H. DB CHATEAUBRIAND A M. DE MABCBLLU
Paris^ aojanTier 1823.
Le discours du roi a fait merveille. Les divisions cessent. Les esprits se calment : au lieu de baisser, à l'annonce des crédits et des emprunts , les fonds montent; tant cette nation est militaire! C.
M. DB HABGELLITS A M. DB CHATEAVBBtABD.
Londres, SOjaurier 1833.
Le discours du roi à Touverture de la session, prononcé à Paris le 28, se vendait dans les rues de Londres le 29.
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« Vous allez passer la frontière, » m'a dit M. Canniog; ic combien de temps nous donnez-vous encore « avant de vous lancer dans cet abîme de mai- « heurs? » — « Pouvons-nous encore » » a ajouté lord Liverpool , « dire, dans le discours de notre « roi, que tout espoir de paix n'est pas perdu ? » — J'ai répondu, sans hésiter, que si cet espoir repose sur quelque nouvelle de Madrid annonçant des dispositions à nous satisfaire, la phrase ne peut compro* mettre la parole royale -, mais que si elle sous^enten* dait le désistement du gouvernement français, une telle assurance ne se peut donner, car la ligne tra* cée par le discours du roi de France reste irrévocable.
Le duc de Wellington, surpris lui-même du dis** cours du roi, en a cependant parlé avec réserve. — « Convenez, » m'a-t-il dit en souriant, « que vous « avez k Paris des gens bien déraisonnables » — Sans doute, ai-je répoudui mais ils sont en mino* rite. Avouez qu'il n'en est pas de même à Madrid, et qu'il y en a aussi passablement à Londres. — Sa Grâce a souri de nouveau, et a paru penser comme moi. M.
432 POLITIQUE DE LA RESTA UilATION.
H. DE chàteaubriaud a h. db margellvs.
Parts, !•' féfrier 1823.
Je vous envoie un courrier. Il vous porte une lettre pourM. Canning, et la copie d'une dépêche qu'il est essentiel que vous lui lisiez avant que le discours du roi d'Angleterre soit prononcé. Cherchez donc M. Ganningy et voyez-le n'importe où. Vous me renverrez immédiatement ce courrier avec le discours du roi ; et si même ce discours annonce la neutralité de l'Angleterre en cas d'hostilités entre la France et l'Espagne, faites-moi annoncer ce fait par ane dépêche télégraphique.
Nous n'avons point de nouvelles officielles d^Ëspagne depuis le 20 janvier; mais il est probable que le départ de M. de la Garde , qui doit avoir eu lieu vers le 30, aura produit quelque commotion. Que sera-ce à l'arrivée du discours du roi ? C.
CORRESPOIf DAHGE . 133
M. DB MARGELLUS A M. DE GHATEAUIHIUND.
Loudres» 31 janvier 1823.
J'ai revu M. Ganning , et j'ajoute ceci à ma lettre d'hier : a Ce malheureux discours, » s'écriait-il ce malin, dans la troisième des conférences qu'il a voulu avoir avec moi depuis deux jours ; « ce malencon- (c trenx principe que vous établissez ainsi — que flc Ferdinand soit libre de donner des institutions à « ses peuples, — a déplacé loute la question. Je serais « le premier à conseiller aux Espagnols de périr tous a les armes à la main plutôt que de céder à de telles a exigences. Voilà donc une guerre de théories po- « li tiques allumée en Europe. Croyez-moi, elle aura •r tons les caractères d'une guerre de fanatisme re*- « ligieux, et je suis convaincu qu'elle amènera pour a résultat l'expulsion du trône d'Espagne de Ferdi- « nand et de sa famille.
« Vous le voyez , l'opinion ici est unanime contre a vous. Il n'y aura pas trois voix au parlement en a faveur de votre système. Nos ministériels eux- « mômes manifesteront le plus ardemment leur dé- « sapprobation. Tous les journaux, d'accord en ce
134 POLITIQUE DK LA RIftTAU RATION.
a seul point, se réunissent contre ce fatal discours... » En effet , la stupeur et Tindignation ont été générales hier à la Bourse et dans la Cité. Les gazettes n'expriment que la colère, la haine; elles orient : Guerre ! vengeance ! et le Times a tenu au public le même langage que m'a adressé M. Canning.
J'ai répété tous les arguments que vous lisez dans mes dépêches depuis huit jours : les violations de ^ notre territoire, la corruption tentée envers notre armée, noire longue patience.... ; M. Canning ne m'écoutail pas. « Je suis au désespoir, » m'a-t-il dit en me serrant la main , ce et je ne sais quelles seront ff les suites de tout ceci.... »
— Quelles qu'elles soient, ai-je dit en me retirant, elles n'affecteront pas sans doute les liens d'amitié qui unissent les cours d'Angleterre et de France. — « Je ne puis vous donner aucune « assurance à cet égard , d m'a répondu M. Canning. «Ces liens, vous venez de les ébranler, et « nous obéirons aveuglément à l'opinion publique, d — Vous obéirez, ai-je repris, aux constants intérêts de la Grande-Bretagne, et non aux émotions passionnées d'un jour. La neutralité de l'Angleterre sera t6t ou tard proclamée, je l'afBrme même en ce moment, où vous semblez la mettre en doute; j'en ai pour garant ces mémorables paroles que j'ai entendues retentir il y a q^ielques
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mois à Uverpool : — « Si rAngleterre prend parti « daos las querellée entre iee peuples et les rois, elle ff perd sa position dominante , et elle court le risque « de voir ses institutions non -seulement altérées , a mais renversées de fond en comble. — »
Apaisé tout à coup par cette citation de son célèbre discours, le ministre m'a dit en souriant :
« Ne te decipiant blandse mendaeia lingn» I »
— Et je l'ai quitté. M.
M. DE MARCELLVS A M. DE CHATEAUBRIAND
Londres, 2 féTrier 1823.
Attendez-vous à une note sur la définition de la légitimité et sur Torigine des constitutions; ce sera la suite et le commentaire anglais du discours du trône en France. M. Ganning, ne pouvant agir utilement à Madrid ni à Paris, se rejette sur des discussions de principes; et, pendant la neutralité pratique, la polémique des théories continue. -— Les injures du Times et du JUarning^Ckronicle sont trop grossières pour
136 POLTTIQCE DE LA RISTAUHATION.
figarer dans une dépêche, on pour s'en émouvoir. Je n'ai pas eu un instant la pensée de les attaquer. Le silence seul répond dignement à de tels outrages. Ces piqûres de la presse y la presse se charge de les guérir.
Je le répète , malgré tout ce tumulte, vous pouvez compter fermement sur la neutralité de TÂngleterre. L'Opposition elle-même ne veut la guerre avec la France que p^r taquinerie envers le ministère, dont elle voit la grande majorité adopter le système neutre. Si celle-ci avait décidé la guerre, tenez pour certain que l'Opposition n^eùt pas manqué de crier à la détresse du pays, à l'insuffisance du budget des recettes, et qu'elle aurait refusé les subsides. M.