LA SITUATION DE M. DE BISMARCK AVANT LA GUERRE
d'avoir trop concédé à la Prusse, les chambres à Munich et àStuttgard cherchaient à rendre illusoires les traités d'alliance en refusant les crédits nécessaires pour la réorganisation des armées sur le modèle prussien, des pourparlers mystérieux se poursuivaient entre Paris1, Vienne et
1. L'empereur Napoléon, après les modifications que le plébiscite avait introduits dans la constitution de 1852, n'était plus en situation de traiter et d'agir sans l'assentiment de ses ministres, qui arrivaient au pouvoir avec le programme du désarmement. Les négociations qu'il poursuivait secrètement avec l'empereur François-Joseph et le roi Victor-Emmanuel s'en ressentirent. Il dut même renoncer, sur les observations du comte Daru, à communiquer directement avec le général Fleury. Cependant l'archiduc Albert vint à Paris au mois de février 1870, pour s'enquérir de notre situation militaire et le général Lebrun fut envoyé, dit-on, à Vienne, dans le courant du mois de mai, pour concerter avec l'état-major autrichien un plan de campagne combiné. Il ne s'agissait pas d'une guerre d'aggression, mais l'Autriche et la France tenaient à être en mesure de faire respecter le traité de Prague, le jour où il plairait à la Prusse d'étendre violemment sa domination au delà du Mein. L'armée fiançaise devait prendre l'offensive, pénétrer dans le midi de l'Allemagne et opérer sa jonction avec l'armée autrichienne. C'est ce qui explique, jusqu'à un certain point, le peu de cas que le duc de Gramont et le maréchal Lebœuf faisaient de la neutralité des royaumes du Sud. Ils étaient convaincus que la Bavière et le Wurtemberg seraient paralysés par la crainte de nos alliances avec l'Autriche et l'Italie.
M. de Bismarck s'était assuré des intelligences à la cour des Tuileries et à la cour de Vienne; il connaissait, sinon par le menu, du moins dans leur ensemble, les pourparlers qui se poursuivaient entre les deux souverains. On dit qu'il s'en servit uti-