‹ Souvenirs diplomatiquesChapitre 12 sur 198 · L ALLEMAGNE ET NOTRE DÉFENSE · texte numérisé non relu

L ALLEMAGNE ET NOTRE DÉFENSE

17 Septembre 1870.

La presse prussienne fait flèche de tout bois ; elle s'empare des plus petits incidents de la guerre pour les dénaturer et en tirer les conclusions les plus odieuses pour notre caractère national1. Il importe de maintenir l'opinion en Allemagne au diapason le plus aigu, de combattre la lassitude et de conjurer une réaction sérieuse en faveur de la paix. C'est de l'indignation à froid, réglementée et expédiée du quartier général à tant la ligne.

Les journaux du Midi, tels que la Sudeutsche- Presse de Munich et la Gazette de Francfort, protestent contre ces déclamations. 11 est peu généreux, disent-elles , d'accabler les Français

1. « Le peuple français, dit le Staats-Anzeiger, n'a donné, dans ces derniers temps, que trop de preuves de la décadence morale la plus profonde. Les assassinats et les crimes des régiments d'Afrique sont dépassés par les infamies commises en France. Cette manière de faire la guerre est caractérisée par l'acte honteux de Laon, lequel unit la trahison à l'assassinat. »

l'allemagne et notre défense 93

d'injures parce qu'ils donnent à la guerre un caractère national. En serions-nous, après tant de victoires, à perdre toute justice envers nos ennemis ? Et cependant chaque jour on nous parle de villes brûlées, de villages incendiés, de fusillades et de réquisitions formidables1. Ces actes ne sont-ils pas aussi réprouvés par la morale ? Les lois de la guerre les autorisent dans une certaine mesure, nous le voulons bien ; mais du moins ne méconnaissons pas la résistance qu'on nous oppose. Les Français ne sont pas des misérables parce qu'ils organisent des corps francs, que les paysans nous enlèvent les vivres et nous tuent quelques soldats en défendant leurs foyers. Si l'Allemagne était réduite à une guerre défensive à outrance, procéderait-elle différemment ? N'a-t-on pas invoqué récemment les ordonnances de la landwehr prussienne ?

1. M. Wickede dit, dans son Histoire de la guerre allemande : <t La guerre prit bientôt un caractère dur, parfois inhumain. Il se trouva des officiers qui cherchèrent à faire sentir de la plus cruelle manière à la population inoffensive de la France une grossièreté innée et une brutalité outrecuidante (innere Rohheit. brutale Uebermuth). Les exemples de brutalité et d'arbitraire dont nous avons été les témoins font horreur à l'humanité et n'honorent pas le nom allemand ; ils ont excité inutilement la haine de la France. »

Page 1