‹ Souvenirs du beau pays de saint FrançoisChapitre 18 sur 20 · UN MOT MAINTENANT SUR LA BASILIQUE DE SAINTE -CLAIRE · texte numérisé non relu

UN MOT MAINTENANT SUR LA BASILIQUE DE SAINTE -CLAIRE

Au point de vue de l'art chrétien elle n'a rien de remarquable; elle est fort ancienne, puisqu'elle fut rebâtie du vivant même delà sainte, en 1227.

Chose extraordinaire : elle est fort simple, non seulement à l'extérieur et dans sa façade, mais qui plus est même à l'intérieur. Les murailles sont nues, ainsi que ses voûtes, ce qui se voit très rarement en Italie, où la moindre église de campagne est revêtue de peintures ou de sculptures, et parfois ornée de beaux marbres.

La rosace seule de la façade, en style flamboyant, fait exception; elle est d'un effet superbe. Le saint corps est couché dans le tombeau du maître-autel, où les yeux des pèlerins le contemplent avec bonheur. Ces précieuses reliques et les souvenirs gracieux du passé sont presque l'unique richesse de cette basilique.

On se demande pourquoi, alors qu'il y a partout à Assise dans les sanctuaires tant de richesses artistiques, on a fait garder à cette église, où auraient cependant si facilement afflué les dons des fidèles, ce cachet de simplicité et de pauvreté qui étonne.

On dit que c'est pour respecter jusque dans la mort, et même dans sa propre église, l'amour passionné de cette grande âme pour la pauvreté.

Personne n'ignore que, de tous les saints, sainte Claire est peutêtre, en effet, celle qui a poussé le plus loin l'amour du détachement de toutes choses; « car, comme le proclame Alexandre IV dans sa bulle de canonisation , jamais elle ne voulut consentir à recevoir un bien, une propriété, de si minime valeur qu'elle fût, même au nom de sa communauté. Ce n'est pas seulement la pauvreté personnelle qu'elle entendait avoir embrassée, c'est, de plus, la pauvreté collective.

(( Notre prédécesseur, Grégoire IX, continue le vénéré pontife, ne put parvenir à lui faire accepter qu'il dotât convenablement son monastère. Elle voulait absolument qu'elle et ses religieuses vécussent au jour le jour entre les mains de la Providence, uniquement confiées à ses soins paternels. »

Souvent elle répétait à ses filles ces paroles de Notre-Seigneur : « Ne vous mettez pas en peine de vous-mêmes, vous demandant : Que mangerons -nous, de quoi nous vêtirons -nous? Pvegardez les oiseaux du ciel; ils ne sèment ni ne filent, ni n'amassent point des provisions dans les greniers. C'est mon Père qui les nourrit. Est-ce que vous ne valez pas plus que les oiseaux? Combien en agira-t-il bien mieux pour vous, ô gens de peu de foi? Il sait quels sont vos

besoins. Cherchez avant tout le royaume de Dieu et sa justice, le reste vous sera donné par surcroît : à chaque jour suffit son mal ^ »

Telle était sa doctrine, tels ses enseignements et la pratique constante et rigoureuse de sa vie, et Dieu ne lui fit jamais défaut.

Il fallait au monde d'alors cet exemple vraiment extraordinaire d'un pareil mépris des richesses, dans un temps de désordre où régnait la soif des jouissances et des biens terrestres.

C'est ainsi que saint François et sa glorieuse et angélique fille spirituelle sainte Claire furent les moyens dont la Providence se servit pour relever, par leurs lumineux exemples et par les deux Ordres qu'ils ont fondés, l'esprit chrétien gravement atteint dans leur temps.

Honneur donc et gloire à ces deux héros de la pauvreté, de la pénitence et de l'amour divin!

Or Dieu n'a pas voulu que les biens spirituels de ces deux Ordres religieux fussent exclusivement réservés à ceux qui quitteraient le monde pour revêtir leur pauvre livrée claustrale. Non, mais même les simples chrétiens restés dans leur famille et mêlés aux occupations et aux affaires du siècle peuvent y participer.

Voilà pourquoi il inspira à saint François l'heureuse pensée, imitée aussi par d'autres fondateurs de Familles religieuses plus tard, d'établir le tiers Ordre; c'est-à-dire d'associer tous les fidèles, de quelque condition sociale qu'ils fussent, à son saint Institut.

Il traça, dans ce but, pour les hommes, une règle qui les assimile autant que possible à ses religieux, et leur donne part à tous leurs mérites spirituels, et une règle pour les femmes, qui, tout en restant dans le monde deviennent, au même titre, les sœurs des pieuses filles de sainte Glaire.

L'Église a toujours reconnu et approuvé ces tiers Ordres comme de très précieuses institutions , et tout dernièrement encore le grand pape Léon XIII, glorieusement régnant, recommandait en particulier, avec instance , celui de saint François, par une magnifiqueencyclique.

1 Matth., VI, 18.

Page 1