‹ Souvenirs du capitaine DesboeufsChapitre 109 sur 121 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

chances du combat, tantôt dispersés pour renforcer les tirailleurs, tantôt échelonnés par compagnies, pour servir d'appui. Pendant l'action, un régiment de cavalerie an-

en tête et elle en réserve. Il ne se tirait pas un coup de fusil sans eux, et la garde, qui prenait rarement part aux petits combats, donnait presque aussi rarement dans les batailles. Enfin, les voltigeurs étaient l'élite des corps et une partie de la garde en était le rebut. Quiconque a vu la chose par ses yeux sait que beaucoup de colonels n'envoyaient à Paris que les hommes dont ils voulaient se défaire, tandis que les capitaines de voltigeurs n'admettaient dans leurs compagnies que des soldats d'un courage éprouvé. Aussi aurais-je préféré, pour une attaque, commander à trois cents voltigeurs qu'à cinq cents hommes de la garde. Quelles sont, en effet, les grandes actions de cette armée d'élite ? que fit-elle à Austerlitz, à Iéna et à Wagram? qui décida du succès de ces immortelles journées? Des divisions d'infanterie. On peut dire que la garde causa la perte de l'Empereur, car si, à la demande de Ney et de Murât, il l'eût fait donner à laMoskowa, comme toute autre troupe, l'armée russe était anéantie, et plus tard il aurait opéré sa retraite tranquillement par une route pourvue de vivres; mais il épargna les Russes pour ne pas endommager sa garde. Ajoutons ici qu'aux batailles de Wagram et de Fuentes de Onoro, la garde, qui pouvait écraser l'ennemi, répondit aux maréchaux Macdonald et Marmont qu'elle n'avait d'ordres à recevoir que du maréchal Bessières, et ce maréchal n'étant pas là, elle resta les bras croisés. Si l'on me parlait de Marengo, je répondrais que la garde des consuls n'était pas la garde impériale; d'ailleurs, cette dernière eût-elle été mieux composée, qu'amollie par les délices de la capitale, n'allant à la guerre que tous les deux ou trois ans pour y être placée en réserve, elle ne pouvait rivaliser de bravoure non seulement avec les voltigeure, mais encore avec ces régiments qui, continuellement hors de France, combattaient les Calabrais, les Espagnols et les Portugais, et participaient en outre aux grandes campagnes, souvent à l'avant-garde.Il est vrai que, dans les derniers temps, lorsque nos bataillons, épuisés par tant de combats, n'opposaient plus à l'ennemi que des conscrits, la garde, toujours ménagée, bien commandée et complétée par d'anciens soldats, prit une supériorité qu'on a trop étendue; en effet, je demanderai encore que fit-elle de plus que les autres troupes ? Trois régiments méritèrent d'être distingués par une épithète honorable : c'étaient l'intrépide i4e, le brave 32e et le terrible 5j*; étaient-ils de la garde? Non, ils étaient de la ligne. La 9" légère avait bien reçu à Marengo l'épithète d'incomparable, mais cette épithète, mal choisie, parce qu'elle semblait impliquer une sorte de supériorité sur les autres corps, ne lui était guère donnée dans l'armée que par dérision. Lorsqu'à Sainte-Hélène on demanda à Napoléon quelles étaient les meilleures troupes du monde, il ne répondit pas : « C'était ma garde, » mais il aurait pu répondre : « C'étaient mes voltigeurs. » Les compagnies de grenadiers ne valurent jamais celles des voltigeurs, parce qu'ainsi que la garde, elles n'avaient à choisir que parmi les hommes de taille, ce qui ne veut pas dire que ceux-ci soient moins

2o6 SOUVENIRS DU CAPITAINE DESBŒUFS.

glaise menaça notre flanc gauche. Ma compagnie et la deuxième lui firent face et l'obligèrent à se retirer avec précipitation. La nuit vint et mit fin au combat.

La brigade, qui, composée de deux mille soldats, arrêtait lamarche d'un corps de trente mille hommes, Anglais, Portugais et Espagnols, commandés par le général Hill, alluma ses feux et se retira ensuite derrière une colline où elle passa la nuit en silence. Au point du jour, nous reculâmes et nous nous postâmes sur le gave de Mauléon, au pont d'Arrivercite. Le général Paris et son aide de camp Charles déjeunaient tranquillement assis à notre feu, bien loin de se douter que la mort levait déjà sa faux sur leur tête, lorsque lavant-garde anglaise attaqua nos voltigeurs et les força à reculer. Pendant qu'ils se défendaient avec opiniâtreté, la brigade passa le pont ; le régiment se plaça derrière deux maisons voisines et le 10e se porta plus loin, afin de se lier à la division Harispe, qui s'appuyait à Sauveterre. Le maréchal, que nous supposions du côté de Bayonne, arriva au galop, donna ses ordres au général et repartit. Les voltigeurs refoulés repassèrent aussi le pont, que la compagnie d'artillerie du régiment fit sauter. Bientôt les hauteurs de la rive gauche se couvrirent de troupes et de batteries dont le feu atteignait les hommes que les maisons n'abritaient pas. Notre bataillon courait risque d'être détruit, lorsque le capitaine d'état-major Ricou vint lui donner l'ordre de se retirer. Cet officier rencontra à cinq ou six pas de moi l'aide de camp Charles qui venait le charger d'une autre mission. A peine cet officier avait-il prononcé quelques mots qu'un boulet lui emporta la tête et couvrit la figure de Ricou de cervelle.

courageux que les autres ; de même qu'il ne faudrait pas croire que les talents militaires soient le partage exclusif de ces derniers, parce que nos généraux étaient presque tous de beaux hommes.

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