‹ Souvenirs dramatiquesChapitre 27 sur 44 · DIX ANS DE LA VIE D'UNE FEMME · texte numérisé non relu

DIX ANS DE LA VIE D'UNE FEMME

Elle n'a d'espoir qu'en sa sœur, à qui elle a écrit.

Gréponne entre, et remet une lettre à Adèle; cette lettre est de Clarisse; de Clarisse, toujours bonne, charitable, aimante ! Son mari lui a défendu de voir sa sœur; mais, à deux heures, enveloppée d'une mante, elle viendra à pied. Adèle doit s'arranger pour être seule.

Sophie lit la lettre en même temps qu'Adèle. Elle voit dans cette lettre un moyen de perdre Clarisse : elle y réfléchira.

— Adieu, dit-elle à madame Darcey. Si j'ai quelque chose de nouveau, je viendrai te revoir.

— Je crains que Léopold ne se fâche, et que cela ne lui déplaise.

— Eh bien , par exemple !

— Pour plus de sûreté, quand tu auras à me parler, ne monte pas par le grand escalier, où Ton pourrait te voir, mais viens par celui-ci, dont voici la clef.

Il ne manquait qu'une clef à Sophie pour mettre son projet à exécution.

Maintenant qu'elle a la clef, il ne lui manque plus rien, rien qu'un peu d'argent pour manger.

— Tu n'aurais pas quelque argent à me prêter? dit-elle.

— J'en ai si peu!

— Et, moi, je n'en ai pas du tout. Je te rendrai cela dès que j'aurai obtenu ce que je sollicite.

— Bientôt?

— Je te le promets.

— A la bonne heure, car sans cela... Tiens!

Mais, en ce moment, arrive M. Léopold, qui flaire

l'argent, saute dessus, et le confisque, comme il dit, par mesure de police.

Voilà qui peut déjà vous faire juger des procédés de ce monsieur ; mais vous allez en voir bien d'autres de sa part. Il a besoin d'argent, de beaucoup d'argent,

Adèle en demandera à ses parents.

— Yous savez bien qu'ils sont morts de chagrin, lui dit Adèle.

— Oui, à ce qu'ils disent, répond Léopold.

Le mot est joli, trop joli même.

Il y a encore M. Rialto. Adèle refuse de s'adresser à lui.

— M. Hippolyte, alors...

ADÈLE. — Plutôt mourir que d'avoir recours à lui !

LÉOPOLD, haussant la voix. — Il le faut, cependant ; car je lo veux et VOUS ne me connaissez pas, quand on me résiste.

ADÈLE. — Léopold, Léopold, vous m'effrayez !,..(A part.) Ah! Dieu ! qui m'arrachera de ses mains?

LÉOPOLD. — Là, au secrétaire... Voilà ce qu'il vous faut

pour écrire. (Entre Créponne.)

CRÉPONNE, bas, à Adèle. — Une dame, enveloppée d'un manteau, est là dans votre chambre.

ADÈLE, de même. — C'est ma sœur, c'est Clarisse !

LÉOPOLD, l'arrêtant par le bras. — OÙ vas-tU? Tu ne sortiras

pas d'ici que 'tu n'aies écrit.

ADÈLE. — 0 mon Dieu !

LÉOPOLD, la faisant asseoir nu secrétaire. — Allons, une lettre à la Sévigné, et, pour cela, je vais dicter ; « Cher Hippolyte... »

ADÈLE. — Je ne mettrai jamais cela.

LÉOPOLD. — « Hippolyte, » tout court.

ADÈLE, écrivant. — « Monsieur... »

LÉOPOLD. — A la bonne heure, je n'y tiens pas. (Dictant.)

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