M. HE CHATEAUBRIAND A M. DE MAECELLUS
Paris, 7 jiiiliel 1823.
Laissez dire : la mauvaise humeur passera; et si elle ne passe pas, peu importe : ayons Ferdinand, et nous sommes au-dessus de toutes les menaces.
Pour ne pas renouveler Toubli de l'expédition de Lisbonne, voici une lettre de moi pour M. de Lesseps, qui renferme ma réponse à une lettre excellente que m'a écrite le comte de Palmella. Il me fait part de sa nomination au poste de minisire des affaires étrangères à Lisbonne , de celle du marquis de Marialva, ambassadeur à Paris, et de riieureuse et subite résurrection de la monarchie portugaise, que notre ifhrieiise entreprise en Espagne a facilitée et avancée. « Trois ans d'une triste expérience », me dit-il, <c ont sufQ pour démontrer aux Portugais le a danger et la fausseté des doctrines démagogiques ; a et la charte que Sa Majesté se propose d'accorder a à ses sujets sera une juste récompense de leur « fidélité et de leur patriotisme. »
En retour, j'annonce au comte de Palmella que
COlUlKSl»O^D\.NC£, 330
M. Ilyde de Neuville est uoiumé ambassadeur en Porlugal ; qu'il va par lerre, part le 15, el passe à Madrid pour y voir monseigneur le duc d'Angoulôme.. Cette nomination de Hyde, si antianglai;», donnera un nouvel accès d'humeur a M. Canning. N'ayez Tair d'attacher aucune importance à cette mesure.
Morillo s'est déclaré contre la régence de Cadix, et a envoyé un de ses officiers au prince généralissime, après avoir soulevé toutes les Calices contre les Corlcs. C'est une bonne nouvelle.
Les minisires ont- ils bien pensé à ce qui peut arriver si les deux frégates qu'ils expédient font mine d'entrer à Cadix malgré le blocus. L'amiral Hamelin a des ordres (rès-sévères. Comment aussi sir W. A'Court enlrcra-t-il dans Cadix par terre? Cadix est également bloqué de ce côlé-là avec une extrême rigueur. Il faut pourtant que M. Canning le sache, Tenvoi de vaisseaux de ligne ou do frégates eu vue des Certes n'est pas une mesure amicale. Que feront ces frégates devant Cadix? Ou elles forceront le blocus y et il y a hostilité. Or, vous pouvez être sûr que, tant que je serai dans le ministère, je ne laisserai jamais insulter le pavillon français , et repousserai la violence par la force. Ou ces vaisseaux ne feront rien ; mais alors il est évident que Ibur vue seule encouragera les Certes à la résistance,
340 POLITIQLK DE L\ R£STAtR\TIOH.
et prolongera la captivité de Ferdinand. Est-ce là de la neutralité?
M. de Polignac va bientôt partir. Ne parlez pas du (ont de son arrivée. Qaand vous aurez passé quelques semaines avec lui pour le mettre au fait, voud viendrez à Paris.
A ma lettre particulière pour M. de Lesseps se trouvent jointes des lettres officielles de bureau chiffrées. C.
H. DE MARCELLUS A H. DE CHATEAURRIAKD
Londres, S juillet 182J.
De grâce, jetez encore un regard vers celte lie de Chypre dont vous avez vu de loin les côtes sablon* neiises, basses et en appai^nce arides y et qui a inspire au chantre des Mart/rs de si admirables descriptions.
De celte tle, deux pauvres Grecs se sont récemment échappés à grand'peine, et sont venus frapper à ma porte ici.
Le premier, Hàdgi-Pétraki , Pierre le Pèlerin^ que j^ai connu opulent et heureux dans la vallée de
GORRESPOIMDAIICE. 341
Cylhère, a perdu sa ramiilo, ses richesses, et n'a gardé que sa tête; encore ne Ta-t-il sauvée qu'à moitié. Une si complète ruine a égaré sa raison à demi. II pleure sans cesse, et n'interrompt ses larmes que pour exhaler son infortune en vers grecs, qui ne valent pas les vers d'un autre insensé , le Tasse.
