DE HARCELtUS A M. DE CHATEAUBBIARD
Londres, i'' juillet 1813.
Mon collègue^ le ministre de Bavière, vient de me communiquer un article d'une gazette allemande dont je veux vous réjouir. Le voici :
a Un rusé spéculateur sur les fonds publics corn- « muniqua un faux discours du trône au vicomte «r de Marcellus vingt-quatre heures avant que le vc* cr ritablc discours ne fût prononcé à Londres. Ce- K lui-ci n'eut rien de plus pressé que de le faire « passer à Paris. Ce document, publié dans PÉtoi/e, (x occasionna aux joueurs de la bourse une perte cr de quatre ou cinq millions , ce qui attira à ce a journal bien des plaisanteries et des injures quand « le tour fut découvert. Mais le fait a laissé, dit-on, «r un million de profil dans les mains du jeune chargé « d'affaires. Comment peut-on , dans do telles cir- « constances, laisser l'ambassade si importante de « Londres dans les mains inexpérimentées d'un «jeune homme de vingt-quatre ans? » (Wie man denn unter gegenwârtigen Umslânden den so wichligen Gesandtschaflen von London einem unerfahr-
GORRESPOKDANCE. 325
nen jungcn Manne von 24 Jahrcn anvcitraucn kônne.)
Que pensez-vous de ce défaut d'expérience qui m'aurait rapporté un million?
Hélas ! voici la seconde fois depuis trois ans que je manque à ma destinée ! car , à mon retour de Grèce, io duc de Hamilton me fit offrir deux cent mille francs de la Vénus de Milo i croyant que je pouvais encore en disposer. —
« Sam dea, sed rara, et paucis occasio nota, »
disait de la Fortune mon compatriote Ausone.