LXVI1I
30 Octobre 1870.
M. de Bismarck ne veut pas admettre qu'il ait eu l'intention de restaurer le gouvernement impérial. 11 y a songé cependant, tant qu'il espérait que l'empire se prêterait à la cession de l'Alsace et de la Lorraine. Il s'en défend depuis que l'impératrice a déclaré, s'il faut en croire la Gazette de Cologne, qu'elle ne se souciait pas de tirer les marrons du feu pour le compte
d'autrui. Il prétend aujourd'hui qu'il n'a été mêlé en rien à la sortie mystérieuse de Metz, du général Boyer ; il proteste contre toute idée d'ingérence dans nos affaires intérieures ; il affirme qu'il laissera la France maîtresse de choisir son gouvernement. — M. de Bismarck est toujours sincère, mais sa sincérité n'est jamais que relative. Il se gardera bien d'intervenir publiquement et de nous imposer un gouvernement. Mais, quoi qu'il en dise, il n'assistera pas en spectateur désintéressé à notre transformation intérieure. Il est de ceux qui ne voient pas sans envie la prospérité du voisin ; il n'a pas la main secourable. Il saura marquer ses préférences sans se compromettre, sans se mettre en contradiction avec ses déclarations officielles ; il ne facilitera pas la tâche à ceux qui pourraient nous préserver de l'anarchie et nous assurer des alliances. Un gouvernement faible, contesté, vivant au jour le jour, aura pour sa politique un double avantage ; il servira d'enseignement à l'Allemagne, où les idées républicaines mêlées au socialisme ont pris une certaine extension, et il nous maintiendra en Europe dans un complet isolement.