Ne glà cose scrivea degne di riao, Se ben eose facea degne dl riso.
Il est confié aux soins de l'archimandrite Thésée, homme d'esprit, que j'ai trouvé, il y a trois ans, auprès de son oncle, l'archevêque de Chypre, Cyprianos, égorgé depuis peu. Il me fit visiter les églises des Lusignan , dans Nicosie, maintenant ensanglantée. Il connaît bien son pays, sa nation ; et en secourant sa misère, on pourrait qieltre à profit son intelligence.
« Tout homme qui est éloigné de son pays, » a dit le mendiant immortel, « est digne de respect, même a aux regards des dieux, i» M.
342 POLITIQUE D£ LA BESTAt RATION.
H. »E CHATEArORIAND A M. DE MARCELLUS.
Paris, 8 juillet 1823.
Envoyez-moi vos deux Grecs de l'île do Chypre. Je fi'rni pour eux lotit ce que je pourrai. Et moi aursi j'ai evvè dans ces mêmes rues de Londres, e\i!i», i^loiiranl, mourant de faim; et si je n'élaîs pas fou comme volro Picnv Ir Pclcriny je n'en valais auèrc mieux. C.
M. DE MARCELLVS A M. DE CHATEAUBRIAND
Londres, Il Juillet 1823.
Ne craignez aucune complication dans le port de Cadix : nulle frégate anglaise n'oserait y entrer. Le gouvernement britannique respecte tous les blocus : les Uocus des Grecs , les bhcus des Turcs, les nôtres, ceux que formeraient la régence de Madrid,
c:onuESP03iDAiHciî. 343
OU Oléine la Convention espagnole, si elle en avait le pouvoir comnae elle en a le désir. Ce principe de stricte neutralité, en fait de hlocus, m'était expliqué hier par lord Liverpool et par le duc de Wellington de manière à ne me laisser aucune inquiétude.
M. Canning me questionna il y a quelques jours sur la nomination à Lisbonne de M. Hyde de Neuville, désigné d'abord pour Constantinople. Je me souvenais qu'il était de tout temps ambassadeur au Brésil; je partis de ce fait en disant que, sans doute, il se serait rendu en Turquie si le Portugal était demeuré fermé pour nous; mais que, le Portugal ayant été délivré du jougrévolutionnaire avant que M. Hyde de Neuville eût quitté la France, il était tout naturel qu'il reprît ses fonctions à Lisbonne : c'était la conséquence toute simple de sa nomination primitive à Rio-Janeiro. Je me suis arrêté la, et j'ai parlé d'autre chose.
Le colonel Palnaer et sir J. Mackintosh n'ont pu Tien tirer des ministres sur les instructions données à sir W. A'Court; mais ma dernière lettre confidentielle du 4 vous en a donné le sens en entier. N'ayez aucun doute sur mon exactitude.
M. Canning perdait hier son éloquence, qui, sur ce point, n'était que de Vergoterie, à démontrer que la déclaralion de Morille est tout à notre désavan-
344 POLITIQUE D£ LA BESTAURATIOII.
tage. Qu'y faire? Il verra toujours les choses dans ce sens. Il témoigne néanmoins, par quelques actes, le désir de se rapprocher de nous, et de vous être agréable comme à moi. Ainsi , pour vous plaire, il s'est charge de l'afTaire de madame RoUat , qu'il a terminée comme vous le souhaitiez, et a cédé enfin à mes réclamations pour M. Moser et pour le général Desfourneaux. Mes dépêches particulières et spéciales traitent longuement ces trois points.
Les Communes s'ajournent ce soir ; les questions politiques sont closes pour sept mois dans le parlement. Il n'y a plus rien à craindre de ce côlâ. La crise est finie : M. de Polignac peut venir. Je lui ai écrit hier pour l'engager à arriver le plus tôt possible, et je le lui répète aujourd'hui.
