LE MARÉCHAL BAZAINE
à s'associer à la défense commune. C'était ce que voulait la Prusse. Elle connaissait son caractère, son tempérament, par les rapports de ses agents au Mexique; sa diplomatie n'avait pas à dépenser de grands efforts pour le convaincre que des négociations étaient engagées en vue de la restauration de l'Empire et qu'il serait appelé, à l'heure de la paix, à jouer dans les destinées de la France un rôle décisif. Il n'était que la dupe d'une comédie savamment imaginée. On l'endormait, on paralysait l'armée confiée à son commandement. La Prusse avait intérêt à conjurer une sortie désespérée, à ménager la vie de ses soldats. On tenait la place par la famine, il était inutile de la payer au prix du sang. Il suffisait de gagner du temps, d'entretenir pendant quelques semaines les illusions du commandant en chef. Le maréchal a pu sortir ses fourgons de Metz en échange de ses compromissions ; mais il y a laissé son honneur '. Il est aujourd'hui prisonnier, dépossédé de son commandement, ré-
1. On a dit depuis que Bazaine avait emporté dans ses fourgons In majeure partie des fonds que l'empereur avait affectés au service secret de la place. La libre sortie de ses fourgons aurait été e prix de ses compromissions.
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prouvé en France, méprisé en Allemagne l. M. de Bismarck l'abandonne à la vindicte publique; ses journaux le jettent par-dessus bord ; ils affirment maintenant que la Prusse n'a chargé personne de s'entremettre, qu'elle n'a jamais songé à intervenir dans nos affaires intérieures, à négocier avec la régente, à restaurer l'Empire; que peu lui importe la forme de notre gouvernemenl ; que, sa politique étant sans préjugés, elle traitera indifféremment avec la République ou avec la monarchie, pourvu que ses conditions soient acceptées et fidèlement exécutées.
L'impératrice s'est sentie touchée au vif par cette évolution si subite, si osée; elle affirme dans le Daily News que des propositions lui ont été faites au nom de M. de Bismarck, par des intermédiaires autorisés ; elle déclare, par contre, qu'elle est restée étrangère à la mission du général Boyer et aux agissements de M. Régnier2.
1. Les mots d'ordre étaient arrêtés à la fin du mois par le chef d'état-major général pour tous les jours du mois suivant. Le baron d'Andlau raconte que le maréchal Bazaine, qui voulait de grand matin sortir incognito de Metz, demanda, le 28 au soir, le mot d'ordre du 29, et que le mot de passe, par un étrange hasard, était: « Dumouriez. »
2. Régnier, qui n'était qu'un aventurier, avait obtenu de M. Filon que le prince impérial, àl'insu de sa mère, traçât de sa main queU