‹ Souvenirs diplomatiquesChapitre 170 sur 198 · LE PROGRAMME DE M. DE RISMARCK · texte numérisé non relu

LE PROGRAMME DE M. DE RISMARCK

et monarchiques, mis en péril par la propagande des idées subversives. C'est dans ce sens que M. Warrens, le publiciste qui est le plus avant dans son intimité, s'exprimait dans un de ses derniers articles. Il citait, à l'appui de sa thèse, des propos attribués à M. de Bismarck. « Nous avons, par le fait de nos seules forces, aurait dit le chancelier, fédéral, vaincu la France militaire; mais nous aurons, pour de longues années encore, à combattre la France révolutionnaire, et, pour cela, il nous faudra des alliés sûrs, en parfaite communion de sentiments et d' intérêts avec nous . »

Ces paroles révèlent tout un programme ; ce n'est pas tout d'abattre la France , il faut encore l'empêcher de se relever, et le moyen le plus sûr de l'affaiblir, de l'isoler, c'est de la rendre suspecte et de la faire passer aux yeux de l'Europe, pour « une brebis galeuse » . Aussi est-ce sur le terrain des intérêts conservateurs et monarchiques que M. de Beust, à défaut d'une autre base, cherche à se rapprocher de M. de Bismarck et à lui faire oublier son attitude toujours équivoque, malgré les dépêches qu'il a écrites pour son livre rouge, en vue de sa justification.

LA SUISSE ET l/lTÀLIE 327

XGV

26 Novembre 1870.

L'attitude de la Suisse offre un contraste frappant avec celle des autres puissances neutres et particulièrement avec celle de l'Italie. Elle nous marque ouvertement ses sympathies ; loin d'escompter nos revers, elle s'en afflige. La première, elle a reconnu le gouvernement de la Défense nationale ; elle a voulu que son représentant restât à Paris pendant le siège, bien qu'elle eût lieu d'appréhender les arrière-pensées de l'Allemagne au sujet de Schaffouse et de Bâle. J'ajouterai que, lors du bombardement de Strasbourg, elle n'a pas craint de donner au gouvernement prussien des leçons d'humanité ; que les Alsaciens réfugiés sur son territoire ont été l'objet de l'accueil le plus touchant et que, partout, pour leur venir en aide, se sont constitués, dans un immense élan de charité, des comités de secours. La France serait ingrate si elle l'oubliait.

Page 1