Vous avez lu dans ma dépêche politique, n^ 1 1 i , la soirée du roi et ses menus propos, qui ont fait quelque bruit. c( Il m'est odieux, » dit Ulysse à Alcinoûs, <c d'allonger de nouveau en paroles ce que j'ai déjà « raconté en détail. » Peut-être me permettrez-vous d'ajouter seulement à mes dépêches que, avant de se retirer, le roi est venu à moi ; et, passant son bras sous le mien, il m'a dit, en s'appuyant et faisant quelques pas pour nous éloigner de la foule : « Je n'ai point <c oublié, mon cher Marcellus, votre lettre à Tocca- « sion du Times. J'ai voulu vous dire moi-môme a toute ma satisfaction de vos services cl de votre
OORRBSPONDAHCB. 345
«c attitude dans tout ce qui s'est passé ici depuis six a mois. En cette circonstance, le roi de France peut « seul payer les dettes du roi d^ Angleterre, et je le « lui ai fait savoir. » — A ce propos, si, dans le cours de notre correspondance, vous aviez trouvé que j'ai trop parlé de moi en traitant des affaires publiques, la faute en est tout entière au ton de familiarité et de confiance que vous m'avez , en quelque sorte, imposé.
Souffrez que je vous remercie encore de l'avancement bien mérité que vous donnez à mes collaborateurs, MM. de Bourqueney, Desmousseaux de Givré et Billing. J'ai longtemps appelé de mes vœux ces récompenses ; je les fais suivre de mes suffrages renouvelés. Vous n'avez pas oublié qu^ils ont appartenu à votre ambassade, et vous avez dit comme Ënée :
Nemo ex hoc numéro mihi non donatas abibit.
A la première occasion je présenterai , en sa nouvelle qualité de troisième secrétaire, à M. Ganning, M. Billing, qui, seul depuis longtemps, porte avec moi toute la chaleur du jour. M.
346 POLITIQDK IlE LV RESTAUUATIOH.
H. DE CHATEACSBIAND A H. DE MAftCELLVS.
Paris, 10 juillet 1823.
Le marquis d*Hastîngs a dit ici que M. Canuing louchait au terme de sa carrière politique, qu'il avait perdu à la fois la confiance de TOpposition et du parti ministériel. Je crois que le marquis d^Haslinga sera bien pour nous à Londres.
C'est aujourd'hui la grande affaire de l'emprunt. J'aurai le temps do vous mander le résultat avant le départ du courrier. En dépit de leurs journaux, les Anglais souscrivent à' force. Rothschild de Londres, branche cadette de Salomon , est arrivé les mains pleines de souscriptions des premiers banquiers radicaux de la Cité.
Je reviens au marquis d'Hastings. Ne serait-il pas possible, malgré ses dettes, qu'après avoir trôné à Calcutta, il eût envie d'être ministre des affaires étrangères à Londres? Il aurait des chances, et cela serait bon pour nous. D'un autre côté, ne pourrait-il pas être ambassadeur à Paris? Suivez cela : il peut y avoir quelque chose de vrai dans ces conjectures.
GORKESPONDANGE. 347
5 lieore«do6oir.
Superbe! L'emprunt vendu aux Rothschild à 89 fr. 55 centimes! C.
H. DE MARCBLLU8 A H. DB CBATEAUBRIAND.
* Londres, 15 juillet 1S)3.
Le marquis d'Hastings, dont me parle votre lettre du 10, revient des Indes. Il est de la vieille école aristocratique , et ne connaît pas son pays. Je n'ai pas la prétention d'en remontrer à un si haut personnage, pair d'Angleterre, etc. ; mais il m'est impossible de penser avec lui que M. Canning touche au terme de sa carrière ministérielle. J'ai vu comment il est arrivé au pouvoir, quelles barrières il a forcées j quelles antipathies il a subjuguées , et je n'ai pas à me reprocher d'avoir un seul instant donné l'illusion ou laissé l'espérance à ma cour de le voir tomber. Georges IV, vous le savez bien, s'est un peu vanté, quand il m'a dit qu'il chasserait ses ministres s^its osaient le déclarer fou. Il voulait bien oublier en ce moment que les rois en Angleterre
n'ont pas de volonté : et M. Canning minisire en est la preuve.
