LA LITTÉRATURE ET LES HOMMES D'ÉTAT
ijurvécut triomphante et immortelle. Cherchez maintenant au désert la tracedes pas de notre armée, tâchez de Reconnaître où sont les champs de bataille du mont iHiabor, de Chebreisse et d'Aboukir; demandez aux tables dévorants ce que sont devenus les cadavres des Vingt mille Français qu'ils ont recouverts, et, si vous tètes fatigué d'une recherche inutile , si le simoun a ;out effacé d'un seul coup de son aile immense, s'il ne treste plus là-bas qu'un vain nom que l'écho répète avec i;eux de Louis IX et de Gambyse, revenez ici, ouvrez ios bibliothèques, et vous y trouverez le seul, mais jmagniâque résultat, de cette gigantesque expédition. Malheureusement pour Napoléon, Chateaubriand en quittant l'Europe, madame de Staël en s' exilant de la France, Lemercier en s'éloignant de la cour, laissèrent te champ littéraire nu et stérile ; l'empereur tout-puissant, dont la voix improvisait des armées, eut beau y pemer les trésors de sa cassette particulière, il ne put y [aire pousser un homme de génie : il demandait des poètes, et ses ministres lui fournirent des académiciens, homme, lorsque, après avoir épuisé la France, il demandait encore des soldats, ses préfets lui fournissaient des iinvalides; il avait des pensions à distribuer, et il en fut iréduit à pensionner les auteurs d'Hector et à'Omasis; il avait des dignités à accorder, et il fut forcé de faire grands maîtres de l'Université Arnault et Fontanes. C'est alors que, dans son dépit impérial, cet Achille sans Homère, cet Alexandre sans Quinte-Gurce, cet .Auguste sans Virgile, s'écriait à la face de l'Institut que, si l'auteur du Cid avait vécu de son temps, il l'aurait fait prince.
L'époque est changée : les poètes ne manquent plus, mais l'empereur manque. Les talents sont venus, mais les encouragements sont partis. Et cependant , ce ne sont point des croix, des pensions et des places que les hommes de lettres demandent, c'est qu'on ouvre des carrières différentes à leurs spécialités diverses. Tout est à refaire en France; non point à la place de ce qui existe, mais à côté. Près des vieux monuments de notre gloire littéraire, tout peut être rebâti sur des bases neuves. Au-dessus de l'histoire des Mézeray, des Velly et des Anquetil, les Guizot, les Augustin Thierry et les Barante, ont découvert une histoire nouvelle. Audessous du théâtre de Corneille, de Molière et de Racine, des élèves de Shakspeare, de Calderon et de Schiller ont commencé de fonder un théâtre nouveau. Les Chateaubriand, les Victor Hugo et les Lamartine ont retrempé au feu de leur génie la poésie des Voltaire, des Lebrun et des Delille. Toute terre est couverte d'épis, tout arbre riche de fleurs, et moissons et fruits n'attendent plus, pour mûrir, qu'un rayon de soleil.