Ces derniers mois étaient ajoutés de la main du ministre
Gramont prit en main la direction de notre politique extérieure. Il connaissait ses tendances, il pressentait peut-être qu'il provoquerait la guerre. Il avait en tout cas intérêt, au moment où, de connivence avec Prim, il poursuivait la candidature du prince de Hohenzollei n au trône d'Espagne, à présenter son entrée au pouvoir comme un danger pour la paix générale. Voici ce que j'écrivais à M. de Gramont à la date du 22 mai, peu de jours après sa nomination :
« Votre avènement au pouvoir a cauéé une vive émotion en Allemagne. On a cru. et quelques articles semi-officiels ont contribué à accréditer ce sentiment, que vos relations intimes avec le comte de Beust, et les souvenirs que vous emportiez de Vienne, pourraient bien vous porter à exercer dans les conseils de l'Empereur une influence préjudiciable à l'Allemagne. On est allé jusqu'à vous prêter un programme concerté d'avance, qui aurait pour but de resserrer et de développer, tant en Allemagne qu'en Orient, l'entente ébauchée à Salzbourg entre l'empereur Napoléon et l'empereur François-Joseph. Quelques paroles aigresdouces échappées à votre sujet, à mon collègue de Prusse, m'ont permis de supposer que le cabinet de . Berlin avait de la peine à se soustraire à un sentiment de vague inquiétude, en vous voyant prendre en main la direction de notre politique extérieure l. Les entre-
1. « Jû ne vous cacherai pas, disait le baron de Varnbuhler à M. de Siint-Vallier, que nous ne pouvons nous défendre d'une certaine crainte, en voyant dans les mains de M. de Gramont la
tiens que vous avez eus, depuis, avec le baron de Werther paraissent avoir atténué, en partie, ces appréhensions. Mais votre nomination qui coïncide si étrangement avec celle de M. le comte de Bray, votre ancien collègue à Vienne, auquel le roi de Bavière confiait, en quelque sorte à la même heure, la présidence de son Conseil, n'en reste pas moins pour la diplomatie prussienne une énigme difficile à résoudre. Les journaux prussiens, d'habitude inspirés, reconnaissent, avec une pointe d'ironie, que l'Autriche a tout lieu de se féliciter de voir deux, diplomates récemment encore accrédités à Vienne, nommés simultanément ministres des affaires étrangères, l'un en Bavière, l'autre en France, c'est-à-dire dans les deux pays dont le concours est particulièrement précieux à sa politique. Mais pour rassurer l'opinion publique allemande, ils s'appliquent à ne voir dans la simultanéité de ces nominations que le fait du hasard ; ils se refusent à les considérer comme le résultat de combinaisons ténébreuses, ourdies entre Paris, Vienne et Munich, dans une pensée hostile à la Prusse. Ils affectent de les présenter plutôt comme un gage de la paix, car, disent -ils, le comte de Bray et le duc de Gramont
conduite des affaires extérieures de la France. Sa nomination a excité de l'inquiétude en Allemagne et cette défiance existe également à Vienne; quelques personnes disent que l'Empereur ne l'aurait pas choM, s'il n'avait eu l'arrière-pensée de se jeter dans une politique aventureuse pour la conduite de laquelle il a besoin d'un ministre plus complaisant que sérieux. » Opuscule du comte de Saint-V allier. — Avril 1871.
connaissent trop bien la situation intérieure de l'Autriche, pour concevoir la moindre illusion sur son concours éventuel : ils s'appliqueront plutôt à faire ressortir dans les conseils de leurs souverains l'inanité d'une pareille alliance.
« C'est ainsi que le cabinet de Berlin cherche à rassurer l'opinion sur les changements ministériels qui se sont produits conjointement à Paris et à Munich. Il ne cache pas, du reste, qu'il est prêt à toute éventualité. La Confédération du Nord, disent ses journaux, est aujourd'hui, grâce au développement incessant donné à ses armements, en état de parer à tous les dangers, et cette conviction partagée au dehors, restera comme elle l'a été dans ces dernières années, la. garantie la plus sûre de la paix. »
Les démarches tentées par M. de Bismarck, avant