LA BASILIQUE DE LA PORTIONCULE OU SAINTE -MARIE -DES -ANGES
On ne saurait comprendre un pèlerinage à Assise sans une visite à la basilique de Sainte-Marie-des-Anges, c'est-à-dire à la Portioncule. Celte église repose dans le vallon, au pied de la ville, à cinq cents mètres environ de la gare; elle conserve dans son histoire de trop beaux souvenirs pour qu'on ne lui consacre pas quelques heures. C'est le berceau de la famille séraphique. Elle renferme, comme en un beau reliquaire, deux petits sanctuaires, qu'un simple chrétienne peut guère passer sous silence; à plus forte raison un cœur ami du grand patriarche.
C'est là, en effet, que jeune encore, brillant et aimable cavalier auquel souriait un avenir heureux, il vint se dépouiller de l'amour du siècle; là qu'il est devenu saint François; là qu'il a habité, là qu'il est mort.
L'origine de ce beau monument chrétien est des plus anciennes. Son histoire, commencée dans le mystère, est toute composée de merveilles; à ce point qu'on pourrait croire justement que Dieu luimême se chargea d'y préparer le berceau de l'ordre qui devait l'illustrer à jamais.
Nous disions qu'il y a là, soit dans l'intérieur de la basilique, soit groupés autour d'elle, de petits sanctuaires très remarquables; ce sont : la sainte chapelle de la Portioncule; le lieu où mourut le saint, converti en chapelle qui porte son nom; le Spinetto; la chapelle des
Roses; le couvent que les religieux habitent, enfin la basilique ellemême.
Rafraîchissant nos souvenirs, allons parcourir de nouveau ces lieux bénis.
i^ 1. — LA SAINTE CHAPELLE DE LA PORTIONGULE
Inutile d'entrer dans de grands et minutieux détails sur les origines de ce saint lieu. Il est facile de les trouver dans les livres. Contentons-nous seulement des indications nécessaires pour le but que nous nous proposons.
Saint Bonaventure assure que cette chapelle était depuis longtemps appelée Sainte -Marie -des- Anges , à cause de fréquentes apparitions des esprits célestes dans cet antique sanctuaire de Marie.
On sait comment et par quel prodige le nom de Portioncale a prévalu. C'est un nom plein de charmes pour les âmes chrétiennes. En mourant, le saint patriarche recommanda à ses frères éplorés d'aimer ce sanctuaire d'un amour de prédilection , à cause qu'il était particulièrement cher à la sainte Vierge. C'est aussi sur ce point le témoignage de saint Bonaventure, dans sa vie de saint François, appelée Légende majeure.
L'histoire raconte que cette sainte chapelle fut construite par quatre ermites venus de Jérusalem, en 352. Ils y déposèrent une relique du tombeau de la sainte Vierge , que saint Cyrille leur avait donnée avant leur départ , et la dédièrent à la Mère de Dieu sous le vocable de Maria assumpta in cœlum; de là le nom de Notre-Damedes-Anges, qui, comme nous l'avons dit tout à l'heure, y faisaient de fréquentes apparitions. Elle a été toujours profondément vénérée dans cette contrée.
Saint Benoît, cent soixante ans après, la trouvant abandonnée et presque en ruines, la rebâtit et fit construire tout à côté un petit couvent que les bénédictins nommèrent Portioncule , « notre petite part. » Six siècles après, pour un motif que l'histoire ne dit point, ces religieux l'abandonnèrent et allèrent s'établir ailleurs. Aussi bientôt elle fut de nouveau dans un état lamentable.
En 1208, saint François, qui aimait ce lieu entre tous, l'accepta
des Bénédictins. Il le restaura de ses propres mains, y reçut les nombreux disciples que Dieu lui envoya et y fonda son Ordre , heureux qu'il était de pouvoir mettre son œuvre sous l'égide de Marie , dans son antique sanctuaire.
C'est là encore que sainte Glaire, la noble et jeune fille d'une illustre et opulente famille d'Assise, foulant aux pieds tout ce que le monde estime et recherche avec tant d'avidité, méprisant sa beauté séduisante, le cœur tout brûlant d'amour pour Dieu, prit la résolution de tout quitter et embrassa la vie religieuse la plus rude, sous la direction de son saint compatriote, dont la parole séraphique avait préparé et enflammé son âme si pure.
