — Votre anecdote sur cette soirée de bas-bleus a fort intéressé le roi. Il a rencontré à Londres, m'a-t-il dit, la plupart des hommes que vous nommez.
Le courrier étant parti, j'expédie le paquet par estafette. Vous verrez dans le Moniteur les trois lettres des cours du Nord, adressées au cabinet de Madrid. Elles sont évidemment moins fortes que la nôtre. Tenez le ton haut avec les ministres anglais, et soyez très^mical avec les légations continen* taies.
M. de la Garde n'a pas l'injonction positive de se retirer ; et il est possible qu'il attende encore les ordres que je serai chargé de lui transmettre de la part du roi. Mais son rappel me parait inévitable. II est probable qu'on affectera envers nous, en Espagne, des dispositions pacifiques. Nous verrons bien.
M. DE HARGELLUS A H. DE CHATEAUBaiAND.
Londres» 17 janvier 1813.
La longue note que le cabinet britannique m'a adressée le iO janvier, et dont je vous ai transmis aussitôt le texte et la traduction , était bien plutôt dirigée vers le palais de Westminster que vers la cour des Tuileries ; le ministre en avait besoin pour son attitude parlementaire; et cette démarche est faite uniquement en vue de la publication future des documents diplomatiques où elle doit figurer. Or, comme ces communications of&cielles n'auront pas lieu avant le mois d'avril , vous voyez que M. Canuiug fourbit ses armes bien longtemps avant le combat.
c< Eh bien! que pense-t-on à Paris de ma note?» me disait-il hier. — Ce que j'avais prédit , lui ai-je répondu, et ce que, au fond, vous avez dû pressentir vous-même. Cette note ne nous séparera pas de Falliance continentale^ et nous aurions souhaité, comme je vous l'avais dit avant sa rédaction, éviter celte explication superflue. — « Je ne pouvais pas, » a répliqué M. Canning , « laisser sans réponse la
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K note de M. de Montmorency, où il refusait notre €( médiation douze heures avant de quitter les affai- « res; c'était une flèche parthe qu'il nous décochait <K en fuyant. D'ailleurs, tout se publie aujourd'hui : « M. de Villèle, par un procédé inusité, publie dans ce le Moniteur une note diplomatique signée de la « veille. Les ambassadeurs du continent me com- « muniquent ici, le 10, une circulaire confidentielle « qui, le 11, se trouve dans tous les journaux. « Quand le parlement nous demandera compte de « nos eflbrts pour arrêter la guerre , il faudra bien « publier aussi à notre tour, et prouver par des do- « cuments authentiques que nous n'avons rien né- « gligé pour maintenir la paix. » M.
Bi. DE CHATEACBRIAND A M. DE MABCELLUS.
Paris, 37 janvier 1833.
Je vous préviens que la Garde est rappelé. Dites toujours que nous voulons la paix , mais que nous nous préparons à la guerre ; que nous ne refusons point les bons offices de l'Angleterre pour amener cette paix; mais qu'il faut, pour première condi-
tion, que le roi soit libre de modifier la monstraeuse constitution des coriès. Parlez toujours de paix .: nous la vouloDs, mais avec sûreté et honneur; et nous aimons mieux la guerre que Tétat d*incertitude et de péril révolutionnaire où nous nous trouvons. — Demain je vous enverrai le discours du roi ; il est fort guerrier, quoique ne fermant pas toute porte à la paix. C.
M. DE MARCELLCS A H. DE CHATEAUBRIAND
Londres, 27 janvier 1823.
Mes dépêches vous racontent longuement la guerre des épithètes qui s'allume ici. — M. Ganning soutient que la quesliou d'Espagne a cessé d'être européenne comme elle l'était à Vérone, et qu'elle est devenue toute française depuis votre accession au pouvoir; en un mot, qu'elle est encore européenne dans la note de M. de Montmorency, et qu'elle n'est plus que française dans voire lettre à M. de la Garde.
Les ambassadeurs d'Autriche et dô Russie se ré^ crient, et disent que la question espagnole est es-
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sentiellement européenne^ en ce qu^elle touche à des intérêts reconnus européens. Le ministre de Prusse ajoute que, quand V Europe déclare une question européenne^ aucun raisonnement ne peut faire qu'elle ne soit pas européenne réellement.
On me demande mon avis ; et je réponds, pour contenter les fantasques, que la question d'Espagne esifrançaise et européenne tout à la fois. Mais je suis loin d'éteindre ainsi la discussion, comme vous l'avez vu dans la note britannique ; cette 'note est ellemême un petit brandon de discorde et un masque pour déguiser Tindifférence des iles Britanniques envers le continent.
Quoi donc ? Si l'Angleterre s'enveloppe d'un dédaigneux égoïsme, ne serait-ce pas le cas, au lieu de la consulter pour agir, de l'avertir seulement quand on aurait agi ?
Avez-vous su que, dans une conversation dont j'ai rendu compte à Paris avant que vous fussiez ministre, comme je citais une dépêche de M. de Montmorency, disant que la France est intimement unie à ses alliés dans la volonté de repousser les principes révolutionnaires... à ce mot A' alliés ^ M. Canning m'a repris : — ^élliés ? vous voulez dire les puissances continentales ? — Moi. Non, je suis sûr de ma mémoire. Il y a bien dans la dépêche ses aUiés. — M. Gakiukg. Sans doute par erreur,
car vous savez qa^à Vérone comme à Paris , nous nous sommes constamment tenus à part. — Moi. Je ne pensais pas que Tusage eût encore adopté cette classification à^% puissances continentales^ qui met les quatre cours du continent d'un côté^ et vos iles de l'autre. — M. Gamning. « La dénomination « n^est point encore formelle ; mais elle est consaa crée par le fait. — Ita verborum vêtus interit « setas^ » a ajouté le ministre avec un sourire sardonique. M.