X. DB CHATEAUBMAirD A M. DE XARCELLUS
ParU,19joiii 1823.
J*ai remarqué ce qae vous me dites de la Perse et de la Turquie; el j*en ai fait prendre boune note. Od doit maudire eu Angleterre l'empereur Alexandre, car il est tout à nous. Il est armé de toutes pièces contre les révolutionnaires. S*il n'a pas été jusqu'ici plus favorable aux Grecs , c'est qu'il a cru apercevoir dans leur insurrection la griffe des jacobins de Paris. C.
M. »E aiARCrtUJK A M. OJi CHATEAUBRIAND.
Loodra»2tjaitt Itu.
Voire lettre du 23 me Tait voir que vous ne connaissiez pas dans toute leur étendue les événements de Sévilie. M. Ward, atlaolié à la légation de sir W. A'Court et témoin oculaire, après avoir été ar-
l'été deux fois entre Séville el Cordoue, a rencontré dani cette dernière ville le général Bordeeoulle, qu*il a le premier instruit du départ de Ferdinand VII pour Cadix. Ce malheureux roi, la veille du voyage, a mandé les membres du eorps diplomatique qui sont restés auprès de sa personne ; et, les priant de transmettre à leurs coura un récit fidèle des événements, il leur a déclaré qu'il cédait à la force , et qu'il considérait d'avance Cadix comme son tomibeau*
Ce mémo corps diplomatique se disposait à protester solennellement contre la déchéance du roi et à rendre les Cortès responsables d'un seul cheveu loml)é de sa tête, lorsque sir W. A'Court s'est op« posé à cette protestation, et y a substitué une déclaration par laquelle , accrédités auprès d'un roi, et non auprès d'une régence, ils annoncent que leurs fonctions ont cessé jusqu'à nouvel ordre. Quelques journaux ont dit que sir W. A'Court revenait à Londres. Cela n'est pas exact; il se retire à San-Lncar, et se tiendra là provisoirement. M. Ward a dû lui être réexpédié hier au soir, avec des instructions qui ont été discutées dans deux conseils consécutifs , et dont on ne pénètre pas encore le sens; mais, si je ne me trompe, elles doivent lui prescrire une entière ùapassiùi'/ùf*.
H a été difficile, pour les personnes qui ont vu
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M. Canning, à l'arrivée de ces noavelles de Séville tant attendues, de deviner quel sentiment elles excitaient de préférence chez lui. Joie dissimulée; soit de ces extrémités révolutionnaires, conséquence, à ses yeux, de notre intervention , soit de se trouver enfin poussé par les événements en dehors de sa position isolée : inquiétude sur son attitude future; déQance de la diplomatie continentale ; jalousie envers la France; espoir secret de Pindépcndance des colonies espagnoles, question qui s'agite toujours au fond de sa pensée, et sur laquelle j'ai si fréquemment, dans mes dépêches, appelé votre attention; impatience de Tavenir et rancune universelle. Tout était rapide et confus : je n'ai rien pu démêler, et mes collègues n'ont pas été plus heureux. Lord Liverpool, plus franc en cette circonstance, n'a point déguisé sa satisfaction de voir s'approcher la tin de toute l'affaire. Le duc de Wellington, beaucoup plus content qu'alarmé, a fait entendre de grands éloges de la conduite si sage du prince généralissime et de nos troupes. Dans le refus que plusieurs ministres espagnols et leurs subordonnés administratifs ont fait à Séville de reconnaître la régence révolutionnaire, le duc de Wellington voit aussi le principe d'un retour vers nous, qu'imiteront nécessairement les garnisons des places encore tenues par les troupes des Corlès. Cette adhésion nous
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donnera alors plas de forces disponibles pour assiéger ou pour cerner par terre l'île de Léon et Cadix 9 tandis que nos flottes les bloqueront encore de plus près par mer; il espère de tout cela un prompt succès ; mais il redoute les corps royalistes espagnols qui se forment derrière notre armée, et dont on cite déjà les excès et les désordres.