Avec elle et par elle saint François fonda dans ce béni sanctuaire l'ordre des Clarisses, c'est-à-dire des religieuses franciscaines, similaire du sien. On raconte que Dieu se plut à montrer, quelques jours , après, combien cette seconde fondation lui était agréable. Pendant que Glaire, admise par faveur à la pauvre table des moines, écoutait avec avidité les paroles brûlantes d'amour divin qui sortaient de la bouche du saint, elle fut ravie en extase. L'émotion produite sur les religieux fut grande. L'extase dura longtemps, et tous y virent une première et merveilleuse approbation que Dieu donnait à leur saint Institut.
Il faudrait des pages et des pages pour dire les prodiges et les faits surnaturels qui se sont accomplis dans cette sainte chapelle. Les Annales franciscaines en sont pleines; et combien cependant qui resteront toujours ignorés. Le plus grand, le plus important, surtout à cause de l'utilité qui en résulte pour les âmes chrétiennes de tous les âges, est celui que l'on appelle Je grand pardon d'Assise, ou mieux : V indulgence de la Portioncule.
Voici comment Gonrad, évêque d'Assise, en a fait le récit par une lettre adressée à tous les chrétiens de l'univers, en 1335, et précieusement conservée dans les archives du couvent de Saint- François à Assise même :
« Une nuit, le saint patriarche, prosterné dans la petite cabane qu'il s'était établie, à côté du sanctuaire, et que les pèlerins ne manquent point de visiter, priait Dieu avec une ferveur plus grande encore que de coutume et tout en larmes pour les pauvres pécheurs, dont le malheureux état désolait son cœur d'apôtre. Tout à coup des
anges lui apparurent et lui annoncèrent que Notre -Seigneur et sa divine Mère l'attendaient dans la sainte chapelle.
« François se lève aussitôt et accourt, conduit par ces célestes messagers. Il entre dans l'église. Quel n'est point son saisissement quand il voit Notre-Seigneur Jésus -Christ et la très sainte Vierge entourés d'une multitude d'esprits célestes. Il se prosterne dans l'humilité la plus profonde.
(( — François, lui dit alors le Seigneur, demandez ce que vous voudrez pour le salut des hommes, parce que vous avez été donné comme un flambeau au monde et un soutien à mon Église terrestre. » . (( Et François se tenait toujours prosterné la face contre terre et dans un ravissement extraordinaire. Reprenant enfin courage, il répondit :
« — Très saint Père et souverain Seigneur, moi pauvre et misérable pécheur, je vous supplie de daigner accorder au genre humain la grâce suivante : Donnez, à quiconque viendra en ce lieu et entrera dans cette église, le pardon et l'indulgence de tous les péchés qu'il aura confessés à un prêtre, et pour lesquels il aura reçu la pénitence. Je supplie la bienheureuse Marie, votre Mère, et l'avocate du genre humain, de daigner appuyer ma requête et d'intercéder pour moi auprès de votre très clémente Majesté. »
c( Alors la Reine des anges, accédant à la prière du bienheureux François, se mit à supplier son divin Fils en lui disant :
« — Dieu très haut et tout-puissant, je supplie votre divinité, et je demande humblement que Votre Majesté daigne exaucer la prière du frère François, voire serviteur. »
« La divine Majesté répondit aussitôt :
« — Ce que vous demandez, frère François, est bien grand; mais vous êtes digne de faveurs plus grandes encore. J'exauce donc votre humble supplique. Cependant il faut que vous alliez trouver mon vicaire, le souverain pontife Honorius III, à Pérouse, et que vous lui demandiez, de ma part, ladite indulgence. »
« Dès le lendemain, François partit de très bonne heure pour Pérouse, accompagné d'un de ses religieux. Or voici en quels termes il formula sa demande au saint-père :
« — A cause des faveurs que Dieu a accordées à ce lieu (la chapelle de la Portioncule), je désire qu'il plaise à Votre Sainteté, que
quiconque viendra dans cette église, avec le cœur contrit, après s'être confessé et avoir reçu l'absolution d'un prêtre, selon qu'il sera nécessaire, soit absous, dans le ciel et sur la terre, de la peine et de la coulpe de tous les péchés qu'il a commis depuis le jour de son baptême jusqu'au jour et à l'heure de son entrée dans cette église. Je désire, de plus, qu'il n'y ait pas d'autres conditions à remplir. »
« Le pape lui répondit :
« — François, vous me demandez quelque chose de bien grand, et ce n'est pas la coutume de la curie romaine d'accorder une telle indulgence.
