‹ Souvenirs diplomatiquesChapitre 23 sur 31 · IO · texte numérisé non relu

IO

308 POLITIQUE 1>£ LA RESTAtKATION.

« sans doute, eux là-bas et vous ici, vous croyez « que rafTaire tire à sa tio. Beaucoup de sages et de « hauts personnages, » a-l-il ajouté en ricanant, « le pensent ici comme vous; mais ils ne coiisidè- <c rent pas les choses sous leur vrai point de vue. « En effet, observez bien. La tranquillité règne où u vous êtes; mais, dès que vous disparaissez, le a trouble renait. Le roi vous échappe. Ce sont vos « manœuvres qui le mettent presque en danger. « Mais heureusement notre ministre est là pour gaa rantir sa sûreté. Sans doute sir W. Â'Gourt ré- V pugnera à aller se renfermer à Cadix ; mais c'est « le plus éminent service qu'il puisse rendre à la « royauté. Il suivra Ferdinand , et // se collera conscr iamment à la personne du roi (Jie mil stick con^ « stantly to ihe very person oftlie hing), » — Qu'il fasse mieux, ai-je interrompu, et que, s'attachant au roi comme vous le dites, il s'échappe avec lui de celte nouvelle prison. L'Anglelerre aura rendu un service signalé à l'Europe ; et vous le voyez bien vous-môme, il ne reste plus au ministère britannique d'autre voie déjouer un beau rôle dans les affaires d'Espagne. — « Mon Dieu! » a répliqué M. Canning, comme gêné et piqué à la fois, «r pourquoi nous prcsu ser de questions ? Nous ne parlons pas , mais nous u agissons peut-être. Tenez, je suis personnellement « dans la position la plus embarrassée; et, dans nos

GORBESPOnUANCB. 309

« confidences, je ne puis, même à vons, rien dire « de précis, puisque ces malheureux courriers n'ar- «c rivent pas, et que je n'ai point de nouvelles direca tes de Séville depuis le 1 7 mai. »

Je sais que M. Canning fait partir aujourd'hui même pour Cadix un second vaisseau de ligne, dont il ne m'a dit mot, pour porter à sir W. A'Courl de nouvelles instructions.

N'oublions pas que , dans Tinsurrection de Naples, en 1820, le gouvernement britannique avait donné l'ordre à sir Graham Moore de bombarder à riustant la ville de Naples et le port, si la personne du roi se trouvait en danger. Ce devait être un biwi» ùardement pacifique et presque amical y toujours sans se départir de la //^{(//W/V hautement professée. Vous vous souvenez aussi que c'est la main des officiers anglais, toujours neud-es, qui guida la fuite de Sa Majesté Sicilienne 'dans les souterrains de son palais... C'est bien encore un roi Ferdinand qui figure au centre de la révolution; mais il n'y a plus à Londres le même ministre !l

Il me faut achever de vous raconter le petit épisode du courrier de la régence, Albanez. A peine, vendredi dernier, m'avait-il quitté, que M. Canning le fit appeler et le retint à Londres. Il l'a fait accompagner, à son retour, par un de ses propres courriers; et ces deux individu^^ sont partis samedi.

310 POLITIQUE DB LA HCStAURiTIO?!.

21 , avec une lettre da gouvcrnemeDt anglais pour la régence. Voici rexplication du fait

Albanez était porteur d*une dépêche de M. Da« mian Saez, adressée à M. Canning, dans iaquelloi après quelques complimenlSi il priait simplement le ministre de remettre au roi d'Angleterre une lettre incluse* Le premier mouvement de M. Ganning a été de faire délivrer un reçu de la totalité par an de ses commis, et de ne point donner d'autre réponse. Mais Georges IV en a jugé autrement ; et, tout en admettant qu'on ne pouvait reconnattre une ré« gence tant que sir W. A'Court résidait auprès du roi , il a désiré que son gouvernement établit une différence entre cette régence organisée par monseigneur le duc d'Angouléme et les régences précéden* tes, dont les manifestes étaient arrivés par la poste, et comme des écrits anonymes. Cet avis du roi, dont le duc de Wellington a été le porteur et Tavocat , a prévalu, et on a pris un terme moyen en dépit de M. Canning : c'est de ne point reconnaître la ré« gence, mais de lui répondre, et de baser uniquement le refus de la reconnatiro sur la présence d'un ministre britannique auprès de la personne du roi d'Es* pagne. Tels sont les lermes do la réponse.

Comme vous le pensez bien , M. Canning ne m'a point parlé de tout ceci. « On m'assure, » m'a-t«il dit seulement, « que la régence veut nous envover un

« agenl. Ce sérail inutile , ridicule ; sans doule elle ce attendra, pour cette sMoudê démarche, TefTet de « la première et le retour de son courrier. »

Le maréchal de Béresford , dont aucun pronostic sur la guerre d'Espagne n'a été démenti par l'événement) m'a déclaré qu'il fallait trente mille hommes aux constitutionnels pour défendre Cadix ; et que, dans ce cas, cette ville, bloquée par tner, manquerait bientôt d'approviâiontiements ; qud, d'un autre côté, si les troupeà con&tilutionneltes ne s^élevalent qu'à sept ou huit mille hommes, Cadix, dé^ fendue ainsi, n'était nullement à l'abri d'un coup de main.

Mes dépêches traitent du Portugal et de la révolution de Lisbonne. Je continue à y placer auRsi exactement un résumé de la question espagnole, les affaires générales, le courant de la diplomatie, tin journal quotidien des transactions du patlemefit, et tout ce qui concerne les trois royaumes et leâ Indes, comme vous l'aveas déslt*é.

M. Canning tn'a demandé, pour le cadeau d'usage qui termine les ambassades , ce que vous aimiez le mieux, la botte avec le portrait du roi, ou mille livres sterling. M.

312 POLmQUE D£ LA IUSSTAl3RATI0If.

Page 1