LES CRAINTES DU CABINET DE LONDRES
généralement que le rôle qu'il a joué dans ces négociations n'a été marqué ni de la prévoyance ni de la chaleur nécessaires au succès. Les discours que viennent de prononcer les trois membres les plus importants du cabinet n'ont fait qu'accréditer cette conviction. Ils ont, en effet, mis un soin extrême à dégager, leur responsabilité, en partie à notre détriment, des causes qui ont fait échouer l'œuvre à laquelle ils s'étaient consacrés sous la pression du sentiment public. Connaissaient-ils déjà, à ce moment, la circulaire que le prince Gortschakoff a adressée si inopinément à ses agents auprès des grandes cours signataires de la paix de Paris, et pensaient-ils qu'en ménageant la Prusse, il leur serait plus facile de conjurer le danger qui menace leur politique en Orient?
On serait presque autorisé à le croire, en les voyant expédier, en toute hâte, un employé supérieur du Foreign-Office, sir Otto Russell,au quartier général. Il n'est pas vraisemblable que les efforts qu'ils tentent auprès du cabinet de Berlin, sinon pour l'associer à des démarches communes en vue du maintien du traité de 1856, du moins pour lui demander d'user de toute son influence
pour arrêter la cour de Russie dans la voie dangereuse où elle vient désengager, aient chance de produire grand effet. La Russie, depuis quinze ans que dure son recueillement apparent, n'a pas cessé de protester tacitement contre les stipulations qui ont limité sa puissance militaire dans la mer Noire et entravent ainsi l'influence légitime et prépondérante qu'elle se croit en droit d'exercer sur les populations orientales. Il n'aurait dépendu que de nous de l'attacher utilement à notre politique, en lui promettant, en échange de son concours éventuel, de la relever des conséquences delà guerre de Grimée. L'entrevue de Stuttgard avait préparé la voie ; car les deux souverains s'étaient séparés en se promettant de ne rien entreprendre en Europe sans se prévenir et se consulter réciproquement; mais cette entente fut bientôt troublée par les affaires de Pologne, et le cabinet de Pétersbourg, en nous infligeant une leçon diplomatique des plus vives, put à bon droit se plaindre de nos procédés après le concours moral qu'il nous avait prêté efficacement en maintes circonstances.
On essaya depuis lors, plus d'une fois, de renouer avec l'empereur Alexandre; mais nos avan-