L OMBRIE
Voici en quels termes Frédéric Ozanam, le délicieux ^historien des Poètes franciscains, a fait la description de cette charmante contrée :
« Quand on quitte Rome en se dirigeant vers le nord, après avoir traversé l'admirable désert de la campagne romaine et passé le Tibre un peu au delà de Givita Castellana, on s'engage dans un pays montagneux qui va s'élevant, comme en amphithéâtre, des bords du Tibre jusqu'aux crêtes des Apennins. Cette contrée, retirée, pittotoresque, salubre, se nomme l'Ombrie. Elle a les agrestes beautés des Alpes, les cimes sourcilleuses, les forêts, les ravins où se précipitent les cascades retentissantes , mais avec un climat qui ne sourffe point de neiges éternelles, avec toute la richesse d'une végétation méridionale, qui mêle au chêne et au sapin l'olivier et la vigne.
« La nature y paraît aussi douce qu'elle est grande ; elle n'inspire qu'une admiration sans terreur, et si tout y fait sentir la puissance du Créateur, tout y parle de sa bonté. La main de l'homme n'a point gâté ces tableaux.
« De vieilles villes, comme Narni, Terni, Amélia, Spolète, se suspendent aux rochers ou se reposent dans les vallons, encore toutes crénelées, toutes pleines de souvenirs classiques et religieux, fières de quelque saint dont elles conservent les restes, de quelque grand artiste dont elle garde les ouvrages.
(( Il y a peu de sommets si âpres et si nus qui n'aient leur ermitage,
leur sanctuaire visité par des pèlerins. Au cœur du pays s'ouvre une vallée plus large que les autres; l'horizon y a plus d'étendue ; les montagnes environnantes dessinent des courbes plus harmonieuses ; des eaux abondantes sillonnent une terre savamment cultivée.
« Les deux entrées de ce paradis terrestre sont gardées par les deux villes de Pérouse, au nord, et de Foligno, au midi.
« Du côté de l'occident est la petite ville de Bevagna, où naquit Properce, le poète des voluptés délicates ; à l'orient, et sur un coteau qui domine tout le paysage, s'élève Assise, où devait naître le chantre du nouvel amour'. »
Oui, voilà rOmbrio que le Dante a si bien chantée par ses vers immortels, une des plus fertiles, des plus pittoresques contrées de l'Italie, rOmbrie, avec ses fraîches vallées, sa belle ceinture de montagnes azurées; formant des amphithéâtres comme des fonds de tableau et une architecture naturelle. Les poètes l'ont appelée le (( Jardin de la Péninsule ». Ils ont raison. Ses cultures variées, ses nombreux fruitiers, ses ormes et ses oliviers, si élégamment mariés à la vigne, ses prairies vertes malgré les chauds rayons du soleil, un ciel très pur; enfin jusqu'à ses champs étages, tout concourt à composer une décoration riche et bien de nature à nous faire oublier momentanément les monotones champs de blé ou de millet de nos plaines.
Sa fertilité nous rappelait celle de nos bords gracieux de l'Aveyron et de la Garonne, mais en y ajoutant le pittoresque.
Cependant ce pays a, selon nous, une bien plus grande richesse : il est la terre des miracles et des arts.
Que de saints, que de grands artistes il a produits! que d'autres sont venus chercher là leurs inspirations et l'ont à jamais illustré ! C'est une contrée exceptionnelle. Là se trouvent :
Assise, avec son incomparable saint François, dont la grandeur, la sainteté prodigieuse , les miracle sans nombre et les œuvres divinement fécondes ont transformé son siècle et se feront sentir jusqu'aux temps les plus reculés.
Assise encore, avec sa suave sainte Claire, avec ses deux grands peintres Giotto et Cimabué.
' Frédéric Ozanam, les Poètes franciscains.
Foligno, dont la vierge sainte Angèle est l'immortelle gloire.
Spolète, la ville épiscopale de Pie IX, de douce et sainte mémoire.
Pérouse, ville épiscopale de Léon XIII, et, dans ses environs, le lac Trasimène, dont les eaux si calmes semblent murmurer toujours le nom d'Annibal, qui, lors du célèbre combat qu'il livra sur ces bords, écrasa la puissance romaine, tua quinze mille soldats et fit tant de prisonniers que, n'ayant pas assez d'hommes pour les garder, il les renvoya à Rome '.
Ces souvenirs divers et ces pensées hantaient notre esprit quand nous arrivâmes dans cette contrée privilégiée.
Nous nous attendions donc à voir de belles choses et à recevoir d'agréables impressions. Nos désirs se sont amplement réalisés.
En voici donc le récit.
1 L'an 218 avant Jésus-Christ.