Puisque sir W. A'Court n'est pas dans Cadix, et qu'il s'est déclaré déchu de tout caractère diplomatique, nous n'avons plus rien à attendre de lui. Je crois M. Canning, malgré tout, un peu déconcerté de se voir ainsi hors du jeu. Si les Certes emmenaient le roi à Gibraltar, ne doutez pas qu'il ne fût libre à l'instant même où il en touchera les murs, et que des instructions dans ce sens n'aient été déjà dictées d'ici par Georges IV et par la saine majorité du conseil ; mais ces instructions je ne puis encore que les conjecturer, comme je suppose également qu'il va nous arriver de ce même Gibraltar des vaisseaux remplis de révolutionnaires réfugiés. Nous en attendons chaque jour une cargaison de Lisbonne.
Sir W. Â'Court et le chargé d'affaires de Saxe, malgré les anxiétés qu'ils expriment, garantissent dans leur correspondance la sécurité personnelle du roi et de la reine, et ne prévoient aucun cas où leur vie soit en danger. M.
ai
322 MLtTIQUK DB hk ABSTAU AATIOU .
M. DE aUTEAVBRIAND A M. M
Paris, 30 juin 1823.
L'humeur de sir Cb. Stuart augmente avec nos succès; il en est presque aux menaces; ce qui me fait présumer que Thumcur de M. Canning augmcntô aussi en proportion do celle do son ambassadeur. Ces menaces me fonl bien peu peur, et je saiscombien^ dans ce moment-ci, elles sont vaincs; mais pourtant suivez cela do près, et cherchez à découvrir s'il n'y a ])as des faits ou des espérances qui stimulent le ministre britannique. L'incident de la retraite du roi à Cadix , et la séparation de sir W. A'Court, peuvent amener un boa résultat^ si la partie saine du conseil do Londres sait en user. Je ne crois pas que jamais ce cabinet envoie un ambassadeur à la régence de Madrid; mais c'est déjà beaucoup s'il retire son ambassadeur d'auprè:» de la régence de Cadix ; et, en vérité, on ne comprend pas comment il aurait pu l'y laisser avec une apparence d'honneur.
Faites parvenir, je vous prie, par la plus prochaine occasion la lettre que je vous envoie aujourd'hui pour notre consul général à Lisbonne, M. de
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Lesseps; c'est pour lai dire de reprendre à TiDstanl son rang et son titre de chargé d^affaires. Nos noavelles de Portugal disent la dissolution de leurs Cortè.^. Tout est fini de ce côlé.
Maintenant nous ne devons plus avoir qu'un but et qu'une pensée : c'est d'obtenir la délivrance de Ferdinand. Voilà l'Angleterre séparée des Cortès, c'est un pas immense en notre faveur; mais si M. Canning sentait bien sa positioui il pourrait faire davantage. Il pourrait déclarer à cette Cofufention de Cadix que l'Europe ne peut pas être divisée par elle; qu'on ne peut pas laisser durer un état de guerre pénible aux populations, pour soutenir un parti qui, en prononçant la déchéance d'un roi, s'est mis à dos les monarchies de toute nature. L'Angleterre saisirait la seule occasion qui lui reste de réparer les énormes fautes de M. Canning. Mais je doute que l'amour-propre de ce ministre lui laisse le jugement assez libre pour agir habilement et raisonnablement. Trompé sur tous les points dans ses calculs, il se trompera jusqu'au bout. Il me semble que je me répète, et que je vous ai déjà dit tout cela de lui.
« Nequlcquam Ingeminans iterumqde iterumque vocavi. »
P. S. — C'est la boite avec le portrait du roi que je veux, et non les 1000 livres sterling. C.
ai.
24 POLITIQUE D£ LÀ nESTAURATlOlf