LA CIRCULAIRE RUSSE
LXXXYll
15 Novembre 1870.
La circulaire du prince Gortschakoff a produit à Vienne l'effet d'un coup de théâtre. La confusion y serait grande ; l'opinion publique serait, comme toujours, partagée suivant les nationalités. Tandis que les feuilles magyares déclarent que rien ne serait plus populaire et plus désirable qu'une guerre contre la Russie,
qu'indirectement. Il ajouta que, si la reconnaissance et la politique étaient deux mots inconciliables, il n'en était pas moins forcé de constater que l'empereur Alexandre s'était toujours montré fort sympathique à l'Allemagne, tandis que la conduite de l'Autriche avait été équivoque et celle de l'Angleterre rien moins qu'aimable. Quant à ce que serait l'avenir, il l'ignorait et préférait n'en pas parler. Il trouvait, du reste, qu'on s'était singulièrement exagéré l'habilité de la politique russe ; on la croyait d'une finesse subtile, pleine de ruse, de détours et d'artifices, tandis qu'elle est tout simplement candide; plus avisée, elle eût déchiré le traité tout entier, et on lui aurait su gré d'en conserver quelques morceaux et de se borner à la revendication de ses droits de souveraineté dans la mer Noire. — M. de Bismarck néanmoins ne refusa pas ses bons offices, il émit l'idée d'une conférence qui se réunirait à Londres ; il promit de s'entremettre à Pétersbourg, l'Angleterre n'en demandait pas davantage.
l'autriche et la question d'orient 305
et promettent le concours de centaine de mille combattants hongrois, les organes des partis tchèques, Slovènes et serbes ne cachent pas la satisfaction que leur cause la déclaration russe. Les Polonais seraient dans une fiévreuse surexcitation et les représentants delaGallicie au Parlement autrichien se déclareraient, à l'instar de la Hongrie, prêts à tous les sacrifices. Le parti allemand envisage les choses avec infiniment plus de calme. Il ne veut pas de complications, il fera tout ce qui dépendra de lui pour les conjurer. Il n'entend se sacrifier ni aux Slaves, ni aux Hongrois, il n'admet pas que la question d'Orient soit ouverte, dès à présent, par le fait de la circulaire russe, et qu'il y ait lieu de partir en guerre. M. de Beust est de cet avis. Ses journaux proclament sa sagesse, sa prévoyance; ils montrent qu'il était bien inspiré en 1867, lorsque, dès son entrée au pouvoir , il faisait voir à la France et à l'Angleterre combien il serait difficile de maintenir à la longue des stipulations aussi humiliantes pour une grande puissance.