‹ Souvenirs diplomatiquesChapitre 116 sur 198 · M. THIERS A PÉTERSBOURG · texte numérisé non relu

M. THIERS A PÉTERSBOURG

11 lui en coûte d'admettre qu'elle ait été la dupe d'une mystification et surtout la complice d'un acte de félonie *.

Les pourparlers poursuivis entre Versailles, Hastings et Metz n'en resteront pas moins un des épisodes les plus émouvants de cette guerre. Ne sont-ils qu'un incident provoqué par le hasard, par l'agencement des événements, où sont-ils le résultat d'une comédie savante, machiavélique, imaginée par le ministre prussien? On le saura difficilement. M. de Bismarck a tout intérêt aujourd'hui à laisser planer le doute sur la pensée qui a présidé à ces obscures négociations: Metz est entre ses mains et il sait que l'Empire ne se prêtera à aucune cession territoriale.

31 Octobre 1870.

Toutes les correspondances de Pétersbourg s'accordent à reconnaître que M. Thiers a été de la part de l'empereur Alexandre, du prince

ques lignes de souvenir à son père au bas d'une vue d'Hastings que l'agent de M. de Bismarck devait porter à Wilhelmshœhe. L'impératrice, dès qu'elle fut informée du fait, écrivit à l'empereur de S3 méfier de Régnier.

1. Voir à l'Appendice, l'attitude de l'impératrice pendant la guerre. N° 10.

Gortsehakof et de la famille impériale, l'objet de l'accueil le plus courtois, le plus empressé1; mais elles disent aussi qu'il se serait heurté contre des positions prises, et qu'on lui aurait fait comprendre, dès ses premiers entretiens, qu'il arrivait trop tard, que déjà la Prusse avait pris les devants. Ce résultat n'a rien de surprenant. Il prouve que la vigilance cle la diplomatie française en Allemagne n'était pas en défaut, lorsqu'elle se préoccupait, dans ses rapports, des relations d'intimité qui, après un refroidissement apparent, s'étaient renoués entre la cour de Russie et la cour de Berlin, peu de mois avant la guerre. Le gouvernement impérial était averti, il ne dépendait que de lui de se prémunir. Il lui

1. Le jour même où M. Thiers quittait Pétersbourg, l'empereur Alexandre, comme pour corriger l'effet de l'accueil qu'on lui avait fait, envoyait au prince Adalberl, le frère du roi de Prusse, la croix de Saint-Georges. Il le félicitait de ses qualités militaires, qui répandaient, disait-il, un nouvel éclat sur les annales glorieuses de la vaillante armée prussienne. Aussi M. de Bismarck parlait-il avec une grande désinvolture de M. Thiers et de ses missions, oc C'est un homme qu'on reçoit toujours, disait-il; mais vraiment il joue en ce moment en Europe un rôle bien piteux. Il a été reçu à Pétersbourg avec les égards qui lui étaient dus; mais l'empereur lui a dit: « Si l'Autriche prend parti pour la France, je lui déclare immédiatement la guerre. » A Vienne, on lui a fait froide mine. Que fait-il à Florence? on n'en sait rien; j'ai bien d'autres soucis que de chercher à m'en enquérir.»

L ALLIANCE RUSSE 25o

eût été aisé, avec un peu de prévoyance, de conjurer l'entente qui a paralysé notre action à Copenhague, à Vienne, à Munich, et qui, dès le début de la guerre, a permis à la Prusse de dégarnir toutes ses frontières orientales.

L'alliance russe était au plus offrant depuis de longues années ; le prince Gortschakoff nous l'avait proposée sans se lasser ; il poursuivait la revision des stipulations de 1856 ; il appelait le traité de Paris sa robe de Nessus, son idée fixe était de la déchirer; il était venu clans ce but à Stnttgard en 1857 ; il nous avait donné son appui moral pendant la guerre d'Italie; il nous avait sauvés d'une coalition en 1860, après l'annexion de Nice et de la Savoie, et nous l'avions payé de retour par l'insurrection de la Pologne. Ce n'est qu'après de nombreux déboires qu'il est revenu vers la Prusse. Il aurait fallu prendre les devants et rendre impossible à M. de Bismarck l'alliance qu'il a rapportée d'Ems, « sans laquelle il ne pouvait rien », et qui lui permet aujourd'hui de réaliser ses desseins en toute sécurité.

La mission du général Fleury a été une des dernières erreurs diplomatiques du gouvernement

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