‹ Souvenirs dramatiques (volume 2)Chapitre 7 sur 51 · LA LITTÉRATURE ET LES HOMMES D'ÉTAT · texte numérisé non relu

LA LITTÉRATURE ET LES HOMMES D'ÉTAT

mitre. Il savait que le roi, grand amateur de tableaux, rrand remueur de pierres, avait en si mince estime les Sommes de lettres, qu'il ne leur faisait pas même, 'omrae Louis XV, l'honneur de les haïr ou de les j:raindre; de là les encouragements ministériels de M.. Thiers pour le pinceau et le compas, et ses mépris bureaucratiques pour la plume.

M. Guizot, au contraire , homme d'étude grave, de Caractère sérieux et de puritanisme rigide, mettant en pratique à Paris, en 1830, sous la branche cadette, les mêmes idées sociales dont il mûrissait la théorie sous la branche aînée, dévoué de tête à un système et non de bœur à une dynastie, ne devait point se plier et ne se plia pointa ces petites courtisaneries artistiques; mais aussi, trop instinctivement circonscrit dans le cercle de ses propres études et cédant trop facilement à l'impul- 'sion de ses sympathies personnelles, philologue, historien et savant, il n'étendit son protectorat qu'aux 'professeurs universitaires, aux compilateurs de chroniques et aux déchiffreurs de chartes. Tout travail en •dehors de cette littérature austère lui parut indigne , d'appui et d'encouragement; il en résulta que les ; œuvres d'esprit, d'imagination et de poésie, réduites à ■ leurs seules forces, ont eu à lutter péniblement depuis j dix années contre les attaques des journaux, les persécutions des coteries et l'indifférence des sociétés : et, toutes victorieuses qu'elles furent, elles sont encore aujourd'hui haletantes du combat.

Et cependant, ces deux hommes qui, tantôt ensemble et tantôt séparément, ont accepté la mission et entrepris la tâche de faire la France reine parmi les na- I, 11

tions, connaissent trop profondément leur histoire pour ignorer qu'à toutes les époques brillantes de notre pays, depuis François Ier jusqu'à Napoléon, ce sont les lettres qui ont attaché au front de nos rois leurs plus magnifiques couronnes ; ils savent que le siècle de Louis XIV fut appelé le grand siècle, moins peut-être à cause des victoires de Gondé, de Turenne et de Luxembourg, qu'à cause des triomphes de Corneille, de Molière et de Racine. Certes, les noms de Mazarin, de Colbeit et de Louvois , sont de grands noms ; mais ce sont de grands noms aussi que ceux de Descartes, de Montesquieu, de Pascal, de Bossuet, de la Bruyère, de Sévigné, delà Fontaine, de la Fayette, deFénelon et de Gaylus. Beaucoup plus se souviennent aujourd'hui, malgré les désinences barbares qui mettaient sa rime à la torture, des victoires célébrées par Boileau, que des batailles perdues par Créquy, Tourville, Villars et Boufflers, est le passage du Rhin est certes plus profondément resté dans la mémoire que la démolition du port de Dunkerque. Il savait cela, Louis XIV, lorsqu'il appelait Bernouilli et Gassini en France, commandait les voyages de Tournefort, et envoyait à l'étranger des pensions à Heinsius, Vossius et Huyghens.

Il savait cela aussi, Napoléon, l'homme au génie . instinctif, lorsque, rêvant cette guerre étrange qui devait tuer l'Angleterre en perçant le cœur de l'Inde, il conduisit à la suite de ses soldats, dans le royaume des Pharaons, des Sésostris et des Gléôpâtre, les Monge, les Berthollet et les Dolomieu. La moitié de sa vaste pensée vint se briser, ainsi que du verre, contre les murailles de Saint- Jean-d' Acre; mais l'autre moitié

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