CHAPITRE X
nationaux, qui m'abandonnèrent presque tous, en revanche, je fus très satisfait de l'énergie que montrèrent quelques paysans qui s'étaient joints à mes soldats. Dans la lettre l que le général m'écrivit le lendemain, il me disait : « J'ai reçu tous vos rapports hier ; l'activité que « vous avez mise à me les envoyer m'a causé beaucoup « de plaisir, je suis bien persuadé que vous n'aurez que « des éloges à faire de vos soldats tant que votre exemple « et vos moyens les dirigeront. »
Quelques jours après, j'entendis le canon de très bon matin, dans la direction de Louhossoa, et je ne tardai pas à entendre aussi la fusillade. Ma troupe se rangea derrière nos retranchements, et j'envoyai un officier à la découverte. Il me rapporta que l'ennemi avait passé la Nive entre le général et nous, au poste des gendarmes, et que la division battait en retraite. Il fallait prendre sur moi de me retirer, quoique je n'en eusse pas reçu l'ordre, car l'ennemi me débordait, et il lui aurait suffi de jeter quelques compagnies sur ma gauche pour me fermer tout passage 2. Je n'hésitai pas à me mettre en route ; à un détour, je rencontrai des paysans qui fuyaient effarés, et j'aperçus les Espagnols à une petite distance, manoeuvrant entre nous et notre division. Nous grimpâmes à droite et nous marchâmes sur le flanc de la montagne parallèlement à la colonne espagnole, qui ne tarda pas à s'arrêter devant une position que le général Paris semblait vouloir défendre. Le général Paris, que je rejoignis en cet endroit, me dit, après m' avoir interrogé : « Bien, capitaine Desbœufs, toujours bien. » Le colonel me témoigna
i. J'ai encore cette lettre et celle de la veille; il est à remarquer que ce fut à pareil jour de Tannée précédente que j'avais été blessé à Huesca.
a. Cette résolution était grave, j'encourais la peine de mort, mais le salut de mon détachement l'exigeait.
aussi sa satisfaction, car il n'avait pas été sans inquiétude sur le sort de mon détachement. A l'entrée de la nuit, la division recula et prit position à Helette.
Pendant la fin de décembre et le commencement de janvier, il plut presque chaque jour. N'étant qu'une poignée de monde comparativement à l'ennemi que nous avions en face, nous cherchions par des mouvements continuels à le tromper sur nos forces et à l'empêcher d'agir, attendu qu'il aurait pu enlever la division qui, depuis sa retraite des bords de la Nive, était trop isolée. Chaque nuit, après avoir allumé nos feux, nous nous portions deux lieues en arrière. La route était impraticable à cause des boues, nous passions à travers champs, sur un terrain accidenté et entrecoupé de canaux. Les soldats glissaient à chaque pas et tombaient fréquemment. Au point du jour, nous rentrions à Helette par un autre côté, et nous nous placions sur une hauteur, tandis qu'une partie de nos soldats se montraient à la position de la veille ; si l'ennemi eût agi de nuit, il n'aurait trouvé personne, et s'il eût attaqué de jour, il aurait dû changer ses dispositions, en supposant qu'il nous était arrivé des renforts.
Dans les premiers jours de janvier 1814, le maréchal Soult, accompagné du général Glausel et de plusieurs autres généraux, vint nous passer en revue. Le lendemain, le combat s'engagea depuis Mendionde jusqu'à Bayonne. La division se porta en avant et se battit contre le corps de Morillo, placé à l'extrême droite de l'ennemi. La nuit venue, nous reprîmes la route d Helette. La cavalerie de la division Darricau passa dans nos rangs au galop et en désordre, nous éclaboussant de la tête aux pieds. Un cheval me heurta et me jeta dans la boue, plusieurs chevaux manquèrent m'écraser ; je me relevai furieux, un autre cheval me renversa encore ; je