« — Sainteté, reprit François, ce que je vous demande, je ne vous le demande pas en mon nom, mais au nom de Notre-Seigneur Jésus- Christ qui m'envoie à vous. »
«. Et alors il raconta la céleste vision de la nuit précédente.
« Le pape répondit :
t( — Eh bien! je consens qu'il en soit ainsi. Je veux que vous l'ayez, je veux que vous l'ayez, je veux que vous l'ayez. Qu'il en soit ainsi au nom du Seigneur. »
(( Alors, continue la lettre de l'évèque d'Assise, les cardinaux présents s'efforcèrent de déterminer le pape à se reprendre et à révoquer cette souveraine indulgence, alléguant qu'elle serait bien préjudiciable à la terre sainte , et qu'on n'irait plus aux saints lieux ni aux tombeaux de saint Pierre et de saint Paul, pour gagner une indulgence que l'on pourrait plus facilement et complètement gagner à la Portioncule.
« — Je ne révoquerai pas ce que j'ai promis, répondit le pape. Nous la lui avons donnée et accordée, et nous ne pouvons ni ne voulons défaire ce qui est fait. »
« Les cardinaux insistèrent :
« — Restreignez au moins. »
(( Et le pape répondit :
c( — Nous la modifierons de manière à ce qu'elle ne s'étende qu'à un jour naturel; mais à perpétuité, chaque année, depuis les premières vêpres, y compris la nuit, jusqu'aux secondes vêpres du lendemain, »
Peu après, dans une deuxième vision, semblable à la première, accordée à François dans la sainte chapelle, après le miracle des
roses, que nous raconterons bientôt, Notre-Seigneur annonça à son serviteur que la concession donnée par le saint- père était ratifiée dans le ciel, et il fixa lui-même le jour annuel : des premières vêpres du l^'" août jusqu'aux vêpres du jour suivant. Il lui ordonna d'aller trouver à Rome son Vicaire et de le prier de publier son indulgence; et comme témoignage de lui offrir trois des roses blanches et trois des roses rouges, poussées miraculeusement sur les rosiers sauvages du Spineto (on était alors en janvier); de conduire avec lui les trois religieux qui entendaient les paroles prononcées dans cette seconde apparition, sans qu'il fût accordé de voir les personnes. Ils témoigneraient devant son vicaire et devant la cour romaine la vérité de son récit.
Aussitôt le Te Deum retentit dans ce saint lieu, chanté par les anges qui se réjouissaient de voir la Bonté divine accorder aux hommes de bonne volonté un nouveau moyen d'assurer leur salut éternel. Et François fit ce que Notre-Seigneur lui avait commandé. On était alors en l'an 1216.
Le souverain pontife proclama devant sa cour l'indulgence du Grand Pardon; et, d'après ses ordres, sept évêques de la province de rOmbrie ou les plus rapprochés la publièrent le 1>^'' août suivant, au milieu d'une foule immense.
Saint François commença le premier par un sermon d'une éloquence tout angélique qui électrisa l'assistance. Après lui, les sept évêques parlèrent aussi. Le lendemain, 3 août, ces prélats consacrèrent la petite et sainte chapelle.
Depuis cette époque les pèlerins n'ont pas cessé d'accourir au jour désigné pour gagner l'indulgence. On en a compté plus de deux cent mille.
Plus tard les souverains pontifes ont étendu ce privilège de l'indulgence de la Portioncule à un grand nombre d'autres églises; mais toujours aux mêmes conditions et au même jour. Décrivons maintenant ce sanctuaire :
Il est placé, comme la Santa-Casa de Lorette, sous la belle coupole
de la basilique. Sa longueur est d'environ dix mètres, sa largeur de
six. Les deux façades, tant celle de devant que celle de derrière, se
terminent par un pignon d'une hauteur totale de neuf mètres.
Sur celle de devant s'élève un très gracieux ciborium ayant la
forme d'une élégante tourelle octogone et gothique, en marbre blanc, surmontée de jolis clochetons. L'intérieur de ce ciborium renferme la statue de Notre-Dame portant son divin Enfant. Sur chaque faîte de la façade on a placé un ange d'un superbe aspect.
Ce gentil monument a été érigé avec les aumônes de la piété des fidèles envers la très sainte Vierge et Notre -Seigneur pour perpétuer encore mieux le souvenir de leurs apparitions en ce saint lieu.
Sur la porte d'entrée sont gravées en belles lettres d'or, sur marbre, ces paroles :