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Il fallut, dit-on, vingt mille caisses pour les contenir

n'arrivèrent plus que tard dans la soirée et, pendant la nuit, ils étaient dirigés sur le port, où une corvée de gabiers et de chefs de services choisis par la direction opérait le transbordement des caisses dans la galerie. — Le poids des caisses, leur son métallique, éveillèrent les soupçons des marins, mais tous feignirent d'ignorer le contenu des colis, et pas un ne révéla le secret. — Vers la fin„ de l'année, nos provinces de l'Ouest étaient envahies par les armées allemandes, on parlait de leur marche sur Brest, peut-être savait-on au quartier général prussien que le numéraire de la Banque s'y trouvait déposé. L'amirai jugea, d'accord avec le délégué de la Banque, qu'il était urgent de transporter les 500 millions en mer. Un instant, il fut question de les mettre à bord d'une croisière en partance pour le cap Horn; on songea aussi à les charger sur unegabarre et de les couler, comme les galions de Vigo, en un point donné de la rade. Finalement, on les mit sur le vaisseau-école « le Borda », et c'est là que la Banque, après la guerre, retrouva intacte son encaisse. Quant aux diamants de la couronne, ils restèrent oubliés à bord du vaisseau-école, pendant deux ans, sous le nom de projectiles dangereux !

NOTE DE M. VANDAL, DIRECTEUR GÉNÉRAL DES POSTES, CONCERNANT LES DISPOSITIONS QU'lL AVAIT PRISES, POUR ASSURER PENDANT LE SIÈGE LES COMMUNICATIONS ENTRE PARIS ET LES DÉPARTEMENTS.

« Le directeur général des Postes qui, dès le commencement du mois d'août, prévoyait le siège de Paris, se préoccupa du moyen de franchir la ligne d'investissement et de transmettre les ordres du pouvoir central aux départements. Il fit faire une carte spéciale embrassant tous les environs dans un rayon de 80 kilomètres. Cette carte présentait uniquement les voies ferrées, les grandes routes, les routes départementales, les chemins vicinaux, c'est-à-dire tous les organes de viabilité compris dans son périmètre ; elle indiquait toutes les localités sièges de bureaux de poste, de casernes de gendarmerie, d'anciens relais de poste, pourvues des moyens qui pourraient favoriser la locomotion. En même temps, il réunissait au siège de l'administration centrale quinze courriers convoyeurs, triés avec soin, tous anciens militaires, intelligents, énergiques. Il leur fit donner des notions de topographie, leur apprit la nature et le mode des réquisitions qu'ils étaient en droit d'exercer vis-à-vis des autorités locales pour obtenir des facilités de transport. On avait même préparé des blouses hors d'usage, maculées, pour leur permettre de dissimuler leur qualité et leurs

fonctions. En peu de temps ce personnel avait été instruit, disposé et mis en demeure de remplir sa mission. — Aussitôt investi du gouvernement de Paris, le général Trochu s'était mis en rapport avec M. Vandal pour concerter les mesures que comporteraient les circonstances. Il déclara que l'investissement hermétique ne lui paraissait pas possible et que les mesures prises étaient celles qui convenaient ; il félicita le chef du service des postes de son initiative et demanda qu'on mît à sa disposition un certain nombre de cartes préparées en vue de Ja circulation brisée dans une circonférence de 80 kilomètres. Cet ensemble de mesures aurait garanti les communications entre le gouvernement et la province, si le blocus, comme le prévoyait notre diplomatie, n'avait pas été submergé par une sorte de marée humaine ; mais la prudence fut déjouée et le cercle de fer fut absolument fermé. »

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