‹ Souvenirs du baron HüeChapitre 29 sur 83 · Maréchal de camp, par décret du 3 janvier · texte numérisé non relu

Maréchal de camp, par décret du 3 janvier

auxquels je puis me fier! Donnez-moi votre parole d'honneur d'exécuter ce que je vais vous demander.

— Vous obéir est notre devoir, lui répondit M. de Glermont, Votre Majesté peut compter sur nous.

— Eh bien, jurez-moi tous les deux, ajoutât-elle, de me clouer plutôt à celte place que de souffrir que j'en sorte!

Le Roi entra alors dans le cabinet du conseil après avoir appris la mort de M. Mandat *, qui périt percé de mille coups à l'Abbaye Saint- Germain.

Officier au régiment des gardes-françaises, M. Mandat avait joui dans ce corps de la réputation d'un homme d'honneur et de probité. Les avantages qu'il crut trouver dans la nouvelle

1. Mandat, commandant de la garde nationale, venait d'être massacré à l'abbaye. C'est lui qui avait préféré, lors de la défense du château dont il avait été chargé, attendre l'attaque des insurgés et ne pas prendre l'initiative des hostilités. C'était un homme d'honneur et de probité parfaite, écrit M. Hue. On trouve, dans les papiers dudit M. Hue, celte note autographe du roi Louis XVIll sur Mandat : « M. Mandat était un homme peu entreprenant, mais fidèle. • A.-J. Galyot de Mandat, ancien capitaine aux gardes, était l'oncle de madame Thomassin de Bicnville qui périt révolutionnairement en 1194. Fouquier-Tinville reconnut alors qu'il n'y avait aucune charge contre elle, • mais, ajouta-t-il, elle se nomme Mandat. Je conclus à la mort ».

constitution l'en avaient rendu partisan, mais toujours attaché à la personne du Roi il fut constamment prêta se dévouer pour elle.

Peut-être avec plus d'énergie dans le caractère, se fût-il soustrait à la mort, et aurait-il changé le sort de cette journée désastreuse. Aussitôt après la mort de cet officier, Santerre fut nommé par la Commune commandant général de la milice parisienne.

Sur le bruit de ce décès, Sa Majesté se décida à donner ordre de défendre le château et à organiser le commandement de la garde nationale. On sait sur qui tomba son choix. Ce furent le maréchal de Mailly, vieillard de quatre-vingt-quatre ans, qui devait périr révolutionnairement en 1794, le comte de Puységur, ancien lieutenant général et ministre de la guerre, qui avait démissionné en 1789, le comte d'Hervilly, commandant de la garde constitutionnelle, qui avait déjà défendu le château le 20 juin, le baron de Viomesnil, le baron de Pont-l'Abbé, aussi commandant de la garde constitutionnelle.

Le commandement du palais fut donné à M. le maréchal de Mailly et à M. le comte de Puységur. Le baron de Yiomesnil et M. d'Hervilly furent chargés de former en escouades, de trente à qua-

rante hommes chacune, les nombreux gentilshommes qui s'étaient réunis dans la galerie de Diane.

Ces gentilshommes, entassés dans cette pièce, quoiqu'elle fût vaste, avec les grenadiers du bataillon des Filles-Saint-Thomas, n'étaient armés que de leurs épées. Aussi, quoiqu'ils fussent bien décidés à défendre le Roi et à se faire tuer pour lui, on ne pouvait en attendre aucun secours décisif.

Entre quatre et cinq heures du matin, la Reine et Madame Elisabeth étaient dans le cabinet du Conseil. L'un des chefs de légion, M. de la Chenaye, qui périt aux massacres de septembre, entra :

— Voilà, dit-il aux deux princesses, voilà votre dernier jour ; le peuple est le plus fort : quel carnage il y aura !

— Monsieur, répondit la Reine, sauvez le Roi, sauvez mes enfants!

En même temps, cette mère éplorée courut à la chambre de M. le Dauphin. Je la suivis. Le jeune prince s'éveilla, ses regards et ses caresses mêlèrent quelque douceur aux sentiments douloureux de l'amour maternel :

— Maman, dit M. le Dauphin en baisant les

mains de la Reine, pourquoi feraient-ils du mal à papa? Il est si bon !....

A six heures, le Roi parut sur le balcon de l'une des premières salles, et jeta un regard sur les cours. Une acclamation universelle l'invita à descendre dans le jardin. Il s'y dirigea accompagné d'une escorte fidèle. C'étaient MM. de Saint- Priest', de Yiomesnil, de Eriges % deBachmann^ de Boissieu \ Aussitôt que Sa Majesté parut, on battit aux champs. Les cris de Vive le Roi! s'élevèrent et se prolongèrent sous les voûtes du palais, dans les corridors, dans les cours et dans les jardins; mais lorsque, ayant traversé une partie de la cour principale, le Roi se trouva vis-à-vis de la grande porte du Garroussel, des forcenés l'aperçurent, ils crièrent, avec l'accent de la fureur : Vive Pélion! A bas le Roi! Vive la Nation! Le Roi passa dans le jardin. Là se firent entendre de semblables cris et de pareilles menaces. Frappé de ces derniers mots : « Vive la Nation î » le Roi répondit avec dignité : « Et moi aussi je dis : Vive la Nation! Son bonheur a toujours été le premier de mes vœux. »

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