Je ne crois pas que jamais le marquis d'Hastings soit ministre des affaires étrangères. Il n'a aucun poids dans le cabinet, et il n'est pas orateur. Il ne sera pas non plus ambassadeur à Paris ; si sir Ch. Stuart quittait ce poste, où il s'est rendu fort nécessaire à M. Canning en l'alimentant de grandes et de petites nouvelles, il serait remplacé par lord Granville ou par lord Morley, plus dévoués encore à M. Canning.
N^entretenons point de vaines illusions : M. Canning restera. Il faut le ramener à nous adroitement. Si quelqu'un peut tenter l'entreprise , c>st vous. Encore quelques jours et quelques succès en Espagne, votre correspondance avec lui reprendra tout naturellement son cours. Toute autre main que la vôtre lui serait rude.
At maie si palpére, recaldtrat
Il m'a dit regretter vivement la fin de mes fonctions et de notre intimité politique, qu'interrompt la présence d'un ambassadeur; mais c'est surtout parce qu'il connaît nos propres relations assidues, confidentielles^ et parce qu'il me sait l'interprète fidèle de vos pensées, et le porteur direct de vos paroles bien plus que ne saurait l'tMre un fonction-
œRRESPOMOANGË. 349
naire diplomatique du rang le plus élevé. J'ai été beaucoup plus satisrait de son langage et de ses dispositions. Si ce n'est pas encore amitié, ce n'est déjà plus malveillance.
Les honneurs dont on vient de combler M. de Martignac ont un peu piqué M. Canning, et je n'ai trouvé d'aigreur chez lui que sur ce point : « Des « cordons! des diamants! et nomme ministre d'Ë- « tat pour une mission de deux mois et demi, » disait-il ; « lord Fitzroy n'a pas été si bien récom- « pensé, et il pouvait être plus utile! »
Un article semi-officiel d'une gazette de Saint-Pétersbourg, retraçant la politique de la Sainte-Alliance vis-à-vis de l'Espagne, a été traduit et commenté par tous les journaux de Londres. Je vous envoie, dans le Star de ce soir, une réfutation de cet article, bien plus officielle encore : vous y reconnaîtrez la pensée, le ton et le style, souvent peu déguisé, de M. Canning.
Conservez, de grâce, les moyens de correspondre particulièrement et directement avec ce ministre; vous avez ici auprès de lui ce poids et celte valeur, conséquences de l'estime qui s'accorde en Angleterre à tout homme constant dans ses principes, fiit'il même sans talents! Vous avez aussi, auprès des esprits les moins attentifs aux débals des partis, l'approbation que commandent dans la Grande-Bre-
350 POLITIQUE BË LA RESTAU&ATION.
tagno une opioion invariable {consistencj) et la fermeté des principes. Od y a compris que toute votre vie n'était qu'une seule action. Et, jusque dans ces écrits inspirés par le génie des lettres, on a vu un but monarchique et le courage d'un homme d'État Réservez-vous d^user de ce crédit politique pour le bien et l'honneur de notre pays.
Avec votre lettre particulière à M. de Lesseps, vous m'annonciez des dépêches chiffrées pour lui. Les deux derniers courriers ne m'ont rien apporté que cette lettre ])articu1ière. J'ai averti encore une fois noire chargé d'affaires à Lisbonne de cette troisième et sans doute dernière méprise de nos bureaux d'expédition.
Le succès de notre emprunt a eu ici un grand retentissetnont. Les Anglais, spéculateurs innés, mesurent le pouvoir sur les Hnances, et reconnaissent dans notre crédit florissant les abondantes ressources d'une puissante nation. M.
CORn£gPO^DANC£. 35 i
M. DE CUATEAUfiRU^ND A H. DE MARCEIXUS
Paris, 15 jaaiet 1823.
Ud courrier russe part pour Londres; j'en profite pour vous avertir que le prince de Mellernich va ouvrir une espèce de négociation pour engager TAnglelerre à rentrer dans l'alliance continentale. Cest dans une de mes causeries avec M. le baron de Vincent que M. de Metlernich a puisé cette pensée. J'avais dit à cet ambassadeur ce que je vous écris depuis deux mois : « Voilà pour l'Angleterre une belle « occasion de se tirer du mauvais pas où elle s'est a jetée; » et là-dessus le prince, qui veut jouer un peu plus que son rôle, a imaginé ceci. Ce sont de bien bonnes intentions; Dieu veuille qu'elles soient remplies !
