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OCTOBRE J

ÎXXXVI

1er Octobre 1870.

La prise de Strasbourg est saluée en Allemagne comme la conquête définitive, irrévocable de l'Alsace. C'est ce que proclament, en termes enthousiastes, tous les journaux d'outre-Rhin, c'est ce que redoutent, profondément consternées, les populations alsaciennes. Elles s'étaient fait illusion jusqu'à la dernière minute, tant que Strasbourg a résisté ; elles se révoltaient à l'idée d'être violemment arrachées à la France ; elles comptaient sur des retours de fortune, sur la vaillance de nos armées, sur les inspirations patriotiques des hommes qui ont organisé la défense ! La capitulation les a consternées, leur douleur est poignante ; elles n'espèrent plus rien de l'avenir ; elles nous voient engagés dans une lutte inégale, elles pressentent que le destin nous sera dur jusqu'au bout. Sensées et réfléchies, elles envisagent les choses dans leur désolante réalité ; elles sont convaincues que la Prusse ne se dessaisira plus du gage al-

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lemand qu'elle détient et que, dès le début de la guerre, elle a considéré comme le prix de ses victoires futures1.

On a pu se méprendre, il y a quelques semaines, sur les dispositions réelles de l'Allemagne, en face des protestations qui s'étaient élevées dans la presse libérale contre les annexions violentes. Les manifestations bruyantes, désordonnées, que la reddition de Strasbourg provoque au nord et au midi, montrent que la passion de la conquête l'emporte, dans toute son âpreté, sur les sentiments qu'on affectait.

2 Octobre 1870.

On approuve généralement et sans réserve, à l'étranger, la résolution prise par le gouvernement de la Défense nationale de procéder sans

1 « Je sais fort bien, disait M. de Bismarck à M. Jules Favre, que les Alsaciens ne veulent pas de nous. Ils nous imposeront une forte besogne; mais nous ne pouvons pas ne pas les prendre. »

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plus de retards aux élections. On avait déploré qu'elles fussent indéfiniment ajournées après l'entrevue de Ferrières. La guerre à outrance, bien que motivée par les exigences de M. de Bismarck, apparaissait aux plus optimistes comme un acte de folie héroïque, en l'absence de forces régulières, de généraux, d'armes et de munitions.

Si un hiver meurtrier et l'incendie de Moscou ont sauvé la Russie, on n'admettait pas que la dévastation de nos provinces, la destruction de Paris, pussent nous délivrer de l'invasion allemande. Il semblait que les hommes qui détiennent le pouvoir assumaient une terrible responsabilité, en continuant de leur propre chef une lutte désespérée, sans en appeler au pays, pour lui laisser le soin de prendre les déterminations que commandent les circonstances. On trouvait qui c'était jouer le jeu de la Prusse, nullement disposée à déposer les armes, de lui permettre de se retrancher obstinément derrière des questions de principes, pour gaguer du temps et nous refuser la paix, en formulant des conditions qui dépassent de beaucoup, il est permis de l'affirmer, les exigences de l'opinion en Allemagne.

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