CL
H. DE MABCBLLVS A M. DE GHATBAtTBBUlTD.
Lonclrefl, 90 juillet 18»
M. Ciinning est déjà jaloux de cette première con- Térence entre les quatre puissances rantinentales, à laquelle vous avez assisté. « On prétend, » disait-il récemment, « que je me suis trompé sur cette aF-
GODRKSPOlfDARCK. 359
« faire d^Espagne. Il vaut mieux se tromper une « foia que de se tromper deux, et il vaut mieux se « tromper deux (bis que d^avouer qu^on s'est trompé ff une. »
Cest dans ees subtilités énigmatiques que vont se noyer les grands intérêts des nations. M. Canning s*ë8t obstiné à considérer notre triomphe comme sa défaite, et tout ce qui diminuerait nos succès comme un adoucissement à ses amertumes.
Il est temps de jeter un regard sérieux vers l'a* venir, et sur le dangereux et habile ministre qui est venu se placer à la tête des destinées de PÂugle* terre, il nous faut sa chute ou sa conversion.
II ne toml^ra pas. Son principal ennemi dans le cabinet, le lord chancelier, chef d'une influence qui se meurt, décrépit lui-même, n'a pu l'exiler sur le trône des Indes. M. Peel, jeune, ferme et populaire, s'avance sans impatience vers les suprêmes fonctions qui ne sauraient lui manquer un jour. Le duc de Wellington, guerrier peu redoutable sur le champ de l'intrigue, a dft céder à Thablleté et aux talents de M. Canning. Lord Westmoreland, lord Harrowby no sont pas ses rivaux; lord Palmerston n'est pas son antagoniste. Enfin, appuyé sur M. Robinson, clef du trésor, pivot de Tadministration financière, sur lord Liverpool , dont il a entièrement captivé l'esprit, M. Canning ne tombera pas.
360 POLITIQUX DE LA HTCAUBATEOlf.
Il faut donc qu'il change de conduite. Essayons. Il s'agit de le rendre Européen, de Breton exclusif qu'il est. Faites reluire à ses yeux l'éclat d'une grande renommée diplomatique. Assemblez un congrès ; qu'il [vienne y traiter à son tour des intérêts de la Turquie , des colonies américaines , de nos quatre dernières révolutions éteintes en deux ans, de la Grèce, de ritaliCi du Portugal et de l'Espagne. 11 est né plébéien , que l'Europe le couvre de faveurs : que les honneurs et les cordons rattachent à elle; inaccessible à l'or, il ne l'est pas à la louange. Enfin, réconciliez-le à ses anciennes opinions monarchiques, et veuillez me pardonner si, malgré mon âge et mon inexpérience, j'ai parlé si librement avec vous des plus hauts intérêts de mon pays. M.
eu.
M. M GHATEAVniAHD A M. DB MABGEIXUS.
Ptris, M juillet 181S.
le ne crois point à la chute de M. Canning , et je pense, comme vous, qu'il faudrait le flatter pour essayer de le convertir; mais l'amour-propre blessé
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ne se repent jamais, ne revient jamais, ne pardonne jamais, quand il n'est pas combattu dans une àme élevée par des sentiments nobles et par un penchant généreux aux sacrifices. M. Canuing n'a rien de cela. Homme de talent, d'instruction et d'esprit, il n'a rien de grand ni de sincère , et son ambition dominera toujours ses principes.
Je reçois le discours du roi à la clôture de la session parlementaire. Il est très-bien, en ce qu'il ne dit rien du tout.
Je vous assure que je suis très-fàché que ce soit ici ma dernière lettre sur les affaires d'Angleterre ; mais nous nous retrouverons ailleurs quelque jour.
Adieu donc, tout à vous. FarewelL
Chatbaubriaiid.