‹ Souvenirs diplomatiquesChapitre 153 sur 198 · M. DE BISMARCK COMPLICE ET ARBITRE · texte numérisé non relu

M. DE BISMARCK COMPLICE ET ARBITRE

devant le défi que le prince Gortschakofï jette si audacieusement à l'Europe. C'est vers M. de Bismarck qu'on se retourne, c'est en lui qu'on espère pour sortir de l'impasse où l'on se voit acculé. Il est aujourd'hui l'arbitre; de complice, il devient médiateur. On lui demandera de s'entremettre à Pétersbourg, de trouver une formule qui permette de sauvegarder la dignité, les susceptibilités des cours garantes, en tempérant la situation violente dans laquelle la Russie s'est engagée avec une audace sans précédent * .

Concilier les bénéfices de la complicité avec les avantages de la médiation, n'est-ce pas le comble du savoir-faire !

1. L'opinion en Angleterre avait fort mal pris la circulaire du prince Gortschakoff. Elle reprochait à sa diplomatie d'avoir manqué de clairvoyance, de s'être laissé duper par la Prusse ; déjà elle voyait les Russes à Constantinople. M. Otto Roussel fut envoyé au quartier général. Il était chargé de se plaindre, de réclamer des équivalents et surtout de fixer son gouvernement sur la nature et la portée des engagements que la cour de Prusse avait pris avec la cour de Russie. M. de Bismarck affecta l'étonnement et le désintéressement ; d'après lui, l'Allemagne n'était à aucun titre intéressée dans la question. — « Mais quelle serait votre attitude si un conflit venait à éclater? » demanda l'ambassadeur. — M. de Bismarck répliqua qu'il n'était pas partisan de la politique conjecturale; quil réglait son attitude suivant les circonstances, et que, pour le quart d'heure, il n'avait aucun motif de s'immiscer dans une affaire ui ne le regardait

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