M. de Polignac se met demain en route pour aller vous rejoindre. Avant son arrivée, je veux vous dire que vous avez mené nos affaires à Londres à la grande satisfaction de votre pays, de votre roi et de vos chefs. C.
352 POLITIQUE OÈ LA RESTÂUBATION.
m. DE HABCXLLUS A H. DE CHATEACBBUMO.
Londres, 17 jaillel 1813.
Un mot du parlement en dehors de mes grandes dépêches spéciales.
La réforme et les intérêts catholiques Tont à peine occupé cette année ; en voici la raison. Le cabinet anglais, qui n'était jusqu'ici divisé en luimême que sur des points consciencieux et , pour ainsi dire, théologiques, s'est vu tout d'un coup, par l'accession d'un puissant ministre, désuni en opinions politiques , et presque en principes fondamentaux d'administration. Il a alors employé son inRuence dans les deux chambres à retarder l'époque où cette désunion devait éclater; ainsi, après quelques discussions étouffées , la cause de la réforme et la question catholique ont dCi céder presque sans combat.
Quelques lois sévères ont été appliquées à l'Irlande ; mais, malgré certains palliatifs, on ne peut prédire une fin prochaine à ces troubles, qui se fondent sur la religion, les mœurs, et sur le caractère de six millions d'individus.
GORRESPOMDAKCE. 353
L'Amériqae présente aux yeux des ministres anglais an avenir plus satisfaisant. De ce o6té ^ reconnaissances, médiations, stipulations commerciales, il faut s'attendre à tout.
Ma dépêche politique, n^ 1 i 5 , renferme une espèce de récapitulé de ma gestion , que termine cette dépêche officielle. Vous venez de voir les derniers traits de ma plume confidentielle aussi. Portez, de grâce, aux pieds du trône, l'hommage de ma reconnaissance éternelle pour les fonctions momentanées que le roi a bien voulu me confier. Si, pour le reste de ma carrière politique, j'ai à souhaiter de ne plus servir mon pays dans des circonstances aussi difBciles et aussi pénibles , je ne puis désirer au moins pour mon avenir des encouragements [dus flatteurs que ceux dont Louis XYIII, Georges lY et vous, avez daigné m'honorer. M.
H. DE GHATEÂIJBBIAlfD A H. DE MAECBLLUS.
Paris, 18 jnillel 1813.
A propos, ramenez-moi ma belle voiture, si M. de Polignac n^en veut pas. Je pense quelquefois que,
tft4 POLlTiqUX M Lk BMràUftATtOll.
d*uDO manièro ou d'une autre» elle ne me roulera pas toBgteoip8| car elle est trop riche pour ma pan* vreté babiluellei cl J'ai grand beeoin d'argent au milieu de tous ces millions que je vois remuer atH tour de moi% Je la vendre! à U li^fiv^ si je ne puis faire autrement. Pour le reste i agisses comme il vous plaira { vous savec qu'en Tait d'inléréis je ne m*y entends guère» — Voila nos derniers rapports de cette espèce} nous en aurons d'autres plus es« sentiels« G*
«» M luncaumi a a ims «AtisAi^aaiAftii.
Londicti )1 Juillet 1833.
Je VOUS arriverai avec votre voilure. J*ai consulté les carrossiers sur ce point ; ils pensent comme moi qu'il faut la ramener en France; elle y sera la plus belle; ici on ne pourrait s'en défaire avantageusement. Je vous apporte encore une boite superbe maieria et opère, dont les diamants valmt vingt* cinq mille francs. Puis, six ou sept mille francs
comptant que j'ai réalisés ici de la vente des mille petites choses qui vous appartenaient. Voilà ce qui vous reste de votre ambassade. Vous n'aves plus rien à vous ici que moi ; et ce moi a dû vous lasser de lui-même et de son écriture; mais songes que ce sont les dernières gouites d'encre de ma plume, et que
• Je TOUS parie une fois pour me taire toujours. »
M. M MAtTJiUjyS A M. MS CHAMAVaaiAa».
UmdffSi 10 JiiiM IIM.
