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LA PROCLAMATION DE JULES FAVRE

publique, dépasse de beaucoup ses exigences et que, peu soucieux du principe des nationalités, la base apparente de sa politique, il n'invoque plus pour légitimer ses conquêtes que des considérations stratégiques.

28 Septembre 1870.

La presse officieuse prussienne n'a pas perdu une minute pour opposer à la proclamation de Tours de formelles dénégations1. D'après ses inspirateurs, M. de Bismarck n'aurait, clans l'entrevue de Ferrières, nullement manifesté l'intention de réduire la France au rang de seconde

1. M. de Bismarck offrait un armistice de quinze jours, à la condition que Strasbourg, Toul et Verdun se rendissent immédiatement et qu'en cas delà réunion d'une Constituante à Paris l'un des forts qui commandent la capitale, le Mont-Valérien, fût mis entre les mains des Allemands. Le gouvernement provisoire, après le mot de Jules Favre : a Pas un pouce de notre territoire, pas une pierre de nos forteresses!» ne pouvait accepter un armistice qui livrait à l'ennemi trois places qui se défendaient encore et qui permettait à la Prusse d'amener devant Paris sa grosse artillerie de siège. C'était accepter la paix quand même. Mieux eût valu la conclure immédiatement et convoquer une assemblée pour la ratifier.

puissance *. Ses conditions n'auraient eu rien d'excessif; ce qui le prouve, c'est que les forteresses dont il réclamait l'occupation préalable afin d'assurer le ravitaillement aux armées allemandes n'étaient déjà plus en état de se défendre et qu'elles capitulaient quelques jours après l'entrevue. Ce que M. Jules Favre, par contre, se serait bien gardé de dire, — et c'est l'essentiel, — c'est que M. de Bismarck se serait montré disposé à appuyer de toute son influence auprès du roi un armistice de quinze jours, qui aurait permis au gouvernement provisoire de procéder aux élections et à la réunion d'une Constituante2.

1. « M. Jules Favre, dit M. de Bismarck, prétend que la Prusse veut réduire la France au rang de puissance de second ordre. Cette assertion ne peut venir que de gens ignorant la langue diplomatique et la géographie. » — Maurice Busch.

2. Réponse de M. Favre à la circulaire de M. de Bismarck. — « Il est bon que la France sache jusqu'où va l'ambition de la Prusse. Elle ne s'arrête pas à la conquête de deux de nos provinces. Elle poursuit froidement l'œuvre systématique de notre anéantissement. La France n'a pas d'illusions à conserver, il s'agit pour elle d'être ou de ne pas être. En lui proposant la paix au prix de trois départements, on lui offrait le déshonneur, elle l'a repoussé. On prétend la punir par la mort. Voilà la situation. J'aime mieux nos souffrances, nos périls et nos sacrifices que l'inflexible et cruelle ambition de notre ennemi. La France fût-elle vaincue, qu'elle resterait encore si grande dans le malheur, qu'elle deviendrait un objet d'admiration et de sympathie pour le monde entier. La France, peut-être, a besoin d'une épreuve suprême, elle en sortira transfigurée.»

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