DIX ANS DE LA VIE D'UNE PEMME
HIPPOLYTE. — Ce qui est.
ADÈLE. — C'est une horreur
HIPPOLYTE. — Et si vous avez un cœur de père...
RiALTO. — Eli! monsieur, je ne suis pas son père!
HIPPOLYTE. — yous n'êtes pas son père ?
RIALTO. — Ni son père, ni son frère, ni son oncle, ni son mari... Comprenez-Yous, maintenant?
HIPPOLYTE, stupéiié. — Ah I ce n'est pas possible !
RIALTO. — Aïe ! aïe ! belle dame, yo us m'en faisiez donc en cachette?... Et mes billets de mille francs comptaient pour deux, à ce qu'il paraît 1
ADÈLE. — Il n'en est rien, je vous jure.
RIALTO. —Ah! ah ! ah!... Et vous, mon brave, vous voulez épouser des femmes qui vivent séparées de leurs maris, et que des protecteurs consolent!...
Nous croyons devoir tenir nos lecteurs^ et surtout nos lectrices, quittes du reste de la scène.
C'est peut-être bien nature^ comme on dit en termes d'atelier; mais la vilaine nature î Pouah!
Et quand je pense qu'une fois dans ma vie^ j*ai fait quelque chose d'à peu près pareil, dans une pièce intitulée le Pils de l'émigré !
Au cinquième acte, nous sommes dans une salle basse de triste apparence.
Trois ans se sont écoulés depuis qu'Adèle âlSté chaâsée par Riallo, et abandonnée par tîippolyte.
Sophie attend Adèle. Les deux fetntnes se reconnaissenti
— Ah I c'est toi, Sophie, dit Adèle.
— Tu me reconnais? C'est heureux! Pour moi, je l'avoue, j'aurais eu quelque peine...
— Je suis donc bien changée? reprend Adèle.
— Tu as l'air souffrant...
2ob SOUVENIRS DRAMATIQUES
— Et toi, depuis trois ans que tu as quitté Paris?...
— J'étais allée en Belgique avec mon mari, lorsqu'il est parti pour ce pays-là, sans le dire à ses créanciers, car les fournisseurs en sont tous là : se ruiner en entreprises, en spéculations, quand il y a tant d'autres moyens I
— Et il ne lui est rien resté ?
— Rien... que des dettes! répond Sophie avec amertume. Mais, moi, j'avais encore des espérances : un oncle paralytique, M. de Saint-Brice, qui, veuf et sans enfants, avait une immense fortune, et je suis revenue en France, à Paris, où j'ai appris que, par la grâce du ciel, il venait de mourir. Mais, vois l'horreur, il m'a déshéritée!
C'est Valdcja qui a déterminé M. de Saint-Brice à faire ce beau coup ; de sorte que vous comprenez que Taniour de Sophie pour l'ex-attaché d'ambassade à Saint-Pétersbourg n'a pas fait de grands progrès.
Nous disons Vex-attaché, parce que, depuis six ans qu'il est resté à Paris pour s'occuper des affaires de son ami Darcey, et de celles de son pupille Hippolyte, Valdeja doit être, non plus attaché, mais détaché d'ambassade.
Pendant ces trois dernières années, Adèle a fait la connaissance de M. Léopold, le fils d'un riche négociant en vins qui venait de recueillir la succession de son père; mais la succession, par malheur n'a jjas duré longtemps.
— Et tu ne l'as pas abandonné? demande Sophie.
— Je le voudrais, dit Adèle; je n'ose pas. Il est si violent, il me tuerait!
En outre, Adèle a découvert des secrets qui la font trembler : M. Léopold attire les jeunes gens imprudents, et les dépouille.