‹ Souvenirs du capitaine DesboeufsChapitre 111 sur 121 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

doutes sur les hauteurs situées à l'est de Toulouse, au delà du canal du Languedoc. Les officiers du ierbataillonnous apprirent qu'à la bataille d'Orthez, où la brigade s'était distinguée, ils avaient perdu cinq officiers et une centaine d'hommes. Notre bataillon resta en ville et reprit l'instruction des conscrits.

L'entrée des alliés à Paris, connue le 8 avril, nous paimt sans importance décisive. L'Empereur vivait, c'était assez. Le lendemain je fus de garde au Capitole avec cent hommes chargés particulièrement de maintenir la tranquillité dans la ville pendant la nuit. De bon matin, le bataillon se rendit à l'arsenal, où nos recrues furent armées avec des fusils hors de service ; après avoir traversé le faubourg Saint- Michel, dont les ouvrages étaient gardés par des conscrits aussi mal armés que les nôtres, nous nous arrêtâmes sur les bords du canal, au pont des Demoiselles, défendu par quatre pièces de canon. Dans le cas où ce poste aurait été attaqué, sans qu'il fût possible de nous envoyer un renfort de vieilles troupes, la moitié des officiers et les quatrevingts sous-officiers du bataillon, soutenus par ceux des bataillons voisins, devaient le défendre jusqu'à la dernière extrémité, tandis que les conscrits, commandés par l'autre moitié des officiers, présenteraient une réserve illusoire que l'ennemi pourrait croire importante.

La bataille se donna autour de Toulouse entre vingt mille Français, dans lesquels ne sont pas compris quatre ou cinq mille conscrits sans armes, et quatre-vingt mille coalisés commandés par Wellington. Les hauteurs que nous avions en face ne nous permettaient pas de voir ce qui se passait près de nous, c'est-à-dire à l'extrême droite. Au plus fort du combat, un régiment d'infanterie anglaise et quelques escadrons de cavalerie s'avancèrent vers le pont. Il suffit de quelques coups de canon à mitraille pour les arrêter;

la cavalerie s'éloigna et l'infanterie se plaça derrière une ferme, où elle resta toute la journée. L'apparition de ce corps nous indiqua que l'ennemi avait tourné notre ligne. En effet, nous vîmes nos troupes battre en retraite sur les redoutes placées à notre gauche. Le canon de ces redoutes contint les troupes anglaises que nos quatre pièces prenaient en écharpe, elles furent forcées de reculer. Deux heures après, dix mille Anglais rangés sur cinq lignes vinrent passer devant nous, se dirigeant sur les redoutes. Ils étaient précédés par des hommes jetant des fusées à la congrève. Les tirailleurs français, placés en avant des retranchements, étonnés de voir la terre s'allumer autour d'eux, de sentir le feu s'attacher à leurs vêtements, et aveuglés par des torrents de fumée noire et épaisse, se retirèrent, après avoir néanmoins tué la plupart des tireurs de fusées. La colonne n'étantplus qu'à quelques pas des redoutes, elles ouvrirent un feu terrible. Les pelotons entiers disparaissaient, renversés par les boulets et la mitraille, et une fusillade non moins meurtrière augmentait le désordre dans les rangs ennemis. Des bataillons sortis des redoutes chargèrent la première ligne et la dispersèrent, les autres se rompirent et se retirèrent par morceaux. Cette attaque de flanc n'ayant pas réussi, les Anglais tournèrent leurs efforts d'un autre côté et le feu reprit la même direction que le matin.

Le bruit courut que des troupes du maréchal Suchet arrivaient. Cette nouvelle redoubla notre courage. Je suis convaincu que deux mille hommes auraient sufli pour que toute l'armée se fût portée en avant et eût remporté une victoire complète. Au lieu des Français que nous espérions voir paraître, ce fut la cavalerie anglaise qui s'avança vers le pont, précédée de nombreux tirailleurs. Le feu des pièces et notre contenance tinrent les Anglais en

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