Un courrier, parti de Vienne le 8 de ce mois, a porté au prince Ësterbazy un grand nombre de dépêches officielles ou réservées. Celles qui nous concernent, ainsi que TEspagne, présentent partout une union intime de vues et de senlimenls avec la cour de France. Au désir manifesté par TAngleterre, dans une certaine circonstance, de régler les insti* tutions futures de la Péninsule, M. de Metlernich répond que ce soin ne regarde pas plus TAngleterre que r Autriche } que mên^e la Franco, en déclarant
356 POUTIQUE D£ LA RIS8TAUIIATION.
sagement qu^elle ne se mêlerait pas de ces inslitationsi échappait à toute responsabilité. Il ajoute que Ton doit s^attendre à voir quelque partie de Tarmée française ou même l'armée entière resfer en Espagne pour assister à la i-ésurrection de la royauté; mais que cette occupation ne pouvait ni ne devait étonner le cabinet britannique , parce que c'était sans doute en connaissance de causCi et certes bien volontairement, qu'il s'était mis en dehors de tout.
M. de Melternich rend compte ailleurs de ses premières entrevues avec sir H. Wellesley. Il a déclaré franchement à cet ambassadeur que la conduite de M. Canning avait blessé TEurope entière. Sir H. Wellesley me paraît avoir dépassé ses instructions, en avançant alors que M. Canning voudrait rétracter aujourd'hui quelques-unes de ses paroles. M. de Hettemich a répliqué que ce n'était point de quel-* ques paroles seulement que résultait le ressentiment de l'Europe, mais de l'ensemble d'une conduite impardonnable chez un ministre, et injustifiable chez un homme d'État.
Ne croyez à aucune intelligence secrète entre les cours de Vienne et de Londres. Il n'y aura point de négociation ouverte ici, officielle ou confidentielle, pour rattacher l'Angleterre à la Sainte-Alliance. Ma dépêche n"* 113 vous dit tout à cet égard, et le prince Ësterhazy, qui traverse Paris pour aller en
GORRBSPOHBAirCE. 357
Allemagne, ne laissera dans votre esprit aacnn doute sur ce point. Il se propose, en prenant congé de Georges IV, de lui demander ouvertement, de la part de l'empereur, si, dans les grandes questions qui vont s'agiter, le gouvernement britannique compte se prononcer pour la souveraineté des peuples, ou pour la cause des rois légitimes.
M. de Mettemich est blessé; il regrette le marquis de Londonderry et ses longues relations d'intjmité. De son côté, M. Canning ne peut oublier les lamentations dont le cabinet autrichien a salué la mémoire de son prédécesseur. Ces mots de perte irréparable, consignés dans les dépêches qu'on avait ordre de lui lire, il y a six mois, tintent encore à ses oreilles. Je ne puis trop vous répéter que nous n'avons ja* mais laissé percer ici , le prince Esterhazy et moi, la moindre apparence de dissentiment. Nous nous étions promis de garder pour nous seuls les différences de vues que pouvaient exprimer nos deux cours sur la question d'Espagne , et de n'en parler qu'ensemble. Cette marche était aussi prndenlp qu'elle a été fidèlement maintenue des deux parts.
358 POLriIQUE DE LA IlESTAHRATlON.
CXUX.
H. M CHATIAimUAlID A M. M MAIGIUJIW.
La démarche de PAutriche à Londres ne peut avoir aucun succès. J'en ai jugé ainsi dès le premier moment. C'est une nouvelle intrigue du prince de Metternich , qui cherche tous les moyens de nous ôler les résultats de raiïairo d'Espagne , et de se substituer à nous, en amenant sur le tapis les prétentions de Naples ou les négociations de l'Angleterre. Il n'y a sorte de tracasseries que M. Brunetti no nous fasse à Madrid. C.